La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

LAMBERT Raymond Raoul 

Raymond-Raoul LAMBERT, né le 10 août 1894 à Montmorency (Seine-et-Oise, aujourd’hui Val-d’Oise), mort vers le 10 décembre 1943 au camp d’extermination d’Auschwitz II-Birkenau (Pologne occupée), français.

Jeunesse et formation

Raymond-Raoul Lambert naît le 10 août 1894 à Montmorency dans une famille juive française installée en région parisienne. Son père, Michel Arthur Lambert, exerce la profession de commissionnaire en marchandises ; sa mère est Angélina Léa Raumheim. Le milieu familial appartient à cette bourgeoisie israélite profondément attachée à la République et à l’idéal d’intégration des Juifs français.

Après des études secondaires, Lambert entreprend des études de droit. Mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale, il sert dans l’armée française avec le grade d’officier. Son comportement au feu lui vaut plusieurs citations ainsi que la Croix de guerre 1914-1918. Cette expérience marque durablement sa conception du patriotisme français et explique en partie son attachement constant à la légalité républicaine.

Démobilisé après l’Armistice, il mène une carrière de juriste tout en s’investissant rapidement dans les œuvres sociales du judaïsme français. Son intérêt se porte particulièrement sur les réfugiés juifs d’Europe centrale et orientale qui affluent en France dans les années 1920 puis, en nombre croissant, après l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933.

En 1934, il prend la direction de L’Univers israélite, l’une des principales revues du judaïsme français. Cette fonction lui permet de devenir l’une des personnalités les plus influentes des institutions juives françaises de l’entre-deux-guerres.

Engagement dans la Résistance

Le parcours de Raymond-Raoul Lambert occupe une place particulière dans l’histoire de la persécution des Juifs en France. Il ne relève pas de la Résistance militaire ou des mouvements clandestins traditionnels. Son engagement consiste à maintenir des structures d’assistance destinées à sauver des vies dans un contexte où toute action est étroitement surveillée par les autorités françaises et allemandes.

Avant même la guerre, il participe activement au Comité d’assistance aux réfugiés (CAR), organisme chargé d’aider les Juifs ayant fui les persécutions antisémites d’Europe centrale.

Après la défaite de juin 1940, il poursuit cette activité depuis la zone libre. Lorsque le gouvernement de Vichy crée, par la loi du 29 novembre 1941, l’Union générale des Israélites de France (UGIF), destinée à regrouper sous contrôle administratif toutes les organisations juives, Lambert accepte d’en assurer la direction pour la zone Sud avant d’exercer des responsabilités nationales.

Ce choix demeure aujourd’hui l’un des sujets les plus débattus de l’historiographie de la Shoah en France. Lambert estime alors que le maintien d’une institution officiellement reconnue permettra de préserver une partie des œuvres sociales, de protéger les populations les plus vulnérables et de disposer d’un interlocuteur susceptible de négocier avec les autorités françaises.

Ses écrits personnels montrent cependant que cette stratégie se heurte progressivement à l’impossibilité d’infléchir la politique d’extermination menée par l’Allemagne nazie.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Les recherches disponibles ne permettent pas d’établir l’appartenance de Raymond-Raoul Lambert à un réseau clandestin homologué des Forces françaises combattantes (FFC), des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) ou d’un mouvement reconnu de la Résistance.

En revanche, son activité est étroitement liée aux organismes suivants :

  • Comité d’assistance aux réfugiés (CAR) ;
  • Union générale des Israélites de France (UGIF), dont il devient l’un des principaux dirigeants.

Les travaux de Laurent Joly, Renée Poznanski, Jacques Adler et plusieurs historiens du judaïsme français montrent que Lambert entretient progressivement des relations discrètes avec diverses organisations clandestines juives et avec certains réseaux chrétiens engagés dans le sauvetage d’enfants. Ces contacts demeurent toutefois difficiles à documenter précisément en raison de leur caractère clandestin et de la destruction d’une partie des archives.

Son engagement relève donc davantage d’une résistance civile, humanitaire et administrative que d’une participation directe à la lutte armée.

Missions et actions

Sous la responsabilité de Raymond-Raoul Lambert, le Comité d’assistance aux réfugiés puis l’UGIF poursuivent une œuvre considérable de secours.

Les services placés sous son autorité organisent notamment :

  • la distribution de secours financiers ;
  • l’aide alimentaire ;
  • le placement d’enfants ;
  • l’assistance médicale ;
  • l’aide juridique ;
  • le soutien aux réfugiés étrangers ;
  • l’organisation de maisons d’enfants ;
  • l’assistance aux internés des camps français.

Après les grandes rafles de l’été 1942, Lambert prend progressivement conscience que les déportations ne constituent pas de simples déplacements de population mais s’inscrivent dans une politique d’extermination.

Son Journal, publié après la guerre sous le titre Carnet d’un témoin (1940-1943), constitue aujourd’hui une source historique essentielle. Il décrit avec une remarquable précision les relations entre les autorités allemandes, le gouvernement de Vichy et les institutions juives, ainsi que les dilemmes moraux auxquels sont confrontés leurs responsables.

Il multiplie les démarches auprès de Pierre Laval, de René Bousquet et de différents responsables administratifs afin de limiter les arrestations, d’obtenir des exemptions ou de préserver certaines catégories de personnes menacées.

Les résultats demeurent extrêmement limités, mais plusieurs historiens considèrent aujourd’hui que les services de l’UGIF dirigés par Lambert ont permis, malgré leurs contraintes, d’apporter une aide matérielle indispensable à plusieurs milliers de personnes jusqu’à leur dissolution de fait en 1943.

Arrestation / évasion / déportation

L’année 1943 marque l’effondrement définitif des espoirs que Raymond-Raoul Lambert avait placés dans la possibilité de préserver une partie des œuvres sociales juives sous le contrôle de l’UGIF. Après l’invasion de la zone sud par les troupes allemandes en novembre 1942, les autorités d’occupation prennent directement en main la politique antijuive sur l’ensemble du territoire français. Les marges de négociation disparaissent progressivement et les responsables des institutions juives deviennent eux-mêmes des cibles.

Installé à Marseille, où demeure le siège de l’UGIF pour la zone sud, Lambert continue malgré tout à diriger les services d’assistance destinés aux réfugiés, aux internés et aux enfants placés dans les maisons de l’organisation. Son journal montre combien il mesure désormais l’impasse dans laquelle se trouvent les responsables communautaires : maintenir l’institution pour continuer à secourir les plus vulnérables, tout en sachant que cette même institution est placée sous une surveillance constante de la Gestapo et de la police française.

Le 21 août 1943, Raymond-Raoul Lambert est arrêté à Marseille par les autorités allemandes, en même temps que son épouse Simone Bloch, leurs quatre enfants – Françoise, Claude, Jean-Claude et Michel – ainsi que la mère de son épouse. L’ensemble de la famille est transféré au camp d’internement de Drancy (Seine).

Durant plusieurs mois, Lambert demeure interné à Drancy. Les témoignages et son propre journal, interrompu peu avant son arrestation, permettent de mesurer la lucidité avec laquelle il comprend alors que les déportations conduisent à la mort. Les derniers feuillets de son carnet témoignent de son désespoir face à l’impuissance des institutions juives et à l’échec de toutes les démarches entreprises auprès des autorités françaises.

Le 7 décembre 1943, la famille Lambert est déportée depuis Drancy par le convoi n° 64 à destination d’Auschwitz-Birkenau. Le convoi transporte plus d’un millier de déportés.

À leur arrivée en Pologne occupée, Raymond-Raoul Lambert est séparé de son épouse et de ses enfants. Les archives disponibles indiquent qu’il meurt quelques jours après son arrivée, probablement le 10 décembre 1943. Son épouse Simone est également assassinée à Auschwitz, de même que leurs quatre enfants. Aucun membre de cette famille ne revient de déportation.

La disparition de Raymond-Raoul Lambert constitue l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire des institutions juives françaises pendant l’Occupation. Son parcours illustre les limites auxquelles se heurtèrent les responsables des œuvres d’assistance confrontés à une politique génocidaire dont ils ne saisirent que progressivement toute l’ampleur.

Camarades de combat

L’activité de Raymond-Raoul Lambert s’inscrit essentiellement dans le cadre des institutions d’assistance juives plutôt que dans celui des réseaux armés de la Résistance.

Au cours de son action, il travaille notamment avec les responsables du Comité d’assistance aux réfugiés (CAR) puis de l’Union générale des Israélites de France (UGIF). Il entretient également des relations suivies avec plusieurs personnalités du judaïsme français engagées dans les œuvres de secours, parmi lesquelles André Baur, président de l’UGIF en zone nord, ainsi qu’avec de nombreux assistants sociaux, médecins, éducateurs et responsables des maisons d’enfants.

Les recherches historiques montrent également des contacts avec diverses organisations de sauvetage, tant juives que chrétiennes, notamment lors du placement clandestin d’enfants. Toutefois, les archives disponibles ne permettent pas toujours d’identifier avec certitude l’ensemble des personnes ayant participé à ces opérations.

Son œuvre écrite lui assure une place importante dans l’historiographie de la Shoah en France.

Son journal personnel, rédigé entre 1940 et 1943, est conservé après la guerre puis publié sous le titre Carnet d’un témoin (1940-1943). Ce document est aujourd’hui considéré comme l’un des témoignages majeurs sur le fonctionnement de l’UGIF, la politique antisémite du régime de Vichy, les rapports avec les autorités allemandes et les dilemmes auxquels furent confrontés les responsables des institutions juives.

Longtemps jugé sévèrement par une partie de l’historiographie en raison de ses responsabilités au sein de l’UGIF, Raymond-Raoul Lambert fait depuis plusieurs décennies l’objet de réévaluations fondées sur l’étude de ses écrits, des archives administratives et des travaux de chercheurs tels que Laurent Joly, Renée Poznanski ou Jacques Adler. Sans faire disparaître les controverses, ces recherches mettent davantage en lumière la complexité de sa position et les contraintes exceptionnelles dans lesquelles il exerça ses responsabilités.

Décorations

Les recherches disponibles permettent de confirmer :

  • Croix de guerre 1914-1918, obtenue à la suite de plusieurs citations pendant la Première Guerre mondiale.

Aucune autre décoration française ou étrangère n’a pu être confirmée avec certitude dans les sources institutionnelles et historiographiques consultées lors des présentes recherches. Cette absence ne signifie pas qu’aucune autre distinction n’ait existé, mais seulement qu’elle n’a pu être établie de manière certaine.

Lieux de mémoire

Raymond-Raoul Lambert est aujourd’hui principalement commémoré :

  • au Mémorial de la Shoah à Paris, où son nom figure parmi les déportés de France ;
  • dans les listes nominatives du Convoi n° 64 ;
  • au Mur des Noms du Mémorial de la Shoah ;
  • dans plusieurs travaux historiques consacrés à l’UGIF et à la persécution des Juifs en France ;
  • par la publication de son Carnet d’un témoin, devenu une source fondamentale pour l’étude de la Shoah en France.

Son parcours est également présenté dans plusieurs bases mémorielles consacrées à la déportation et à l’histoire de la Résistance civile juive.

Références bibliographiques

Raymond-Raoul Lambert, Carnet d’un témoin (1940-1943), Fayard, 1985 (plusieurs rééditions). Ce journal constitue la source essentielle pour comprendre l’action de Lambert pendant l’Occupation. Rédigé au jour le jour, il éclaire le fonctionnement de l’UGIF, les relations avec les autorités de Vichy et de l’occupant, ainsi que les interrogations morales de son auteur face aux persécutions. Il s’agit d’un document de première importance pour l’histoire de la Shoah en France.

Laurent Joly, Vichy dans la Solution finale. Histoire du Commissariat général aux Questions juives (1941-1944), Grasset, 2006. Cet ouvrage replace l’action de Raymond-Raoul Lambert dans le contexte général de la politique antisémite de Vichy. Il permet de comprendre les rapports entre l’UGIF, le Commissariat général aux Questions juives et les autorités allemandes.

Renée Poznanski, Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Hachette, rééd. Perrin. Ouvrage de synthèse majeur sur la condition des Juifs en France sous l’Occupation. Il analyse notamment la création de l’UGIF, ses missions, ses limites et les débats historiographiques relatifs à son rôle.

Jacques Adler, Face à la persécution. Les organisations juives à Paris de 1940 à 1944, Calmann-Lévy. Cette étude est consacrée aux institutions juives françaises confrontées aux persécutions. Elle apporte de nombreux éléments sur l’organisation de l’assistance sociale et sur la personnalité de Raymond-Raoul Lambert.

Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Ouvrage de référence permettant d’identifier le convoi n° 64, les circonstances de la déportation de Raymond-Raoul Lambert et le sort réservé aux membres de sa famille.

Références internet

Mémoire Vive de la Résistance (MVR). La notice individuelle consacrée à Raymond-Raoul Lambert retrace son parcours, son rôle au sein du Comité d’assistance aux réfugiés puis de l’UGIF, son arrestation et sa déportation. Elle constitue l’une des principales sources institutionnelles disponibles.
https://mvr.asso.fr/lambert/

Mémorial de la Shoah. Les bases documentaires du Mémorial permettent de confirmer la déportation de Raymond-Raoul Lambert et de sa famille ainsi que leur inscription dans les listes des victimes de la Shoah en France.
https://www.memorialdelashoah.org/

Convoi 64 – Déportés et histoire. Cette base spécialisée rassemble les biographies des personnes déportées par le convoi n° 64 du 7 décembre 1943. La notice consacrée à Lambert apporte des renseignements précis sur son parcours familial et sa déportation. https://www.convoi64.org/

Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Les ressources historiques de la Fondation replacent le parcours de Lambert dans le contexte général de la persécution des Juifs en France et de l’histoire de l’UGIF. https://www.fondationshoah.org/

Maitron. Le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social comporte des notices et des références utiles pour l’étude des acteurs du judaïsme français et de la Résistance civile. https://maitron.fr/

Musée de la Résistance en ligne. Les ressources du musée apportent le contexte historique relatif à la politique antisémite de Vichy et aux formes de résistance civile. https://museedelaresistanceenligne.org/

Dossier d’homologation

Aucun dossier individuel d’homologation (SHD GR 16 P, homologation FFC, FFI, DIR, CVR ou Déporté-Résistant) n’a pu être identifié avec certitude lors des présentes recherches.

En revanche, plusieurs sources mémorielles et historiographiques permettent d’établir avec certitude l’identité de Raymond-Raoul Lambert, son activité au sein du Comité d’assistance aux réfugiés et de l’UGIF, son arrestation, son internement à Drancy puis sa déportation par le convoi n° 64.

Observations

Le parcours de Raymond-Raoul Lambert demeure l’un des plus discutés de l’histoire de la Shoah en France.

Les premiers travaux publiés après la guerre ont parfois présenté l’UGIF comme un instrument ayant facilité la politique allemande de persécution. Les recherches plus récentes montrent une réalité beaucoup plus complexe. Si l’institution fut effectivement placée sous le contrôle de Vichy puis des autorités allemandes, ses responsables cherchèrent également à maintenir une assistance sociale indispensable à des dizaines de milliers de Juifs.

Les historiens contemporains soulignent désormais les contraintes exceptionnelles auxquelles Lambert fut confronté et l’évolution progressive de sa compréhension de la politique d’extermination nazie, largement documentée par son journal.

Aucune homonymie susceptible de créer une confusion biographique n’a été relevée lors des présentes recherches.

Aucune photographie librement réutilisable n’a été retrouvée dans les bases institutionnelles consultées, bien que plusieurs portraits soient conservés au Mémorial de la Shoah et reproduits dans certains ouvrages historiques.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A —  

L’identité de Raymond-Raoul Lambert, son parcours avant-guerre, ses responsabilités au sein du Comité d’assistance aux réfugiés et de l’Union générale des Israélites de France, son arrestation, son internement à Drancy et sa déportation par le convoi n° 64 sont établis par plusieurs sources concordantes, parmi lesquelles des sources primaires (son journal), des bases mémorielles institutionnelles et une bibliographie scientifique abondante.

Chronologie

DateÉvénement
10 août 1894Naissance à Montmorency (Seine-et-Oise).
1914-1918Service militaire pendant la Première Guerre mondiale ; obtient plusieurs citations et la Croix de guerre.
1934Devient rédacteur en chef de L’Univers israélite.
1939Mobilisé comme officier de réserve.
Juin 1940Poursuit son activité d’assistance aux réfugiés en zone sud.
29 novembre 1941Devient l’un des principaux dirigeants de l’UGIF.
Été 1942Intensification des rafles ; multiplication des démarches auprès des autorités françaises.
21 août 1943Arrestation à Marseille avec sa famille.
Août-décembre 1943Internement au camp de Drancy.
7 décembre 1943Déportation par le convoi n° 64 vers Auschwitz-Birkenau.
Vers le 10 décembre 1943Assassiné à Auschwitz.

Sources consultées

Convoi 64 – Déportés et histoire. La notice biographique a permis de confirmer la composition de la famille déportée, la date du convoi du 7 décembre 1943 et les principales étapes de la déportation. https://www.convoi64.org/

Mémorial de la Shoah. Les bases documentaires ont été utilisées pour confirmer les données relatives à la déportation de Raymond-Raoul Lambert et de sa famille ainsi que leur inscription parmi les victimes de la Shoah en France. https://www.memorialdelashoah.org/

Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Les ressources historiques ont été consultées pour replacer l’action de l’UGIF dans le contexte de la persécution des Juifs en France. https://www.fondationshoah.org/

Ouvrage de Raymond-Raoul Lambert, Carnet d’un témoin (1940-1943). Cette source primaire a été utilisée pour documenter l’évolution de sa pensée, ses démarches auprès des autorités et les difficultés rencontrées dans l’exercice de ses responsabilités.

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