La Résistance s’est implantée très tôt à Grenoble, en Isère, et dans les montagnes savoyardes. Dès 1941, alors que le régime de Vichy collabore activement avec l’occupant nazi, des mouvements de résistance émergent en Isère, où l’isolement relatif et la proximité des massifs alpins offrent un terrain propice à l’action clandestine.
Trois grands mouvements structurent l’action en Isère dès cette époque : Combat, Libération et Franc-Tireur. Chacun d’eux forme des groupes clandestins, imprime des tracts, distribue de la presse résistante, aide les réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire) et prépare la lutte armée.
En Savoie, les débuts de la Résistance sont également précoces. Le relief montagneux et les vallées reculées favorisent la création de maquis. Le plateau des Glières en Haute-Savoie devient l’un des symboles de la lutte armée, de même que les camps du Vercors à cheval entre la Drôme et l’Isère.
Ces régions accueillent également des réseaux de renseignement liés à Londres, tels que Alliance, Gallia, Jade-Amicol ou Mithridate, qui collectent des informations sur les mouvements allemands, les infrastructures et les dépôts d’armes.
Actions et réseaux
En Isère, l’une des plus importantes structures mises en place est celle du maquis du Vercors. Dès 1943, le massif devient une véritable base de repli pour les réfractaires au STO. Le Plan Montagnards, prévu pour faire du Vercors un bastion de résistance en cas de débarquement, aboutira en juin 1944 à l’entrée massive de maquisards sur le plateau. L’attaque allemande de juillet 1944, appuyée par des troupes aéroportées et des blindés, entraînera un massacre : plus de 600 maquisards et civils tués.
À Grenoble même, les actions de la Résistance s’intensifient dès 1943. Des groupes francs mènent des sabotages (voies ferrées, usines), organisent des évasions de prisonniers et coordonnent avec Londres des parachutages d’armes. Des figures comme Marie REYNOARD, responsable du mouvement Combat, ou Jean BISTÉSI, chef militaire de la Résistance locale, jouent un rôle majeur dans ces actions.
En Savoie, les maquis du Beaufortain, de la Tarentaise et du Chablais se développent autour d’anciens militaires, de républicains espagnols réfugiés, et de jeunes patriotes locaux. Le plateau des Glières, tenu en mars 1944 par environ 450 résistants, devient un symbole national. La résistance y affronte les troupes allemandes et la milice dans un combat héroïque mené sous le commandement de Tom MOREL, puis de Maurice ANTOINE. L’affrontement cause la mort de près de 150 maquisards.
Chefs, héros et morts
Grenoble a vu se croiser des figures marquantes : Marie REYNOARD, déportée et morte à Ravensbrück ; Jean BISTÉSI, arrêté et exécuté à Grenoble en août 1944 ; René GARCIN, officier de liaison entre les maquis et Londres. En Savoie, Tom MOREL, jeune officier de Saint-Cyr, tué en mars 1944 lors d’un assaut à Entremont, reste une figure emblématique du courage et du sacrifice. Son successeur, Maurice ANTOINE, meurt lors des combats du plateau.
Les pertes sont considérables : au moins 841 résistants morts dans les départements de l’Isère et de la Savoie, sans compter les déportés et les fusillés.
La fin de la Résistance
La Résistance iséroise et savoyarde joue un rôle essentiel dans la libération des villes d’Albertville, Chambéry et Grenoble en août 1944.
Dans plusieurs cas, les maquisards, intégrés aux FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), réussissent à reprendre les villes avant même l’arrivée des Alliés.
À Grenoble, les combats pour la libération débutent le 21 août 1944.
La ville est officiellement libérée le 22. De nombreux résistants rejoindront ensuite les rangs de l’armée régulière ou participeront à l’épuration.
Références bibliographiques
Jean-Marie Guillon, La Résistance en Savoie, CNRS Éditions, 1995.Un ouvrage de référence sur les spécificités géographiques, sociales et politiques de la Résistance savoyarde. Il retrace aussi les affrontements du plateau des Glières.
Gilles Vergnon, Le Vercors. Histoire et mémoire d’un maquis, Éditions de l’Atelier, 2002.
→ Une étude sur l’histoire militaire, politique et mémorielle du Vercors, de la naissance du maquis jusqu’à son écrasement en juillet 1944.
Jean-Claude Duclos, Grenoble en résistance. Parcours urbains 1939-1945, Éditions Le Dauphiné libéré, 2004.Une approche par lieux et quartiers des actions de Résistance à Grenoble, avec de nombreuses photographies d’époque.
Collectif, La Résistance en Isère, Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, 2000.
→ Catalogue d’exposition et étude très documentée des réseaux et des figures locales.
Références internet
Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère (Grenoble) Le site propose des expositions virtuelles, des biographies de résistants locaux, des archives numérisées et des ressources pédagogiques.
https://musees.isere.fr/musee/musee-de-la-resistance-et-de-la-deportation-de-lisere
Ville de Grenoble – La Résistance, Une présentation claire de la Résistance à Grenoble : les mouvements actifs, les grandes figures, les lieux de mémoire et des ressources téléchargeables. https://www.grenoble.fr/536-la-resistance.htm
Musée départemental de la Résistance de Morette (Haute-Savoie) Situé près du plateau des Glières, ce musée propose un parcours muséographique, un mémorial, et une section en ligne consacrée aux figures locales et aux combats de 1944.
https://www.hautesavoie.fr/musee-departemental-resistance
Musée de la Résistance en ligne (portail national) Base de données en ligne sur la Résistance française, avec des dossiers thématiques, des biographies, des archives et des cartes interactives par département.
https://museedelaresistanceenligne.org