Début de la bataille de Gazala et tournant stratégique dans la guerre du désert
La guerre du désert entre les forces de l’Axe et les Alliés entre dans une nouvelle phase critique.
Depuis mars-avril, l’Afrika Korps du général Rommel s’est positionné face à la ligne fortifiée britannique s’étendant de la Méditerranée à l’intérieur du désert libyen, autour de la localité de Gazala.
La 8e armée britannique, bien équipée mais sur la défensive, tient cette ligne pour protéger Tobrouk, vital pour sa logistique.
Mai 1942 marque le lancement par Rommel de l’une des opérations les plus audacieuses de la campagne : l’attaque contre cette ligne défensive, connue sous le nom de Bataille de Gazala.
Forces de l’Axe
- Commandement : Erwin Rommel (Afrika Korps), Giovanni Messe (Italiens), avec supervision du général Bastico.
- Effectifs : Environ 90 000 hommes.
- Chars : Environ 560 (dont 320 allemands, 240 italiens).
- Aviation : 500 avions allemands et italiens (bombardiers, chasseurs, reconnaissance).
Forces alliées
- Commandement : Général Neil Ritchie (8e armée), sous les ordres d’Auchinleck.
- Effectifs : Environ 110 000 hommes.
- Chars : Environ 840, dont des Crusader, Valentine, Grant (américains).
- Aviation : Environ 600 avions (Desert Air Force).
Déclenchement de l’offensive – 26 mai 1942
Le 26 mai, Rommel lance l’opération contre la ligne de Gazala.
Il utilise une manœuvre d’enveloppement par le sud. Plutôt que d’attaquer frontalement, il engage ses unités blindées dans le désert pour contourner les défenses alliées.
Le point clé est le contournement de Bir Hakeim, défendu par les Forces françaises libres. L’objectif est de prendre à revers toute la ligne de front.
Du 26 au 31 mai :
L’Axe réussit à pénétrer profondément dans les arrières alliés. Plusieurs « boxes » fortifiés sont encerclés, notamment ceux de Got el Ualeb, Knightsbridge, et El Adem.
Bir Hakeim résiste mais est isolée.
Les troupes de Rommel atteignent les zones de ravitaillement ennemies, désorganisant la logistique alliée.
Les forces britanniques commencent à se replier de certaines positions avancées.
Résistance rencontrée
Bir Hakeim, tenu par environ 3 600 Français Libres dirigés par le général le général Kœnig, repousse tous les assauts pendant plusieurs jours malgré l’encerclement.
Le « box » de Knightsbridge est défendu par les troupes sud-africaines et britanniques, mais est sévèrement malmené.
L’aviation alliée intervient activement, bien que moins efficace que prévue en raison de l’habileté allemande à masquer les mouvements.
Pertes humaines et prisonniers (fin mai uniquement)
- Axe : environ 3 000 à 4 000 pertes (tués, blessés ou capturés), dont plusieurs centaines de chars endommagés ou détruits.
- Alliés : 5 000 à 7 000 hommes mis hors de combat (dont un nombre croissant de prisonniers dans les zones encerclées).
Les pertes en matériel allié sont particulièrement sévères (plus de 200 chars perdus en quelques jours).
État du terrain
Plateau rocheux entre Gazala et El Adem, avec dunes, oueds et champs de mines denses.
Le désert profond au sud, où Rommel a envoyé ses blindés, est mal connu des Alliés.
La chaleur extrême et les tempêtes de sable limitent l’efficacité des troupes non mécanisées.
La logistique devient un cauchemar : les colonnes de ravitaillement sont exposées à l’aviation et aux raids blindés.
Points d’accrochage majeurs
Bir Hakeim (sud du dispositif allié) : résistance héroïque des Français Libres.
Knightsbridge : affrontements blindés violents, plusieurs jours de combat entre panzers et chars britanniques.
El Adem et la route vers Tobrouk : attaques de flanc et coupures des lignes de communication.
Informations stratégiques transmises à Berlin et Londres
- Vers Hitler : Rommel fait état de succès rapides, d’encerclements réussis, mais demande instamment plus de carburant, craignant une rupture de ses lignes de ravitaillement. Il insiste sur la possibilité de prendre Tobrouk si l’offensive continue. Hitler l’encourage à poursuivre malgré les limites logistiques.
- Vers Churchill : les rapports de Ritchie sont pessimistes dès la fin mai. La ligne de Gazala commence à craquer. Churchill exige que Tobrouk soit tenu à tout prix, craignant un effondrement moral et stratégique. Il refuse une retraite immédiate, misant sur l’effet défensif de Bir Hakeim et sur une contre-attaque britannique (qui n’aura pas le succès escompté).
Succès de l’Axe :
- Percée réussie par le sud.
- Désorganisation du dispositif allié.
- Encerclement de nombreuses positions fortifiées.
- L’initiative stratégique est reprise.
Succès alliés :
- Résistance de Bir Hakeim, qui retarde l’exploitation allemande.
- Réaction rapide de certaines unités blindées.
- Supériorité aérienne partielle dans certaines zones.
Échecs de l’Axe :
- Non-prise immédiate de Bir Hakeim.
- Début de surétirement logistique (ravitaillement très fragile).
Échecs alliés :
- Ligne Gazala percée malgré les fortifications.
- Commandement trop lent à réagir.
- Mauvaise coordination entre les unités mobiles.
Perspectives stratégiques à la fin mai 1942
- Axe :Rommel prépare une exploitation rapide du succès pour couper la route vers Tobrouk et forcer la reddition de la ville.
Il prévoit d’écraser les forces britanniques restantes en juin, tout en exigeant des renforts logistiques. Il pense que la victoire complète en Cyrénaïque est possible si l’action est rapide.
- Alliés :Le commandement envisage soit une contre-attaque à Knightsbridge, soit un repli général vers la frontière égyptienne. Les défenses de Tobrouk sont renforcées. Churchill refuse pour l’instant toute évacuation, mais reconnaît en privé que la situation est critique.