Juin 1944 est un mois décisif dans la guerre du Pacifique. Les États-Unis déclenchent l’invasion des îles Mariannes, territoire considéré par Tokyo comme partie intégrante de l’espace national impérial.
Le débarquement sur Saipan (15 juin) déclenche une riposte massive de la marine japonaise, aboutissant à la bataille de la mer des Philippines, immense affrontement naval et aérien qui se termine par une victoire écrasante américaine.
Ce mois scelle l’effondrement de la puissance aéronavale japonaise et ouvre la voie aux bombardements stratégiques sur le Japon métropolitain.
1. Invasion de Saipan (opération Forager)
Objectif stratégique
- Capturer Saipan, puis Tinian et Guam, pour y construire des bases de B-29 capables de bombarder directement le Japon.
- Briser la ligne intérieure de défense japonaise dans le Pacifique central.
Déroulement
- 15 juin 1944 :
- Débarquement de plus de 70 000 Marines et fantassins sur les plages de Charan Kanoa.
- Défense japonaise féroce : 30 000 soldats sous les ordres du général Yoshitsugu Saitō.
- Terrain escarpé, fortifications camouflées, résistance jusqu’au bout.
- 15–30 juin :
- Combat acharné dans les collines, les grottes et les canyons.
- Suicides de civils japonais sous la propagande militaire impériale.
- Renforts américains continus, débarquements massifs d’artillerie et de blindés.
Bilan du mois
- Fin juin : les forces américaines tiennent les deux tiers de l’île.
- Les combats se poursuivront jusqu’au 9 juillet.
- Résistance fanatique des derniers défenseurs, jusqu’au suicide de masse au Marpi Point.
2. Bataille de la mer des Philippines (19–20 juin 1944)
Contexte
- En réponse à l’invasion de Saipan, le Japon lance l’opération A-Go : une bataille navale décisive pour anéantir la flotte d’invasion américaine.
Forces en présence
- Japon :
- 5 porte-avions, 9 cuirassés, 473 avions embarqués
- Commandé par l’amiral Jisaburō Ozawa
- États-Unis :
- 15 porte-avions, 7 cuirassés, plus de 900 avions
- Commandé par l’amiral Raymond Spruance (5th Fleet)
Déroulement
- 19 juin :
- L’aviation japonaise attaque la flotte US : la quasi-totalité des escadrilles est abattue.
- Surnommée par les Américains : “Le grand tir au pigeon des Mariannes”.
- 20 juin :
- Contre-attaque américaine : avions lancés en fin de journée, retrouvent la flotte japonaise.
- Destruction de 3 porte-avions japonais (Hiyō, Shōkaku, Taihō), des dizaines d’avions et pilotes perdus.
Conséquences
- Perte irréversible de la force aéronavale japonaise.
- La flotte combinée se replie à Okinawa, puis à Kure.
- Les Américains dominent désormais l’océan sans opposition sérieuse.
3. Pacifique Sud-Ouest – Suite de la campagne de Nouvelle-Guinée
- Biak : les combats se poursuivent, les Japonais résistent dans les grottes (fin prévue en juillet).
- Débarquement américain à Noemfoor planifié pour juillet.
- MacArthur prépare son dernier saut avant les Philippines : Morotai (prévu pour septembre).
4. Situation à Rabaul, Truk, Bougainville
- Rabaul : toujours encerclée, continuellement bombardée. Garnison sans impact.
- Truk : base désormais inutilisable, aucun rôle opérationnel.
- Bougainville : Torokina est consolidée, les Japonais coupés dans la jungle.
Commandement et décisions
États-Unis / Alliés
- Roosevelt reçoit la confirmation que Saipan est quasiment prise et que la marine japonaise est en déroute.
- Nimitz commande la 5th Fleet avec Spruance.
- MacArthur poursuit son avancée sur la Nouvelle-Guinée, objectif Philippines confirmé pour octobre.
Japon
- Hirohito apprend la perte de Saipan (confirmée en juillet) et la destruction de la flotte aéronavale.
- Le Premier ministre Hideki Tōjō démissionne (juillet).
- Le Japon n’a plus de plan stratégique réaliste – il ne peut que se retrancher et résister jusqu’à la mort.
Renseignements et supériorité
- Grâce à ULTRA, les Américains anticipent le déploiement de la flotte japonaise.
- Les avions de reconnaissance américains détectent les mouvements ennemis avant qu’ils n’engagent le combat.
- La coordination US (marine + aviation + troupes de débarquement) atteint un niveau d’efficacité optimal.
Forces en présence (juin 1944)
| Zone | Alliés | Japon |
| Saipan | ~70 000 (Marines, armée US) | ~30 000 soldats japonais |
| Bataille navale (Philippines) | 15 porte-avions, 900 avions | 5 porte-avions, 473 avions |
| Biak – Nouvelle-Guinée | ~20 000 | ~10 000 (dernier carré en résistance) |
Pertes estimées (juin 1944)
- Japon :
- ~3 porte-avions coulés
- ~400 avions perdus
- ~20 000 tués ou suicidés à Saipan
- Pertes massives en officiers de marine
- États-Unis :
- ~3 500 tués ou blessés à Saipan (fin juin)
- ~100 avions perdus lors des raids
Perspectives fin juin 1944
Alliés
- Tinian et Guam seront les prochaines cibles (juillet).
- Saipan devient base de B-29 à partir d’août.
- La route vers Iwo Jima, Okinawa et Tokyo est désormais ouverte.
- Les Philippines seront attaquées en octobre comme promis par MacArthur.
Japon
- La perte des Mariannes est une catastrophe politique, militaire, psychologique.
- L’aviation embarquée japonaise n’existe plus en tant que force.
- Le Japon se replie sur les Philippines, Formose, et le territoire national.
- Le commandement prépare des défenses suicidaires à Peleliu, Iwo Jima et Okinawa.
Le mois de juin 1944 est le tournant définitif de la guerre du Pacifique.
La conquête de Saipan et la destruction de la flotte aéronavale japonaise à la mer des Philippines font basculer l’équilibre stratégique de façon irréversible.
Les États-Unis, désormais dominateurs en mer, sur terre et dans les airs, ont la voie libre jusqu’à Tokyo.