La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

La Libre Belgique (Peter Pan)

Né à Bruxelles à l’été 1940, ce réseau de presse clandestine relance le titre « La Libre Belgique » sous l’appellation « Nouvelle série de guerre », très vite connu comme « La Libre Belgique (Peter Pan) » d’après le pseudonyme de son éditeur responsable.

Les initiateurs sont deux avocats bruxellois, Robert LOGELAIN (« Peter Pan ») et Paul STRUYE (« Scipion l’Africain »), rejoints par un noyau issu des milieux juridiques et financiers catholiques.

Les premiers tirages sont modestes et stencylés avant l’impression régulière à partir d’avril 1941, le tout avec un objectif clairement énoncé : informer sans censure, soutenir l’effort allié et maintenir le moral public.

Un exemplaire conservé à la BnF atteste la mention « éditeur responsable Peter Pan, Jardin d’Egmont, Bruxelles ».

Organisation interne

L’organisation combine une rédaction réduite et un réseau logistique étendu pour l’impression et la diffusion.

La direction passe de

  • Fernand KERKHOFS (printemps-été 1941) à
  • William UGEUX (été 1941-février 1942), puis à
  • Mathieu DE JONGE (février 1942-mars 1943), et enfin à
  • Michel DE BRABANDERE jusqu’à la Libération.

Les liens organiques avec le service de renseignement « Zéro » structurent l’approvisionnement en informations, le recrutement, la sécurité et le financement.

Pour la production, le journal s’imprime d’abord à Bruxelles (notamment chez Robert et Léon Lielens à Molenbeek), puis à Jambes/Namur (été 1942-mars 1943) et à Liège (printemps-été 1944).

Actions menées pendant la Résistance

De 1941 à 1944, le réseau publie un bimensuel de 4 à 8 pages, souvent illustré, avec une ligne pro-britannique, fidèle au gouvernement Pierlot à Londres et à la monarchie.

Il dénonce collaboration et propagande, mène une contre-information serrée et, à partir de 1943, soutient plus explicitement la lutte armée disciplinée.

Selon les sources, la série compte 85 numéros (estimation CegeSoma/War Press) à 88 numéros (Belgium-WWII) ; les tirages oscillent rapidement entre 10 000 et 30 000 exemplaires, avec une diffusion nationale assurée par des centaines de bénévoles.

Le réseau est indissociable du service de renseignement « Zéro » : plusieurs dirigeants appartiennent aux deux structures et des liaisons régulières existent avec Londres.

La feuille se garde d’un rattachement partisan, tout en s’inscrivant dans la mouvance catholique conservatrice et en s’alignant sur la politique du gouvernement belge en exil.

Chefs et figures marquantes

  • Robert LOGELAIN, cofondateur et éditeur responsable (« Peter Pan »), arrêté fin 1941.
  • Paul STRUYE, cofondateur et éditorialiste (« Scipion l’Africain »), survivant, futur président du Sénat.
  • Fernand KERKHOFS, premier directeur effectif lié à « Zéro ».
  • William UGEUX, directeur en 1941-1942, futur historien de la Résistance, survivant.
  • Mathieu DE JONGE, directeur en 1942-1943, arrêté en mai 1943, mort à Mauthausen en 1944.
  • Michel DE BRABANDERE, directeur de 1943 à 1944, survivant.
  • Marie-Louise HÉNIN, organisatrice clé, arrêtée en 1941, condamnée à mort et exécutée à Plötzensee le 9 juin 1944.
  • Louise DE LANDSHEERE, adjointe logistique de premier plan, déportée puis survivante et témoin mémorialiste.

Victimes / morts

La répression est constante : la feuille recense officiellement 176 morts imputables à l’activité du réseau, touchant surtout imprimeurs et diffuseurs. Les cas emblématiques incluent Mathieu DE JONGE (mort en déportation) et Marie-Louise HÉNIN (exécutée).

Survivants identifiés

Parmi les survivants marquants figurent Paul STRUYE, grand témoin de l’opinion sous l’Occupation et acteur politique majeur après-guerre, William UGEUX, directeur du renseignement de « Zéro » devenu journaliste et historien, Michel DE BRABANDERE, avocat et directeur du journal en 1943-1944, ainsi que Louise DE LANDSHEERE, qui a livré un témoignage publié sur son parcours de résistante et de déportée.

Fin du réseau

La série clandestine cesse avec la Libération : dès le 6 septembre 1944, le titre reparaît ouvertement comme grand quotidien bruxellois, mettant fin à l’organisation clandestine de production et de diffusion.

Conséquences et mémoire

Le réseau « La Libre Belgique (Peter Pan) » est devenu un emblème de la presse clandestine francophone par sa régularité, son audience, sa tenue rédactionnelle et son rôle de contre-propagande, tout en subissant une répression lourde.

Ses archives et numéros ont fait l’objet de vastes campagnes de numérisation et de recherche par les Archives de l’État et le CegeSoma.

Attention aux risques d’homonymie : le titre « La Libre Belgique » désigne aussi une série clandestine de 1915-1918 et plusieurs tentatives concurrentes apparues dès 1940 (« ressuscitée », « édition de province », etc.), ce qui explique des divergences chiffrées entre institutions (85, 88, voire 83 numéros selon les corpus retenus).

Références bibliographiques

  • Guide de la presse clandestine de Belgique Étienne Josse, Dirk Martin, Yannick Hostie, Jacques Wynants, CREHSGM, 1991. Ouvrage de référence dressant un panorama raisonné des titres clandestins (contextes, typologies, réseaux), avec notices sur la « Libre Belgique » et ses variantes. Il éclaire la structuration des réseaux d’impression et de diffusion et les particularités idéologiques du titre.
  • La Belgique occupée. De l’an 40 à la Libération Étienne Verhoeyen, De Boeck Université, 1994. Synthèse sur l’Occupation et la Résistance en Belgique, incluant un développement substantiel sur la presse clandestine et « La Libre Belgique », ses dirigeants et ses liens avec les services de renseignement.
  • Presse clandestine en Belgique, une production culturelle ? José Gotovitch, in Bruno Curatolo & François Marcot (dir.), Écrire sous l’Occupation. France-Belgique-Pologne 1940-1945, Presses universitaires de Rennes, 2011. Analyse des fonctions sociales et culturelles de la presse clandestine, avec un focus sur « La Libre Belgique » et son public.
  • Les mémoires de Louise De Landsheere. De la Résistance à la “marche de la mort” Louise de Landsheere, J.-M. Collet, 1990. Témoignage d’une actrice de premier plan de la logistique du journal ; l’ouvrage détaille le fonctionnement concret du réseau, l’arrestation et la déportation, ainsi que la mémoire postérieure.
  • La guerre secrète des espions belges (1940-1944) Emmanuel Debruyne (art. et entretiens diffusés par le CegeSoma). Travaux qui éclairent les services de renseignement (dont « Zéro ») et, par ricochet, les passerelles structurelles et humaines avec « La Libre Belgique ».
  • La Libre Belgique clandestine (1940-1944) : analyse du contenu rédactionnel Pierre Beaudot, mémoire de licence, ULB, 1988. Étude qualitative et quantitative des contenus, utile pour apprécier la ligne éditoriale, la couverture des événements et l’évolution du discours.

Références internet

Remarques de vérification et divergences signalées Les chiffres de production varient selon les corpus retenus par les institutions : CegeSoma/War Press donne 85 numéros, Belgium-WWII en mentionne 88 et certains travaux universitaires évoquent 83 ; ces écarts tiennent à l’inclusion ou non de numéros spéciaux, d’éditions concurrentes et de tentatives avortées de 1940.  

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