Le Service du Travail Obligatoire (STO) a été instauré par le régime de Vichy sous la pression de l’Allemagne nazie pour répondre aux besoins en main-d’œuvre du Reich.
Le texte principal instituant le STO est la loi du 16 février 1943, publiée au Journal officiel du 17 février 1943.
Cette loi obligeait les jeunes hommes nés entre 1920 et 1922 à aller travailler en Allemagne.
Loi du 4 septembre 1942 relative à l’utilisation et à l’orientation de la main-d’œuvre, publiée au Journal officiel du 13 septembre 1942. Elle permet notamment d’assujettir au travail les hommes de 18 à 50 ans et certaines femmes, et impose aux hommes concernés de pouvoir justifier d’un « emploi utile aux besoins du pays ».
Texte intégral de la loi du 4 septembre 1942 sur Légifrance
Elle venait prolonger et renforcer la loi du 4 septembre 1942, qui imposait déjà des réquisitions de main-d’œuvre pour travailler en France ou en Allemagne.
Loi n° 106 du 16 février 1943 portant institution du Service du travail obligatoire (STO). Son article 1er prévoit, pour les Français et ressortissants français masculins de plus de vingt ans résidant en France, l’exécution d’un « service du travail obligatoire ». L’article 2 fixe sa durée à deux ans, sous réserve d’une éventuelle réduction par décret.
Texte intégral de la loi du 16 février 1943 sur Légifrance
C’est surtout le décret d’application n° 431 du 16 février 1943 qui désigne explicitement les trois classes concernées initialement : les hommes nés en 1920, 1921 et 1922, astreints à un service du travail de deux ans.
L’article 1er dit notamment :
« Tous les Français et ressortissants français du sexe masculin résidant en France » appartenant aux trois catégories suivantes : hommes nés en 1920, 1921 ou 1922, « sont astreints à un service du travail d’une durée de deux ans ».
Le décret précise que le temps déjà passé dans les Chantiers de jeunesse ou aux armées vient en déduction de ces deux années.
L’article 2 organise concrètement la réquisition : les préfets doivent convoquer ces hommes, d’abord pour un contrôle de recensement avant le 28 février 1943, puis individuellement pour une visite médicale avant le 5 mars 1943. L’article 3 prévoit la remise d’un récépissé.
L’article 4 est également essentiel :
« Les affectations à un emploi utile aux besoins du pays seront notifiées aux intéressés. »
La notification fixe le lieu d’emploi et vaut également bon de transport.
Point important : le décret ne dit pas explicitement « travail en Allemagne ». Juridiquement, il parle d’un « emploi utile aux besoins du pays » et d’un lieu d’emploi fixé par l’administration. Il faut donc distinguer le texte juridique du STO de son application concrète, qui conduisit massivement des requis à travailler en Allemagne.
Les obligations imposées par le STO concernaient initialement les classes 1940, 1941 et 1942, tenues de partir en Allemagne pour des contrats de travail forcé de deux ans minimum.
Cette mesure était étendue ensuite à d’autres catégories de jeunes. Le refus de partir exposait les réfractaires à des sanctions pénales, voire à la déportation ou à la répression de leurs familles.
Les buts poursuivis par Vichy étaient multiples : répondre aux exigences allemandes fixées par les accords Laval-Sauckel (1942), tenter de préserver une autonomie relative du gouvernement en coopérant avec l’occupant, et éviter des représailles plus sévères sur la population civile.
Les conséquences du STO furent profondes : des centaines de milliers de jeunes Français partirent travailler en Allemagne, tandis que plusieurs dizaines de milliers d’autres prirent le maquis pour échapper à la réquisition, contribuant ainsi à grossir les rangs de la Résistance intérieure.
Le STO a également accentué le rejet populaire du régime de Vichy et a laissé une trace durable dans les mémoires collectives.
Références bibliographiques
Le STO : Histoire d’une déportation, par Denis Peschanski, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997. Cet ouvrage propose une analyse détaillée des origines, de l’organisation et des conséquences du Service du Travail Obligatoire, en s’appuyant sur de nombreux témoignages et archives. L’auteur met en lumière les stratégies d’évitement et les formes de résistance suscitées par cette mesure.
Les réfractaires au STO : une résistance, par François Marcot, Presses Universitaires de France, Paris, 1990. Ce livre s’intéresse aux jeunes hommes qui ont refusé de partir travailler en Allemagne. Il explore les réseaux de soutien, les formes de clandestinité et l’impact du STO sur le développement de la Résistance.
La France du STO, par Jean-Pierre Azéma, Éditions Perrin, Paris, 2010. L’auteur replace le STO dans l’ensemble de la politique de collaboration de Vichy, en analysant les motivations politiques du régime et les réactions de la société française face à cette contrainte.
Le Service du Travail Obligatoire 1942-1945, par Michèle Cointet, Éditions Tallandier, Paris, 2003. Cet ouvrage offre une synthèse historique sur le STO, ses modalités d’application, la gestion des contingents, les négociations entre Vichy et l’Allemagne, ainsi que les conséquences économiques et sociales.
Les Français sous le STO, par Jean-Claude Vimont, Éditions Ouest-France, Rennes, 2005. L’auteur dresse un panorama des destins variés des Français envoyés en Allemagne, illustré par des témoignages et des documents d’archives, en mettant l’accent sur l’expérience quotidienne des requis.
Références internet
Ministère des Armées – Mémoire des hommes : https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=116&titre=le-service-du-travail-obligatoire-sto Ce site officiel propose une présentation synthétique du STO, ses bases juridiques, les conditions de départ et de travail en Allemagne, ainsi que des ressources pour rechercher les personnes concernées.
Fondation de la Résistance : https://www.fondationresistance.org/pages/recherche-documentaire/le-service-travail-obligatoire_sto Une fiche historique documentée retraçant la mise en place du STO, ses modalités d’application, ses conséquences sur la Résistance et la société française, ainsi que les chiffres clés du phénomène.
Musée de la Résistance en ligne : https://museedelaresistanceenligne.org/media.php?media=4014 Ce site propose des documents d’archives, des témoignages et des expositions virtuelles autour du STO, ainsi qu’une analyse de son rôle dans la montée en puissance de la Résistance.
France Archives : https://francearchives.gouv.fr/fr/findingaid/af0e6b5fddf1ab2bc9473e69f20a9b48f4c9ba9a
Ce portail décrit les fonds d’archives relatifs au Service du Travail Obligatoire conservés dans les différents services d’archives publics français, utiles pour des recherches documentaires ou généalogiques.