René LAFORGE, né le 7 novembre 1922 à Arnay-le-Duc (Côte-d’Or), mort le 7 mars 1942 à Dijon (Côte-d’Or)
Issu d’une famille de la Côte-d’Or, il suit l’École normale de Dijon (rue Charles-Dumont) où se forme un noyau d’élèves instituteurs politisés et hostiles à l’Occupation. Les notices mémorielles rappellent son ancrage communiste et son rôle dans les premiers gestes de résistance (tracts, propagande, actions symboliques).
Avant même l’organisation des maquis, il agit dans un cadre urbain et étudiant : Jeunesses communistes, Bataillons de la jeunesse (groupe « Maxime Gorki »). L’action relève de la propagande clandestine et de tentatives d’actions spectaculaires destinées à frapper l’opinion.
Les sources publiques évoquent la diffusion de tracts et l’implication du noyau normalien dans le climat ayant conduit à l’attaque du Soldatenheim (engin non explosé). Aucune participation matérielle directe de Laforge n’est démontrée dans les pièces accessibles ; sa condamnation relève de la politique d’otages.
Arrestation / exécution
Arrêté dans la répression qui suit l’attentat manqué contre le Soldatenheim de Dijon (nuit du 10 au 11 janvier 1942), il est condamné à mort comme otage et fusillé au stand de tir de Montmuzard le 7 mars 1942 à 18 h 20, avec trois condisciples normaliens et un compagnon non normalien.
Camarades de combat
Il meurt avec René Romenteau, Jean Schellnenberger et Pierre Vieillard (normaliens) et Robert Creux (ébéniste), désignés comme otages.
Décorations
- Médaille de la Résistance à titre posthumepar décret du 24 Avril 1946
Aucune autre décoration confirmée dans les bases officielles consultées.
Lieux de mémoire
Dijon, stand de tir de Montmuzard (mur des fusillés) ; monument « aux 4 normaliens » (hall de l’ancienne École normale ESPE, 51 rue Charles-Dumont) ;
« rue des Normaliens fusillés et de leur camarade » à Dijon ; à Arnay-le-Duc, toponymie locale (rue René-Laforge).
Lettre d’Adieu René Laforge
René Laforge à M. et Mme Cunit, à Dijon. Prison de Dijon (Côte-d’Or) 7 mars 1942
Chers amis,
C’est à vous que j’écris en dernier lieu parce que je n’ai pas le courage d’écrire à Amay [domicile familial]. Je vais mourir aujourd’hui quoique étant innocent et m’étant toujours efforcé de faire le bien dans ma vie.
Vous irez à Arnay, vous leur donnerez cette lettre, et vous leur direz que mes dernières pensées ont été pour eux, pour Suzanne, pour Murièle, et surtout pour le cher petit Guy que j’aimais tant. Je voudrais qu’on lui parle souvent de moi quand il sera grand. J’ai pensé aussi à vous, chers amis, qui avez tant adouci mes derniers jours. Vous direz aussi à Auxonne, à Lucarne, et à Jeannot et à Belan, à Suzanne, Jean et Jeannine que je pense tendrement à eux. Je pense aussi à ceux d’Épinac. Je suis consterné pour mes frères Henri et Fernand prisonniers. Vous leur laisserez ignorer ma mort jusqu’ à leur retour.
Je suis très pauvre, mais tout ce qui m’appartient, je désire que Suzanne à Arnay en hérite, pour Guy plus tard. Argent et-mes livres que j’aimais beaucoup.
Mes dernières volontés sont que vous ne me pleuriez pas trop, tous.
J’aurais aimé que mon corps repose dans le cimetière d’Épinac, près de mes parents, mais je sais que c’est impossible.
Vous irez aussi dire à mon directeur d’école normale que je suis mort courageusement, comme il sied à l’homme qu’il avait formé. Dites-lui adieu tendrement de ma part.
Je crois que l’heure approche, je suis en train de fumer une dernière cigarette. Je regarde la mort en face et je n’ai pas peur.
Je vais mourir en catholique, mes parents étant morts ainsi.
La confession me permettra d’ailleurs de résumer une vie et de la revivre un peu.
Je vous embrasse ainsi que toute la famille très, très tendrement.
René Laforge
Références bibliographiques
- Les 4 normaliens de Dijon, Amicale des anciens élèves de l’École normale & SNI, CRDP Dijon, 1983. Brochure de référence retraçant la formation du groupe normalien, l’arrestation et l’exécution ; comprend extraits de lettres et contextualisation pédagogique.
- La vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944, Jean-Pierre Guéno (dir.), Tallandier, 2013. Recueil commenté des dernières lettres, dont celles de jeunes fusillés de 1942 ; utile pour replacer la parole de Laforge dans l’ensemble national.
- Occupation, Résistance, Libération. Dijon 1939-1945, Ville de Dijon/Patrimoine, 2025. Dossier récent et illustré : rappel de l’attentat du Soldatenheim, des identités des quatre normaliens et des modalités de la répression. Site Patrimoine
Références internet
- Le Maitron – « LAFORGE René, Georges (alias “Chéron”) ». Notice biographique : état civil, engagement communiste, arrestation et exécution comme otage. https://maitron.fr/laforge-rene-georges-pseudonyme-cheron/
- Musée de la Résistance en ligne – « Monument aux 4 Normaliens (7 mars 1942) ». Photo/notice du monument, heures d’exécution nominatives et contexte. https://museedelaresistanceenligne.org/media7209-Monument-la-mmoire-des-4-Normaliens-fusills-le-7-mars-1942-Dijon-Cte-dOr
- Archives départementales de la Côte-d’Or – « Les dernières lettres d’un résistant (1942) ». Dossier pédagogique autour des lettres et du contexte répressif. https://archives.cotedor.fr/v2/site/AD21/Decouvrir/Documents_du_mois/Publications_en_2019/Mai_-_Les_dernieres_lettres_dun_resistant_1942 archives.cotedor.fr