Le maquis Lorrain est également désigné dans certaines sources comme maquis du Laverq ou, pour son noyau initial, maquis Lippmann. Son nom principal provient du pseudonyme « Lorrain » adopté par Jean LIPPMANN. Il est établi dans la vallée du Laverq, dans le secteur de Méolans, Basses-Alpes, France, aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence, et est rattaché à l’Organisation de Résistance de l’Armée.
Création du maquis
En septembre 1943, Jean LIPPMANN, huissier à Nice, Alpes-Maritimes, France, déjà engagé dans le réseau de renseignement Tartane et menacé à la fois pour ses activités clandestines et parce qu’il est juif, quitte Nice avec ses fils Jacques et Claude et sa fille Eva. La famille gagne les Basses-Alpes par le « train des pignes » et s’installe dans la haute vallée. Ce noyau familial devient progressivement la matrice d’un maquis auquel se joignent proches, réfractaires au STO et autres résistants.
Le groupe s’installe dans le Laverq, sur le territoire de Méolans. Une source locale consacrée à l’histoire du Laverq situe l’activité de la famille et de ses compagnons dans la vallée entre le 30 août 1943 et le 23 juin 1944. Le maquis est ensuite intégré à l’ORA.
Organisation interne
Jean LIPPMANN commande initialement la formation. Il devient capitaine puis commandant sous le pseudonyme « Lorrain ». Ses fils Jacques et Claude jouent également un rôle important ; Jacques est officier de réserve et Claude exerce comme médecin du maquis. Les travaux consacrés au groupe indiquent qu’il compte sept membres à l’origine, environ quinze en mai 1944 puis une trentaine au début de juin 1944.
L’intégration du groupe à l’ORA entraîne son insertion dans une organisation militaire plus large. Le maquis coopère notamment avec le dispositif résistant de l’Ubaye placé dans l’environnement du commandant Jacques LÉCUYER, alias « Sapin », et avec les autres unités FFI de la région.
Actions menées pendant la Résistance
Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944 et l’ordre d’insurrection, les résistants de l’Ubaye passent à l’action. Le maquis Lorrain intervient dans les combats destinés à bloquer les forces allemandes essayant de pénétrer dans la vallée. Au Pas de la Tour, une colonne allemande envoyée depuis Gap est arrêtée. Lorsque les Allemands tentent un contournement par les crêtes de Saint-Vincent, le maquis Lorrain et la section commandée par Rapillard contribuent à les arrêter, avec l’appui du maquis de Chorges du lieutenant André MERMET à l’Île de Rousset.
Les sources consacrées au maquis du Laverq indiquent qu’il se porte au Pas de la Tour après l’ordre d’insurrection et participe notamment aux combats du 12 juin 1944. La situation militaire contraint ensuite les maquisards à quitter le Laverq le 23 juin et à se déplacer vers le Haut-Verdon puis vers la haute Bléone devant l’avancée allemande.
Le 14 juillet 1944, à Colmars-les-Alpes, Basses-Alpes, France, la compagnie Lorrain participe à une manifestation patriotique. Elle présente les armes devant le monument aux morts tandis que Jacques LIPPMANN prononce une allocution annonçant la libération prochaine. Cette manifestation est documentée par une photographie conservée au Musée de la Résistance en ligne.
Après la mort de Jean LIPPMANN, Jacques LIPPMANN reprend le commandement de la compagnie. Celle-ci participe ensuite aux opérations dans les Alpes-Maritimes, notamment dans le secteur de Levens et Plan-du-Var, puis Jacques LIPPMANN entre à Nice, Alpes-Maritimes, France, le 29 août 1944, au lendemain de l’insurrection niçoise.
Liens avec d’autres réseaux ou mouvements
Jean LIPPMANN est lié avant la création du maquis au réseau Tartane, réseau de renseignement actif sur la Côte d’Azur. Le maquis fondé dans le Laverq est ensuite intégré à l’Organisation de Résistance de l’Armée.
Pendant les combats de juin 1944, le maquis coopère avec les unités FFI de l’Ubaye, la section de Rapillard et le maquis de Chorges. À l’été 1944, le maquis Lorrain est ensuite déplacé vers le secteur des Alpes-Maritimes et renforce les forces placées sous le commandement de Gautier et du dispositif FFI régional.
Chefs et figures marquantes
Jean LIPPMANN, pseudonymes « Chrono II » puis « Lorrain », est le fondateur et premier commandant du maquis. Il avait auparavant participé au réseau Tartane. Il commande les résistants pendant les opérations de l’Ubaye en juin 1944. Il est exécuté le 31 juillet 1944 et ne survit pas à la guerre.
Jacques LIPPMANN, fils aîné de Jean, est lieutenant et participe directement au commandement du maquis. Il prend la parole à Colmars-les-Alpes le 14 juillet 1944. Après l’exécution de son père, il prend la tête de la compagnie Lorrain, participe aux opérations dans le secteur de Levens et Plan-du-Var et entre à Nice le 29 août 1944. Il survit aux combats documentés de la Libération.
Claude LIPPMANN appartient au noyau familial ayant créé le maquis et en assure des fonctions médicales. Les sources consultées l’identifient comme médecin du groupe.
Eva LIPPMANN appartient également au noyau familial qui gagne les Basses-Alpes en septembre 1943. Sa présence est attestée dans les documents consacrés à la création du groupe, mais les sources consultées ne permettent pas de déterminer avec suffisamment de précision ses fonctions opérationnelles au sein du maquis.
Victimes et morts
Jean LIPPMANN constitue la principale victime nominativement identifiée dans les sources générales consacrées au maquis : il est exécuté le 31 juillet 1944. Les recherches ouvertes ne permettent pas d’établir un état exhaustif de tous les morts appartenant à la compagnie Lorrain.
Survivants identifiés
Jacques, Claude et Eva LIPPMANN survivent aux principales opérations décrites par les sources consultées. Jacques poursuit la lutte après la mort de son père et commande la compagnie lors de la Libération des Alpes-Maritimes.
Fin du maquis
Le maquis Lorrain ne disparaît pas à la suite d’une destruction brutale de son camp. Son parcours est celui d’une transformation progressive : parti d’un petit groupe clandestin du Laverq, il devient une formation intégrée à l’ORA puis aux FFI. Après les combats de juin et juillet 1944, la compagnie participe aux opérations de Libération vers le sud-est et les Alpes-Maritimes.
Conséquences et mémoire
Le maquis Lorrain tient une place particulière dans la mémoire de la Résistance de l’Ubaye et du Haut-Verdon. Son histoire combine le refuge d’une famille juive menacée, le renseignement clandestin, la constitution d’un maquis de montagne, son intégration à l’ORA et son engagement militaire lors des combats de la Libération.
Le 14 juillet 1944 à Colmars-les-Alpes constitue un épisode mémoriel particulièrement documenté. La photographie de Jacques LIPPMANN prenant la parole devant le monument aux morts est conservée par le Musée de la Résistance en ligne.
Références bibliographiques
Résister. Vie et mort d’un maquis de montagne, Gérard Guerrier. Cet ouvrage est spécifiquement consacré à l’histoire du groupe LIPPMANN et du maquis Lorrain dans le Laverq. Il décrit sa formation à partir du noyau familial, son intégration à l’ORA, l’augmentation progressive de ses effectifs et son engagement dans les combats de juin 1944.
Journal de marche de la Résistance en Ubaye, 1979. Cette publication constitue une source narrative importante pour l’histoire des combats de l’Ubaye, de l’organisation résistante locale et des différentes unités engagées, dont le maquis Lorrain. Elle est notamment citée dans les travaux mémoriels consacrés aux responsables de la Résistance ubayenne.
Mémorial de la Résistance et des combats de la Seconde Guerre mondiale dans les Basses-Alpes, Digne-les-Bains, 1992. Cet ouvrage permet de replacer le maquis Lorrain dans l’ensemble des formations de l’ORA et des FFI du département et dans les combats de juin-août 1944.
Références internet
Musée de la Résistance en ligne La photographie et la notice consacrées à Jacques LIPPMANN fournissent une synthèse détaillée de la naissance du maquis, de son rattachement à l’ORA, de la manifestation du 14 juillet 1944 et de sa participation à la Libération. https://museedelaresistanceenligne.org/media1464-Prise-de-parole-de-Jacques-Lippman-du-maquis-Lorrain-de-lORA
Mémoire Vive de la Résistance L’étude « L’ORA dans les Basses-Alpes » documente l’intervention du maquis Lorrain lors des combats de juin 1944 au Pas de la Tour et à Saint-Vincent, en coopération avec la section Rapillard et le maquis de Chorges. https://mvr.asso.fr/lora-dans-les-basses-alpes-par-boris-de-gueyer/
Mémoire Vive de la Résistance L’étude « L’ORA dans les Alpes-Maritimes » confirme le déplacement ultérieur du maquis Lorrain depuis les Basses-Alpes et son intégration au dispositif FFI des Alpes-Maritimes. https://mvr.asso.fr/lora-dans-les-alpes-maritimes-par-boris-de-gueyer/
Association du Laverq La page consacrée à l’ouvrage Résister rappelle que la famille LIPPMANN et ses compagnons animent le maquis dans le Laverq du 30 août 1943 au 23 juin 1944 avant leur déplacement vers le Haut-Verdon et la haute Bléone. https://www.laverq.net/actualites/resister
Maitron Résistance La notice de Jean LIPPMANN documente son parcours personnel, ses pseudonymes et son rôle dans la Résistance. https://fusilles-40-44.maitron.fr/lippmann-jean-gustave-raphael-leon-pseudonymes-dans-la-resistance-chrono-ii-lorrain/
Fiabilité A. L’existence, la localisation, le commandement, le rattachement à l’ORA et les principales opérations du maquis Lorrain sont confirmés par plusieurs sources indépendantes, notamment le Musée de la Résistance en ligne, le Maitron, Mémoire Vive de la Résistance et les travaux consacrés au Laverq. Les effectifs précis doivent toutefois être considérés comme évolutifs.
Sources consultées –
Mémoire Vive de la Résistance, résultats positifs : https://mvr.asso.fr/lora-dans-les-basses-alpes-par-boris-de-gueyer/
Maitron Résistance, résultat positif pour Jean LIPPMANN : https://fusilles-40-44.maitron.fr/lippmann-jean-gustave-raphael-leon-pseudonymes-dans-la-resistance-chrono-ii-lorrain/
Fondation de la Résistance, recherche effectuée ; ressources générales sur l’ORA et les maquis identifiées mais aucune notice autonome suffisamment détaillée sur le maquis Lorrain.
Musée de la Résistance en ligne, résultat positif : https://museedelaresistanceenligne.org/media1464-Prise-de-parole-de-Jacques-Lippman-du-maquis-Lorrain-de-lORA
Mémoire des Hommes, recherche effectuée ; aucune notice collective autonome du maquis identifiée.
Ordre de la Libération, recherche effectuée ; pas de notice collective autonome retrouvée.
Gallica – BnF, recherche effectuée ; aucune monographie numérisée directement consacrée au maquis identifiée.
Service historique de la Défense, recherche de contrôle sur l’ORA et les unités FFI ; aucune notice ouverte autonome intitulée « maquis Lorrain » identifiée.
Association du Laverq, résultat positif : https://www.laverq.net/actualites/resister
Wikipédia, consultée uniquement à titre complémentaire et non retenue comme source principale.