Cesare LUCCARINI, dit « Marcel », né le 24 février 1922 à Castiglione dei Pepoli (Italie), fusillé le 21 février 1944 au fort du Mont-Valérien à Suresnes (Seine), Italien.
Les sources signalent également les formes « César Lucarini » et « Lucarini ».
Cesare Luccarini est issu d’une famille italienne antifasciste. Il arrive en France avec les siens vers 1930, à l’âge d’environ huit ans. Installé dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, il obtient son certificat d’études puis travaille comme ouvrier cimentier au Génie civil à Lille.
Dans ce milieu ouvrier et antifasciste, il adhère clandestinement aux Jeunesses communistes en août 1940. Son engagement politique précède donc son passage à la lutte armée et s’inscrit dans les premières formes de résistance communiste à l’Occupation.
Engagement dans la Résistance
Arrêté en février 1942 pour distribution de tracts clandestins, Cesare Luccarini est condamné le 19 mars 1942 par la cour spéciale de Douai à deux années d’emprisonnement. Il est détenu à la prison de Cuincy puis transféré au camp de travail de Watten-Éperlecques.
En août 1943, à la faveur d’un bombardement de la Royal Air Force, il parvient à s’évader.
Recherché, il gagne alors Paris avec l’aide d’Eugène Martinelli et entre dans la clandestinité sous l’identité de « Marcel Châtelain ». Il rejoint le 3e détachement italien des Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) de la région parisienne.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Cesare Luccarini appartient au 3e détachement des FTP-MOI de la région parisienne, formation majoritairement composée de combattants italiens.
Il y combat notamment aux côtés de Rino Della Negra, Robert Witchitz, Roger Rouxel, Antoine Salvadori, Georges Cloarec et Amédéo Usséglio. L’Ordre de la Libération confirme explicitement son rattachement au 3e détachement dans sa documentation consacrée au groupe Manouchian et à la Médaille de la Résistance française.
Son pseudonyme ou identité clandestine documentée est « Marcel Châtelain », fréquemment abrégé dans les sources sous la forme « Marcel ».
Missions et actions
Entre septembre et novembre 1943, Cesare Luccarini participe à plusieurs opérations armées des FTP-MOI parisiens.
Le 17 septembre 1943, il prend part à l’exécution de l’horloger Tagliaferi, présenté dans les sources comme un dénonciateur d’antifascistes italiens.
Le 25 septembre 1943, il participe au grenadage du Café de l’Autobus, établissement fréquenté par des soldats allemands.
Il est également impliqué dans d’autres attaques dirigées contre des lieux fréquentés ou réquisitionnés par l’occupant.
Le 12 novembre 1943, il appartient au dispositif chargé d’attaquer un transporteur de fonds allemand rue La Fayette. L’opération tourne à la fusillade. Rino Della Negra est grièvement blessé et Robert Witchitz également atteint. Luccarini, qui participe à la protection de l’opération, échappe dans un premier temps à l’arrestation immédiate.
Arrestation / évasion / déportation
Cesare Luccarini connaît deux épisodes successifs d’arrestation et une évasion.
Arrêté une première fois en février 1942 pour distribution de tracts clandestins, il est condamné à deux années d’emprisonnement. Après sa détention à Cuincy puis son transfert au camp de travail de Watten-Éperlecques, il s’évade en août 1943 à la faveur d’un bombardement britannique.
Après son passage à Paris et son engagement dans les FTP-MOI, il est de nouveau arrêté par les policiers de la deuxième Brigade spéciale.
Une incertitude documentaire doit être conservée sur la date exacte de cette arrestation. Le récit biographique de la Fondation Gabriel Péri indique le 13 novembre 1943, tandis qu’un autre élément de la même ressource donne le 12 novembre 1943. Le 13 novembre est fréquemment retenu dans le récit de son parcours, mais cette divergence empêche de considérer la date comme définitivement établie sans réserve.
Luccarini est interrogé et maltraité au cours de l’enquête menée contre les FTP-MOI.
Le 18 février 1944, il comparaît devant le tribunal militaire allemand du Gross Paris avec les autres résistants arrêtés lors du démantèlement des groupes FTP-MOI. Il est condamné à mort.
Le 21 février 1944, Cesare Luccarini est fusillé au Mont-Valérien. La Fondation Gabriel Péri donne l’heure de 15 h 29.
Il a vingt et un ans et doit fêter son vingt-deuxième anniversaire trois jours plus tard.
Camarades de combat
Ses camarades directement documentés comprennent notamment Antoine Salvadori, Robert Witchitz, Rino Della Negra, Georges Cloarec, Spartaco Fontanot et d’autres combattants du 3e détachement italien des FTP-MOI.
Eugène Martinelli joue par ailleurs un rôle important dans son passage du Nord à Paris et dans son intégration au milieu clandestin des FTP-MOI.
Rino Della Negra et Robert Witchitz sont directement associés à Luccarini lors de l’opération de la rue La Fayette du 12 novembre 1943.
Le parcours de Luccarini s’inscrit plus largement dans celui des combattants FTP-MOI arrêtés à l’automne 1943, jugés par les autorités militaires allemandes en février 1944 et associés par la suite à la mémoire du groupe Manouchian et de l’Affiche rouge.
Retour à la vie civile
Cesare Luccarini ne connaît pas le retour à la vie civile.
Exécuté le 21 février 1944 à l’âge de vingt et un ans, il meurt trois jours avant son vingt-deuxième anniversaire.
Sa trajectoire postérieure à la guerre relève donc exclusivement de la reconnaissance administrative et mémorielle de son engagement et de son sacrifice.
Décorations
Médaille de la Résistance française à titre posthume par décret du 31 mars 1947 JO du 26 juillet 1947 — Source : Ordre de la Libération.Une cote 1O40118 est associée à son dossier dans la documentation relative à cette distinction.
Mention « Mort pour la France » — décision du 18 avril 1946.
La Médaille de la Résistance française et la mention « Mort pour la France » constituent les distinctions et reconnaissances administratives retrouvées au cours des présentes recherches.
Lieux de mémoire
Le premier lieu de mémoire associé à Cesare Luccarini est le Mont-Valérien, où il est fusillé le 21 février 1944 avec ses camarades.
Son nom demeure également présent dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, où il avait vécu avant son passage dans la clandestinité parisienne.
Des rues portent son nom à Pont-à-Vendin et à Vendin-le-Vieil. Son nom figure également sur une stèle du monument aux morts de Pont-à-Vendin.
Depuis le 21 février 2024, Cesare Luccarini est également associé à la mémoire nationale portée au Panthéon lors de l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian. Son nom figure parmi ceux des résistants du groupe Manouchian honorés à cette occasion.
Références bibliographiques
Stéphane Courtois, Denis Peschanski et Adam Rayski, Le Sang de l’étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1989. Cet ouvrage constitue une référence générale pour l’histoire des FTP-MOI, leur organisation en détachements, leurs opérations et leur répression.
Annette Wieviorka, Anatomie de l’Affiche rouge, Seuil, 2024. L’ouvrage replace les vingt-trois résistants condamnés dans le contexte du procès, de la propagande allemande autour de l’Affiche rouge et de la construction ultérieure de leur mémoire.
Références internet
Références internet corrigées
Fondation Gabriel Péri — « Luccarini Cesare, italien, 21 ans ».
C’est la source biographique la plus détaillée parmi celles vérifiées : naissance, arrivée en France, profession, Jeunesses communistes, arrestation de 1942, détention, évasion, identité « Marcel Châtelain », 3e détachement FTP-MOI, actions de 1943, arrestation et exécution. https://gabrielperi.fr/ftpmoi/luccarini-cesare-italien-21-ans/
Ordre de la Libération — « Le groupe Manouchian et la médaille de la Résistance française ».
Cette source institutionnelle confirme explicitement l’appartenance de Cesare Luccarini au 3e détachement FTP-MOI, avec Georges Cloarec, Rino Della Negra, Roger Rouxel, Antoine Salvadori, Amédéo Usséglio et Robert Witchitz. Elle documente également l’attribution posthume de la Médaille de la Résistance française par décret du 31 mars 1947. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/le-groupe-manouchian-et-la-medaille-de-la-resistance-francaise
Musée de la Résistance en ligne — « Plaque à la mémoire des 23 membres de l’Affiche rouge ».
Cette ressource confirme notamment que Cesare Luccarini appartenait au troisième détachement, majoritairement italien, et le replace parmi Antonio Salvadori, Amedeo Usseglio, Rino Della Negra, Georges Cloarec et Robert Witchitz. https://museedelaresistanceenligne.org/media5072-Plaque-la-mmoire-des-23-membres-de-lAffiche-rouge
Dossier d’homologation consulté
Un identifiant Mémoire des hommes est attaché à Cesare Luccarini et l’existence d’une documentation administrative le concernant est attestée.
La cote 1O40118 est également associée à son dossier dans la documentation consultée.
En revanche, aucune cote complète et certaine d’un dossier individuel SHD GR 16 P n’a pu être vérifiée directement dans les résultats accessibles au cours des présentes recherches.
Il convient donc de conserver cette lacune documentaire plutôt que d’attribuer à Cesare Luccarini une cote GR 16 P non vérifiée.
Observations
Les sources emploient plusieurs formes de son nom : « Cesare Luccarini », « César Lucarini » et « Lucarini ».
La forme Cesare LUCCARINI est retenue, car elle domine dans les travaux biographiques récents et dans les bases documentaires consultées.
Son identité clandestine « Marcel Châtelain », également réduite à « Marcel », doit être distinguée de son identité civile.
La documentation permet de reconstituer avec une précision particulièrement élevée la séquence 1942-1944 : première arrestation, condamnation, détention, évasion, passage à Paris, intégration au 3e détachement FTP-MOI, opérations armées, seconde arrestation, procès et exécution.
Une réserve doit néanmoins être conservée concernant la date exacte de sa seconde arrestation, donnée selon les éléments documentaires comme le 12 ou le 13 novembre 1943.
Indice de fiabilité de la notice
Niveau A.
L’état civil, l’origine italienne, l’engagement communiste, l’emprisonnement, l’évasion, l’intégration aux FTP-MOI, l’appartenance au 3e détachement, les principales opérations, l’arrestation, le procès et l’exécution sont établis par plusieurs sources historiques et institutionnelles concordantes.
Une incertitude ponctuelle subsiste sur la date exacte de l’arrestation de novembre 1943. Une seconde réserve concerne l’absence de vérification d’une cote individuelle complète SHD GR 16 P.
Ces réserves ne remettent pas en cause l’identification du résistant ni les grandes étapes de son parcours.
Chronologie
| Date | Événement |
| 24 février 1922 | Naissance à Castiglione dei Pepoli, en Italie |
| Vers 1930 | Installation de la famille en France |
| Août 1940 | Adhésion clandestine aux Jeunesses communistes |
| Février 1942 | Arrestation pour distribution de tracts clandestins |
| 19 mars 1942 | Condamnation à deux années d’emprisonnement par la cour spéciale de Douai |
| 1942-1943 | Détention à Cuincy puis transfert au camp de travail de Watten-Éperlecques |
| Août 1943 | Évasion de Watten-Éperlecques à la faveur d’un bombardement de la RAF |
| 1943 | Passage à Paris sous l’identité de « Marcel Châtelain » et entrée au 3e détachement italien des FTP-MOI |
| 17 septembre 1943 | Participation à l’action contre Tagliaferi |
| 25 septembre 1943 | Participation à l’attaque du Café de l’Autobus |
| 12 novembre 1943 | Participation à l’opération de la rue La Fayette |
| 12 ou 13 novembre 1943 | Arrestation par la deuxième Brigade spéciale ; divergence documentaire sur la date exacte |
| 18 février 1944 | Condamnation à mort par le tribunal militaire allemand du Gross Paris |
| 21 février 1944 | Fusillé au Mont-Valérien |
| 18 avril 1946 | Mention « Mort pour la France » |
| 31 mars 1947 | Décret attribuant à titre posthume la Médaille de la Résistance française |
| 26 juillet 1947 | Publication au Journal officiel du décret relatif à la Médaille de la Résistance |
| 21 février 2024 | Son nom est honoré au Panthéon avec les résistants du groupe Manouchian |
Sources consultées
Fondation Gabriel Péri — « Luccarini Cesare, italien, 21 ans ».
Source biographique principale utilisée pour l’état civil, l’arrivée en France, le milieu familial antifasciste, la profession, l’engagement communiste, l’arrestation de 1942, la détention, l’évasion, l’identité clandestine « Marcel Châtelain », l’entrée au 3e détachement italien des FTP-MOI, les actions de septembre à novembre 1943, la seconde arrestation et l’exécution au Mont-Valérien.
https://gabrielperi.fr/ftpmoi/luccarini-cesare-italien-21-ans
Ordre de la Libération — « Le groupe Manouchian et la médaille de la Résistance française ».
Source institutionnelle utilisée pour contrôler l’organisation des FTP-MOI de la région parisienne, la composition des différents détachements et l’appartenance de Cesare Luccarini au 3e détachement. Cette page confirme également l’attribution à titre posthume de la Médaille de la Résistance française par décret du 31 mars 1947.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/le-groupe-manouchian-et-la-medaille-de-la-resistance-francaise
Chemins de mémoire – ministère des Armées — « L’exécution du 21 février 1944 au fort du Mont-Valérien ».
Source institutionnelle consacrée à l’exécution du 21 février 1944. Elle indique que vingt-cinq résistants furent fusillés ce jour-là au Mont-Valérien, parmi lesquels les vingt-deux membres du groupe Manouchian. La liste nominative reproduite par le ministère comporte Cesare Luccarini sous la forme « César LUCARINI ».
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/lexecution-du-21-fevrier-1944-au-fort-du-mont-valerien
Chemins de mémoire – ministère des Armées — « Missak Manouchian, “Aux grands hommes la patrie reconnaissante” ».
Source institutionnelle complémentaire utilisée pour replacer Luccarini et ses camarades dans le contexte du procès, de l’Affiche rouge et de la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian le 21 février 2024.
Chemins de mémoire – ministère des Armées — « Missak Manouchian, un combattant de l’universel ».
Ressource complémentaire consacrée à Missak Manouchian, à ses compagnons FTP-MOI et à la signification mémorielle de son entrée au Panthéon.
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/revue/missak-manouchian-un-combattant-de-luniversel
Musée de la Résistance en ligne — « Plaque à la mémoire des 23 membres de l’Affiche rouge ».
Ressource utilisée pour recouper l’appartenance de Cesare Luccarini au 3e détachement FTP-MOI, majoritairement italien, et pour le replacer parmi Antonio Salvadori, Amedeo Usseglio, Rino Della Negra, Georges Cloarec et Robert Witchitz.
https://museedelaresistanceenligne.org/media5072-Plaque-la-mmoire-des-23-membres-de-lAffiche-rouge
Mémoire des hommes – ministère des Armées.
Base institutionnelle du ministère des Armées consacrée notamment aux parcours individuels des combattants, résistants et victimes des conflits contemporains. Elle est mentionnée comme ressource de contrôle nominatif et administratif.