La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Robert Brasillach, né le 31 mars 1909 à Perpignan, écrivain formé à l’École normale supérieure et critique de cinéma, évolue dans les années 1930 d’un maurrassisme de jeunesse vers un fascisme assumé.

Sous l’Occupation, il prend la rédaction en chef de l’hebdomadaire Je suis partout, dont il pousse la ligne collaborationniste et antisémite.

Sa plume défend l’Allemagne nazie, attaque les adversaires du régime et légitime la politique antijuive; plusieurs chroniques de 1941-1942 appellent explicitement à l’exclusion des Juifs et popularisent une propagande hostile aux résistants et aux « ennemis de l’intérieur ».

Ces prises de position seront au cœur de l’accusation après la Libération.

À l’automne 1944, Brasillach se constitue prisonnier à la préfecture de police de Paris et est écroué à Fresnes.

Son procès s’ouvre le 19 janvier 1945 devant la cour de justice de la Seine, juridiction d’exception créée par les ordonnances de l’été 1944 pour réprimer les faits de collaboration.

Il est renvoyé sous l’article 75 de l’ancien code pénal (« intelligence avec l’ennemi »), la jurisprudence assimilant la propagande écrite en faveur de l’occupant à une aide à l’ennemi.

La séance, brève, dure environ cinq heures; la défense est assurée par Me Jacques Isorni; le jury délibère très peu et la peine de mort est prononcée le jour même.

L’arrêt retient que par ses écrits Brasillach a intentionnellement servi l’ennemi en temps de guerre, soutenant sa politique et incitant à agir contre la France combattante. Pour les magistrats de la Libération, l’« intelligence avec l’ennemi » n’exige pas une activité militaire ou d’espionnage: la propagande publique, répétée et influente, suffit à caractériser l’infraction.

Cette lecture, au cœur de l’épuration des journalistes collaborateurs, s’inscrit dans l’architecture d’exception des cours de justice et a été abondamment discutée par l’historiographie.

Dans les jours qui suivent, une pétition en faveur de la grâce circule à l’initiative d’écrivains et d’artistes; elle réunit notamment François Mauriac, Albert Camus, Paul Claudel, Paul Valéry, Jean Cocteau, Jean Anouilh, Jean Paulhan, Colette, Jean-Louis Barrault et d’autres figures de premier plan.

Le 4 février 1945, le général de Gaulle refuse la grâce, estimant que le talent de l’écrivain accroît encore la responsabilité de ses actes; il parlera plus tard d’une « trahison d’intellectuel ». Brasillach est fusillé au fort de Montrouge, à Arcueil, le 6 février 1945.

Dès 1945, l’affaire cristallise une querelle durable.

Les partisans de la clémence ont dénoncé un procès trop rapide et l’exemplarité recherchée d’une justice en temps d’exception; d’autres ont au contraire souligné la cohérence juridique du verdict, au regard d’une propagande de guerre active, d’une influence réelle dans l’espace public et d’écrits prenant parti pour la politique antijuive et la cause de l’ennemi.

L’épisode est devenu l’un des nœuds mémoriels de l’épuration, où se mêlent débat sur la peine de mort, responsabilité des plumes et statut pénal de la collaboration idéologique.

Références bibliographiques

  • Intelligence avec l’ennemi. Le procès Brasillach, Alice Kaplan, Gallimard, 2001.
    Étude de référence consacrée à l’instruction, à l’audience du 19 janvier 1945 et aux enjeux juridiques de l’article 75 du code pénal appliqué à un écrivain. L’ouvrage replace le dossier dans le cadre des cours de justice, analyse les pièces versées et suit la controverse publique née des demandes de grâce et du refus de de Gaulle.
  • Le Procès de Robert Brasillach (19 janvier 1945) [pièces originales], Jacques Isorni, Flammarion, 1946. Récit par l’avocat de la défense, avec reproductions de documents et pièces plaidées. Témoignage de première main sur la dynamique d’audience, les moyens de droit soulevés et la stratégie de la défense face à l’incrimination d’« intelligence avec l’ennemi ». Utile pour confronter les perceptions contemporaines du procès.
  • Une justice impossible. L’épuration et la politique antijuive (1944-1947), Henry Rousso, Annales. HSS, 1993.
    Article-synthèse qui explicite le cadre normatif et la pratique des cours de justice, la qualification pénale des écrits de propagande et les tensions entre justice d’exception et débat public. Indispensable pour situer le cas Brasillach dans l’épuration des plumes.
  • Le singulier destin de Robert Brasillach, article, Le Monde, 16 octobre 2003.
    Retour historiographique et récit du procès replacé dans l’épuration intellectuelle, rappelant la base légale (article 75), la décision de la cour de justice de la Seine et le refus de grâce, ainsi que les contours de la polémique mémorielle.

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