La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

GRANDJEAN Andrée Elvire Jeanne alias Françoise, Françoise Bontemps,

Andrée Elvire Jeanne GRANDJEAN, alias « Françoise » et « Françoise Bontemps », née le 29 juin 1910 à Schaerbeek (Belgique), morte le 29 novembre 1999 à Uccle (Belgique), belge.

Andrée Grandjean naquit dans une famille libérale et cultivée. Son père, Arthur Marie Grandjean, était haut fonctionnaire à la Société nationale des chemins de fer belges ; sa mère, Berthe Marie Constance Springael, enseignante originaire de Gand, militait en faveur de l’émancipation féminine. Cette origine familiale contribua à l’éveiller précocement aux questions politiques, sociales et juridiques.

Elle étudia le droit à l’Université libre de Bruxelles, où elle obtint son diplôme en 1933, puis s’inscrivit au barreau. Elle travailla dans le cabinet d’Eugène Soudan, avocat, parlementaire socialiste et futur ministre. Elle y rencontra notamment Robert Lejour, avocat communiste engagé dans le Secours rouge international.

Avant la guerre, elle participa aux activités du Secours rouge international. En 1938, avec son amie Antonina Grégoire, elle se rendit à la prison de Moabit, à Berlin, afin de visiter des prisonniers politiques détenus par le régime nazi. Cette démarche atteste un engagement antifasciste antérieur à l’invasion de la Belgique.

Elle épousa d’abord un ressortissant polonais nommé Kowalski, dont elle se sépara en 1940. Elle épousa ultérieurement le physicien et spéléologue Max Cosyns.

Engagement dans la Résistance

Après l’invasion allemande de mai 1940, Andrée Grandjean quitta temporairement la Belgique pour la France avec plusieurs proches d’Eugène Soudan, puis revint à Bruxelles. Elle entra progressivement en relation avec un groupe d’avocats et de magistrats hostiles à l’occupant, constitué notamment autour de Jean Fonteyne.

Elle participa à partir de 1941 à la rédaction et à la diffusion de Justice libre, journal clandestin du milieu judiciaire rattaché au Front de l’Indépendance. D’abord chargée de distribuer le périodique au palais de justice de Bruxelles, elle acquit des responsabilités croissantes dans sa fabrication et son organisation. Le CegeSoma la décrit comme l’une des chevilles ouvrières de cette publication.

En 1942, des policiers allemands se présentèrent à son domicile de l’avenue Coghen pour l’arrêter. Elle parvint à leur échapper. Adrien van den Branden de Reeth fit alors détruire des documents compromettants conservés dans sa maison de campagne. Elle entra dans la clandestinité et séjourna durant plusieurs mois à Anvers.

Revenue clandestinement à Bruxelles, elle adhéra au Parti communiste de Belgique. Sous le pseudonyme « Françoise Bontemps », elle rejoignit la direction régionale du Front de l’Indépendance pour le Brabant, aux côtés notamment de René Noël, Paul Libois et Adrien van den Branden de Reeth.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Andrée Grandjean appartint principalement au Front de l’Indépendance. Elle exerça des responsabilités dans sa direction régionale du Brabant et fut chargée de secteurs comprenant les intellectuels, les fonctionnaires et le milieu du palais de justice.

Elle fut également une animatrice essentielle de Justice libre, publication clandestine du Front de l’Indépendance destinée aux magistrats, avocats et juristes. Elle participa en outre à la production ou à la diffusion de plusieurs autres journaux clandestins, dont Front, Libération, L’Élastique et L’Enseignement libre.

Ses responsabilités comprenaient aussi l’aide aux réfractaires et aux personnes poursuivies par l’occupant. Les sources ne lui attribuent pas d’appartenance formelle à un service allié, à une organisation militaire ou à un réseau de renseignement extérieur.

La Mémoire Vive de la Résistance mentionne Andrée Grandjean dans sa page consacrée au Faux Soir. Cette page constitue une notice thématique sur l’opération collective, non une notice individuelle consacrée à la résistante.

Missions et actions

Dans le cadre de Justice libre, Andrée Grandjean organisa la rédaction, l’impression et la diffusion du journal. Après la perte d’un imprimeur, elle fut chargée d’en rechercher un nouveau. Lorsque la publication dut être réalisée à la ronéo, elle continua d’en assurer la responsabilité matérielle et politique.

Elle mit son logement, ses relations professionnelles et sa maison de campagne à la disposition de militants clandestins. Sa propriété du Brabant wallon servit notamment de lieu de rencontre ou de refuge à Antonina Grégoire et Jean Bastien.

Elle apporta une contribution déterminante au Faux Soir. René Noël, chargé de réunir les moyens financiers nécessaires, sollicita son concours. Andrée Grandjean obtint de l’entrepreneur Alfred Fourcroy une avance de 50 000 francs belges destinée à couvrir les frais d’impression. Fourcroy était par ailleurs lié à une filière d’évasion de pilotes alliés.

Le faux numéro fut imprimé dans la nuit du 6 au 7 novembre 1943 chez Ferdinand Wellens, puis diffusé le 9 novembre. Par sa capacité à mobiliser rapidement une source de financement sûre et clandestine, Andrée Grandjean rendit matériellement possible l’une des plus célèbres opérations de propagande de la Résistance belge.

Au-delà de cette opération, elle s’occupa de l’aide aux réfractaires et assura les relations avec les intellectuels, les fonctionnaires et les juristes susceptibles de rejoindre ou de soutenir le Front de l’Indépendance.

Arrestation / évasion / déportation

Andrée Grandjean échappa en 1942 à une tentative d’arrestation à son domicile. Elle entra alors dans la clandestinité et se réfugia pendant plusieurs mois à Anvers. Ses ressources financières s’épuisant, elle revint clandestinement à Bruxelles, brisa les scellés apposés sur son domicile et récupéra les économies qu’elle y avait dissimulées.

Elle ne fut finalement ni déportée ni durablement emprisonnée. Elle poursuivit ses activités malgré la surveillance allemande et les arrestations qui frappèrent les milieux communistes, le Front de l’Indépendance et l’équipe du Faux Soir.

Camarades de combat

Jean Fonteyne joua un rôle important dans la constitution du réseau de juristes auquel elle appartint.

Adrien van den Branden de Reeth fut à la fois son camarade dans la résistance judiciaire et un dirigeant régional du Front de l’Indépendance.

René Noël, Paul Libois, Pierre Ansiaux, Antonina Grégoire et Jean Bastien figurèrent parmi ses principaux compagnons ou interlocuteurs clandestins.

Dans l’opération du Faux Soir, elle travailla indirectement avec Marc Aubrion, initiateur du projet, Fernand Demany, Adrien van den Branden de Reeth et Pierre Ansiaux, rédacteurs, ainsi qu’avec Ferdinand Wellens, imprimeur. Elle obtint les fonds auprès d’Alfred Fourcroy.

Robert Lejour, rencontré avant-guerre, fut assassiné en 1944 par des agents de la police allemande.

Retour à la vie civile

Après la Libération, son état de santé ne lui permit pas de reprendre immédiatement une activité professionnelle régulière. Elle plaida néanmoins dans plusieurs affaires liées à l’Occupation, notamment lors du procès du dénonciateur de Jean Hansen, étudiant résistant exécuté par les Allemands.

Elle reprit pleinement son métier d’avocate à la fin des années 1940. Elle intervint notamment dans les suites judiciaires de la catastrophe minière du Bois du Cazier à Marcinelle.

Elle assura pendant deux ans le secrétariat de la Commission d’enquête sur l’activité des secrétaires généraux sous l’Occupation. Cette fonction la plaça au cœur de l’examen juridique et politique du comportement de la haute administration belge durant la guerre.

Elle poursuivit parallèlement son engagement communiste et fut élue au comité fédéral bruxellois du Parti communiste, où elle s’occupa notamment des intellectuels. En 1946, elle participa à Renaissance judiciaire, publication succédant à Justice libre, puis à l’Association internationale ou belge des juristes démocrates.

Elle présida également le Foyer de la Femme, association féministe fondée par sa mère à Gand. En 1951, lors d’une crise interne au Front de l’Indépendance, elle accepta de rejoindre l’équipe de compromis élue au secrétariat national.

Vers 1970, elle s’installa avec Max Cosyns à Licq-Athérey (Pyrénées-Atlantiques), avant de revenir en Belgique à la fin de sa vie. Elle mourut à Uccle le 29 novembre 1999.

Décorations

  • Croix de guerre 1940-1945 avec palmes — Source : Nouvelle Biographie nationale et Wikipédia ; arrêté ou publication au Moniteur belge non retrouvé lors des présentes recherches.

Les sources secondaires indiquent qu’elle reçut d’autres distinctions belges et britanniques, sans en fournir une liste suffisamment précise pour permettre une vérification dans les bases officielles. Elles ne sont donc pas reproduites comme décorations confirmées.

Lieux de mémoire

La mémoire d’Andrée Grandjean est associée au palais de justice de Bruxelles, où elle exerça comme avocate et diffusa Justice libre.

Son domicile de l’avenue Coghen à Uccle et sa maison de campagne du Brabant wallon furent liés à ses activités clandestines, bien qu’aucune plaque commémorative nominative n’ait été identifiée dans les sources consultées.

Le 35 rue de Ruysbroeck à Bruxelles, lieu d’impression du Faux Soir, constitue un lieu de mémoire collectif de l’opération qu’elle contribua à financer.

Le Centre des archives communistes en Belgique conserve des documents biographiques la concernant dans le fonds Jean Fonteyne. Une photographie est reproduite dans la Nouvelle Biographie nationale et dans plusieurs publications consacrées à la Résistance belge.

Références bibliographiques

Nouvelle Biographie nationale, volume 13, notice « Grandjean, Andrée Elvire Jeanne », Bruxelles, Académie royale de Belgique. Cette notice biographique détaillée constitue la principale référence utilisée. Elle fournit l’état civil, les origines familiales, la formation juridique, l’engagement clandestin, les responsabilités exercées dans le Front de l’Indépendance et le parcours professionnel d’après-guerre.

Marie Istas, Le « faux » Soir. 9 novembre 1943, Bruxelles, Collet, 1987. Cet ouvrage décrit la préparation et la réalisation du Faux Soir et permet de situer précisément le rôle d’Andrée Grandjean dans la recherche du financement.

José Gotovitch, Du rouge au tricolore. Les communistes belges de 1939 à 1944, Bruxelles, Labor, 1992. Cette étude replace son engagement communiste et son action au Front de l’Indépendance dans le contexte politique de la Résistance belge.

Histoire du faux « Soir » du 9 novembre 1943, publiée à l’occasion du cinquantième anniversaire du Faux Soir, Bruxelles, Louis Hamelrijck. Cette publication commémorative retrace l’organisation de l’opération, ses participants et sa postérité.

Catherine Wiot, Dossier : L’histoire vraie du faux « Soir », 1981. Cette étude documentaire fournit des éléments sur la logistique clandestine, la diffusion et les conséquences répressives de l’opération.

Références internet

Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. La notice de la Nouvelle Biographie nationale consacrée à Andrée Grandjean fournit une biographie institutionnelle détaillée, son état civil, sa carrière d’avocate, ses engagements politiques et son activité clandestine.
https://www.academieroyale.be/Academie/documents/ARB_NBN13_GrandjeanAndree28425.pdf

Belgium WWII – CegeSoma / Archives de l’État. L’article « Le faux Soir » identifie Andrée Grandjean, dite « Françoise », comme avocate à la cour d’appel, cheville ouvrière de Justice libre et intermédiaire ayant obtenu 50 000 francs d’Alfred Fourcroy.
https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/le-faux-soir.html

Mémoire Vive de la Résistance. La notice thématique « Le Faux Soir, Bruxelles » confirme son rôle essentiel dans le financement de l’opération. Elle n’est pas une notice individuelle consacrée à Andrée Grandjean.
https://mvr.asso.fr/le-faux-soir-bruxelles/

Wikipédia. La notice développée « Andrée Grandjean » a été consultée systématiquement conformément au prompt. Ses renseignements sur l’état civil, la Résistance et l’après-guerre ont été recoupés avec la Nouvelle Biographie nationale.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Andrée_Grandjean

Dossier d’homologation consulté

Aucune référence précise de dossier individuel belge de reconnaissance comme résistante civile, résistante par la presse clandestine ou membre des Milices patriotiques n’a été retrouvée dans les interfaces ouvertes consultées.

Le Centre des archives communistes en Belgique conserve des documents biographiques relatifs à Andrée Grandjean dans le fonds Jean Fonteyne. Ce fonds n’a pas été consulté matériellement lors des présentes recherches.

Aucune cote française du Service historique de la Défense de type GR 16 P n’a été identifiée, ce qui est cohérent avec un parcours accompli dans la Résistance belge.

Observations

Le pseudonyme apparaît sous les formes « Françoise » et « Françoise Bontemps ». La forme courte fut notamment employée dans les récits relatifs au Faux Soir ; la forme complète est donnée pour ses responsabilités régionales au Front de l’Indépendance.

Les sources secondaires indiquent plusieurs décorations belges et britanniques, mais seules la Croix de guerre avec palmes et la reconnaissance comme capitaine des Milices patriotiques ont pu être identifiées nominalement.

Aucune notice individuelle consacrée à Andrée Grandjean n’a été retrouvée sur le site de la Mémoire Vive de la Résistance.

Indice de fiabilité Niveau A — L’état civil, la formation, l’activité professionnelle, l’engagement antifasciste, les responsabilités dans Justice libre et le Front de l’Indépendance, le rôle dans le Faux Soir et le parcours après-guerre sont établis par plusieurs sources concordantes, dont une notice institutionnelle détaillée de l’Académie royale de Belgique.

Chronologie

DateÉvénement
29 juin 1910Naissance à Schaerbeek (Belgique).
1933Obtention du diplôme de droit à l’Université libre de Bruxelles et inscription au barreau.
1938Visite de prisonniers politiques à la prison de Moabit, à Berlin.
Mai 1940Départ temporaire vers la France, puis retour en Belgique.
1941Participation à la rédaction et à la diffusion de Justice libre.
1942Évasion lors d’une tentative d’arrestation et entrée dans la clandestinité.
1942-1943Séjour clandestin à Anvers, puis retour à Bruxelles.
1943Entrée dans la direction régionale du Front de l’Indépendance sous le nom de « Françoise Bontemps ».
Automne 1943Obtention auprès d’Alfred Fourcroy des fonds nécessaires au Faux Soir.
9 novembre 1943Diffusion du Faux Soir.
1945-1947 environSecrétariat de la Commission d’enquête sur les secrétaires généraux.
1946Participation à Renaissance judiciaire.
1951Entrée au secrétariat national du Front de l’Indépendance.
Vers 1970Installation à Licq-Athérey avec Max Cosyns.
29 novembre 1999Mort à Uccle (Belgique).

Sources consultées

L’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. La notice « Grandjean, Andrée Elvire Jeanne » de la Nouvelle Biographie nationale a fourni l’état civil, les origines familiales, les études, la carrière juridique, l’engagement antifasciste, l’activité clandestine et le parcours après-guerre.
https://www.academieroyale.be/Academie/documents/ARB_NBN13_GrandjeanAndree28425.pdf

Belgium WWII – CegeSoma / Archives de l’État. L’article « Le faux Soir » a confirmé le pseudonyme « Françoise », le rôle d’Andrée Grandjean dans Justice libre et son intervention auprès d’Alfred Fourcroy pour réunir 50 000 francs.
https://www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre/articles/le-faux-soir.html

Mémoire Vive de la Résistance. La notice thématique « Le Faux Soir, Bruxelles » a confirmé son rôle dans le financement de l’opération. La page n’étant pas une notice individuelle, les recherches ont été poursuivies.
https://mvr.asso.fr/le-faux-soir-bruxelles/

Wikipédia. La notice « Andrée Grandjean » a été consultée comme source secondaire développée et pour ses références ; les informations retenues ont été confrontées à la notice institutionnelle de l’Académie royale.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Andrée_Grandjean

Lettre d'information

Les derniers PDF

AG MVR 2025

Messe de la France Libre en Hommage au Général De Gaulle à l’occasion du 55eme anniversaire de sa mort

Cérémonie Commémorative LA CROIX VALMER – Square du Souvenir – 15 AOUT 2025

MARSEILLE-FETE-DU-14-JUILLET-2025

Commémoration de la Bataille de Bir Hakeim

CEREMONIE-COMMEMORATIVE-DU-8-MAI-1945-A-MARSEILLE

Appel à cotisation 2025

RAPPORT AG MVR 13 DECEMBRE 2024