Louis RENARD, né le 7 décembre 1893 à Poitiers (Vienne), mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne)
Louis Renard naît à Poitiers où sa famille tient un grand magasin. Élève au lycée de Poitiers, il travaille très jeune dans le commerce avant de partir en Angleterre perfectionner la langue.
Mobilisé en 1913, il sert pendant la Grande Guerre, est grièvement blessé à Verdun en 1916 et perd l’œil droit.
Après-guerre, il travaille à Paris puis revient à Poitiers, entre en 1929 comme clerc d’avoué, mène en parallèle des études de droit et devient avoué près le tribunal civil de Poitiers en 1932.
Ces éléments biographiques sont établis par les notices biographiques et fonds d’archives consacrés à Louis Renard.
Officier interprète de liaison avec l’armée britannique en 1939-1940, démobilisé à l’été 1940, Louis Renard choisit d’entrer en résistance.
Dès octobre-novembre 1940, il lance à Poitiers une feuille clandestine, Le Libre Poitou, dont 63 numéros paraissent jusqu’en janvier 1942.
Il écrit au général de Gaulle pour offrir ses services et entreprend d’unir les bonnes volontés qui émergent en Poitou. Ces débuts de l’action clandestine sont décrits par les portails mémoriels et les dossiers d’archives.
Il fonde et dirige le réseau « Louis Renard » à Poitiers, actif dès 1940-1941, réseau d’inspiration gaulliste centré sur la propagande, le renseignement local, l’identification d’appuis en vue d’un futur débarquement et des liaisons avec d’autres groupes. Le réseau est documenté par le Maitron, par le portail FranceArchives et par des ressources locales (VRID).
Le réseau organise la rédaction, la dactylographie et la diffusion de la feuille clandestine Le Libre Poitou, fédère des contacts sûrs dans la Vienne et les Deux-Sèvres et entretient des liaisons, notamment avec l’Armée des volontaires.
Une liste d’une centaine de personnes jugées fiables politiquement est élaborée en prévision d’une mobilisation au moment du débarquement. Ces activités sont attestées par les synthèses historiques consacrées au réseau.
Arrestation / évasion / déportation
Une interception postale à Niort déclenche l’enquête de la SRAJOP d’Angers.
La SRAJOP désigne les sections régionales des affaires judiciaires à origine politique, créées au sein de chaque Service régional de police judiciaire du régime de Vichy par une circulaire du 9 juin 1942.
Leur mission explicite est la répression des “menées communistes et terroristes” et, plus largement, des “menées antinationales”, c’est-à-dire l’enquête, la filature et les arrestations visant la Résistance.
Le 21 novembre 1942, ces sections sont rebaptisées “SAP” (sections des affaires politiques) et poursuivent les mêmes objectifs.
Des arrestations massives ont lieu fin août 1942. Louis Renard est arrêté le 30 août 1942 près de Poitiers et incarcéré à la prison de la Pierre-Levée. Transféré à Fresnes le 12 février 1943, il est déporté le 18 février 1943 vers Trèves puis au camp de Hinzert, avant d’être transféré à la prison de Wolfenbüttel.
Le 13 octobre 1943, il est jugé par le Volksgerichtshof avec dix compagnons et condamné à mort.
Il est guillotiné à Wolfenbüttel le 3 décembre 1943.
Ces faits sont établis par le Maitron, FranceArchives et les portails mémoriels.
Camarades de combat
Parmi les membres du réseau figurant parmi les vingt-neuf déportés de Poitiers en février 1943, on relève notamment
- Louis Toussaint,
- Louis Cartan,
- Théodore Lefebvre,
- Georges Duret,
- Aimé Lambert,
- Jacques Moreau,
- Clément Péruchon,
- Paul Préaux,
- Pierre Pestureau,
- Jacques Levrault,
- Joseph Riedinger,
- Daniel Bonnin,
- Gaston Hulin,
- Pierre Kédinger, etc.
La liste nominative des vingt-neuf est publiée par FranceArchives ; les parcours individuels sont documentés par le Musée de la Résistance en ligne et l’Ordre de la Libération pour certains médaillés.
Décorations
- Légion d’honneur : Chevalier, 1916, pour blessures et conduite au feu pendant la Grande Guerre ; mention corroborée par les notices biographiques . Fusillés 40-44
- Médaille de la Résistance française avec rosette à titre posthume par décret du 24 Avril 1946
- Croix de guerre 1914-1918 : attribution liée aux blessures de 1916, signalée dans les notices biographiques et la bibliographie ; non vérifiée dans un dossier individuel en ligne.
Lieux de mémoire
Un monument au cimetière de Chilvert à Poitiers honore les cinquante-deux agents du réseau Louis Renard morts pour la France ; les dépouilles des exécutés de Wolfenbüttel y ont été transférées en 1947.
Une voie poitevine a porté le nom de « rue Louis-Renard » après la Libération.
Références bibliographiques
- La chute du Réseau Renard, Poitiers 1942. Le SS, le préfet et le résistant, Jean-Henri Calmon, Geste Éditions, 2013. Ouvrage de référence fondé sur des archives françaises et allemandes reconstituant la genèse, les activités et le démantèlement du réseau, ainsi que la chaîne répressive ayant conduit au procès et aux exécutions de Wolfenbüttel ; annexes nominatives et chronologie détaillée.
- Jusqu’au bout de la Résistance, Bernard Filaire, Stock, 1997. Récit et documents sur plusieurs groupes, dont des pages consacrées au groupe Renard et à la procédure du Volksgerichtshof, avec traduction de pièces judiciaires, éclairant la logique de la répression et les profils des inculpés.
- Mort d’un collabo – 13 mai 1943, Gilles Antonowicz, Nicolas Eybalin Éditions, 2013. Enquête nourrie d’archives des AD de la Vienne et des Archives nationales ; plusieurs chapitres apportent de nombreuses citations et références sur l’affaire Renard, les dossiers de police et le contexte poitevin de 1942-1943.
- Pour la France : Poitiers, cellule 29, Marc Texier, Imprimerie Marc Texier, 1946. Témoignage contemporain sur la captivité et la déportation d’un membre du groupe, utile pour l’approche des conditions de détention, du transport NN et de la prison de Wolfenbüttel.
Références internet
- Maitron – Dictionnaire des fusillés 1940-1944 (notice « RENARD Louis »). Notice biographique détaillée : parcours avant-guerre, fondation du réseau, arrestation, déportation et exécution ; mention de la Légion d’honneur et de la Médaille de la Résistance. https://fusilles-40-44.maitron.fr/renard-louis-3/
- FranceArchives – « Louis Renard (1893-1943) ». Dossier biographique et historique, avec liste alphabétique des vingt-neuf membres du réseau déportés de Poitiers le 18 février 1943, éléments sur la diffusion du Libre Poitou et sur la mémoire locale. https://francearchives.gouv.fr/findingaid/06309ed4fd99e1d0945a7166dffdd806c6c0e215
- VRID – Vienne Résistance Internement Déportation – « Le réseau Louis Renard : historique ». Synthèse locale sur la création, l’organisation, les arrestations d’août 1942 et le sort judiciaire des membres ; reproductions et témoignages (dont le manuscrit de Mme Renard). https://www.vrid-memorial.com/le-reseau-louis-renard-historique/
- Musée de la Résistance en ligne – Dossiers liés au groupe Renard. Notices prosopographiques et articles contextualisant la déportation NN des Poitevins de février 1943 ; exemples de parcours (abbé Daniel Bonnin). https://museedelaresistanceenligne.org/personne.php?id=47735
- Ordre de la Libération – « Médaille de la Résistance » (exemple : Daniel Bonnin). Fiches individuelles de titulaires liés au réseau Renard, confirmant l’existence et l’activité du groupe dès 1941. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles/daniel-bonnin
- Légifrance – Arrêtés « Mort en déportation » (extrait comportant « Renard (Louis)… décédé… le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel »). Base officielle confirmant la mention « Mort en déportation » pour Louis Renard. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000203361
- Blog patrimonial (Poitiers) – Monument au réseau Louis Renard, cimetière de Chilvert. Présentation illustrée du monument et rappel de la composition du carré, utile pour l’inventaire des lieux de mémoire. https://vdujardin.com/blog/poitiers-chilver-monument-reseau-renard/
- Alerte homonymie et remarques de vérification
La Base Léonore consultée présente au moins une notice « RENARD Louis, né le 07/12/1893 à Poitiers » assortie d’un lieu de décès « Aix-Noulette (Pas-de-Calais) », manifestement sans rapport avec le résistant poitevin exécuté à Wolfenbüttel ; il s’agit très vraisemblablement d’un homonyme de la Grande Guerre.
L’absence de dossier Léonore numérisé correspondant exactement au résistant de Poitiers est signalée ici pour éviter toute confusion. En conséquence, les mentions « Chevalier de la Légion d’honneur (1916) » et « Officier (1937) » sont retenues comme informations issues des notices mémorielles et de la bibliographie, faute de dossier nominatif Léonore en ligne correspondant sans ambiguïté ; si nécessaire, une vérification sur exemplaires du Journal officiel pourra compléter. leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr+1