Henri GIROUSSE, alias « Chabot », né le 17 janvier 1913 à Volx (Basses-Alpes, aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence), mort le 28 septembre 1998 à Ceignes (Ain), Français ; officier de carrière, chef du groupement Sud des maquis de l’Ain et du Haut-Jura. Dossier SHD : GR 16 P 258857.
Henri Girousse naît à Volx le 17 janvier 1913. Il choisit la carrière militaire et entre à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, où il appartient à la promotion Maréchal-Lyautey (1935-1937). Il y côtoie plusieurs futurs résistants et officiers, dont certains joueront ensuite un rôle important dans les combats des maquis alpins.
À sa sortie de Saint-Cyr en 1937, il est sous-lieutenant. Lors de la mobilisation de 1939, il commande une section d’éclaireurs-skieurs d’un bataillon alpin de forteresse. Son parcours est donc celui d’un officier professionnel déjà formé au commandement et aux opérations en terrain montagneux lorsque survient la défaite de 1940.
Engagement dans la Résistance
Après l’armistice, Girousse poursuit un temps sa carrière militaire. Il sert notamment au Maroc. Alors qu’il se trouve en permission en France au moment du débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942, il ne peut regagner son unité. Placé en congé d’armistice, il envisage la poursuite de la lutte et prend contact avec des résistants.
En 1943, il entre en relation avec Henri Romans-Petit, qui structure les maquis de l’Ain. Son expérience d’officier répond au besoin d’encadrement militaire des jeunes réfractaires et volontaires qui affluent dans les camps. Le Département de l’Ain souligne que Romans-Petit s’entoure durant l’été 1943 de deux officiers, Noël Perrotot et Henri Girousse, auxquels il confie l’encadrement de secteurs du maquis.
Girousse adopte le pseudonyme de « Chabot ».
Appartenance à un réseau ou mouvement
Henri Girousse appartient aux maquis de l’Ain et du Haut-Jura, intégrés aux structures de la Résistance armée puis aux Forces françaises de l’intérieur. Le Musée de la Résistance en ligne le classe dans les FFI-Maquis et confirme sa qualité d’officier ainsi que sa fonction de chef du groupement Sud.
Sous l’autorité de Romans-Petit, le groupement Sud couvre notamment une partie du Bugey et des secteurs stratégiques du plateau. Girousse y apporte les méthodes d’organisation, de commandement et d’instruction acquises dans l’armée.
Le dossier individuel du Service historique de la Défense, GR 16 P 258857, correspond sans ambiguïté à Henri Girousse, né le 17 janvier 1913 à Volx. L’index du SHD indique une homologation de ses services résistants.
Missions et actions
À partir de l’été 1943, « Chabot » participe à la transformation de groupes de réfractaires en formations combattantes organisées. Son expérience militaire contribue à l’encadrement et à l’instruction des maquisards.
Il prend part aux grandes opérations qui structurent l’histoire des maquis de l’Ain. En septembre 1943, les maquis organisent notamment des coups de main destinés à assurer leur ravitaillement, dont celui contre les magasins de l’intendance militaire de Bourg-en-Bresse.
Il participe également à la préparation du défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax, manifestation militaire et politique destinée à démontrer publiquement l’existence d’une armée clandestine française. Les sources relatives au défilé placent Girousse parmi les officiers présents.
Le 16 décembre 1943, l’état-major régional organise l’opération contre les installations électriques alimentant les usines Schneider du Creusot. Girousse fournit une équipe dans le dispositif général. Après la guerre, il livre un témoignage particulièrement critique sur le résultat matériel du sabotage : selon lui, les charges de plastic furent retirées avant d’exploser et le résultat final fut donc négatif. Il estime également injustifiés les reproches ultérieurement adressés à Claude Perrin-Jassy.
Cette appréciation diverge de la notice de l’Ordre de la Libération consacrée à Édouard Bourret, selon laquelle les charges furent posées et explosèrent. La réalité de l’opération est certaine, mais son efficacité matérielle immédiate doit donc être formulée avec prudence.
En février 1944, lors de l’opération Caporal, puis durant les opérations allemandes du printemps, le groupement Sud est soumis à une pression militaire croissante. Girousse conserve son commandement et organise les mouvements et replis nécessaires à la survie des unités.
Son action la plus célèbre de juin 1944 est le sabotage du dépôt ferroviaire d’Ambérieu-en-Bugey, dans la nuit du 6 au 7 juin. Sous son commandement, l’opération met hors d’usage 52 locomotives, contribuant à désorganiser les transports allemands au moment du débarquement allié en Normandie.
Durant l’été, ses hommes participent aux combats du Valromey, de Neuville-sur-Ain et aux opérations destinées à maintenir la paralysie des voies de communication allemandes. À la fin d’août et au début de septembre 1944, des unités de son groupement combattent aux côtés des forces américaines dans le secteur de La Valbonne et Meximieux.
Arrestation / évasion / déportation
Aucune arrestation ou déportation d’Henri Girousse n’a été établie.
Son parcours est néanmoins marqué par les opérations allemandes de grande ampleur contre les maquis. Pendant les attaques de 1944, « Chabot » doit faire manœuvrer ses hommes sous la pression ennemie, franchir des dispositifs allemands et organiser des replis pour éviter la destruction du groupement Sud.
Il survit aux combats et participe à la Libération de l’Ain.
Camarades de combat
La figure centrale de son parcours clandestin est Henri Romans-Petit, chef des maquis de l’Ain et du Haut-Jura, sous les ordres duquel Girousse commande le groupement Sud.
Parmi les autres cadres et combattants rencontrés dans les sources figurent Noël Perrotot, Pierre Marcault et les responsables des différents camps de l’Ain. Lors du sabotage ferroviaire d’Ambérieu, Girousse coordonne notamment l’action de résistants et de cheminots spécialisés dans l’immobilisation du matériel ferroviaire.
Édouard Bourret, Claude Perrin-Jassy et les hommes engagés dans l’opération du Creusot appartiennent également à son environnement opérationnel. Son témoignage postérieur constitue une source importante pour l’histoire critique de cette opération.
Retour à la vie civile
Après la Libération, Henri Girousse demeure profondément lié à la mémoire des maquis de l’Ain. Il devient président de l’Association des anciens des Maquis de l’Ain et du Haut-Jura, responsabilité qu’il exerce pendant vingt-sept ans.
Il publie également ses souvenirs et analyses militaires. Son étude Les Batailles d’Ambérieu et de l’Albarine : juin-juillet 1944 constitue un témoignage de première main sur les opérations auxquelles il prit part.
Il s’établit à Ceignes, dans l’Ain, commune dont il devient maire. Il conserve ainsi jusqu’à la fin de sa vie un lien direct avec le territoire de ses combats.
En 1996, lors du sommet du G7 organisé à Lyon, le président américain Bill Clinton lui rend hommage à Pérouges en tant que représentant des maquisards de l’Ain.
Henri Girousse meurt à Ceignes le 28 septembre 1998, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.
Décorations
Légion d’honneur. Le Musée de la Résistance en ligne indique qu’Henri Girousse, devenu colonel honoraire, fut promu commandeur de la Légion d’honneur en 1979.
Une étude fondée sur les archives départementales de l’Ain donne les étapes antérieures suivantes : chevalier le 7 juillet 1946, puis officier le 1er août 1953. Ces dates n’ont pas été recoupées ici dans une fiche nominative directement accessible de la base Léonore et doivent donc être conservées avec cette précision documentaire.
Médaille de la Résistance française avec rosette par décret du 24 Avril 1946 JO 17 Mai 1946.Source Ordre de la libération.Côte du dossier : 1O27238
Une source travaillant à partir des Archives départementales de l’Ain indique son attribution en mai 1946. Le décret ou la fiche institutionnelle nominative correspondante n’a pas été retrouvé dans les résultats directement accessibles des présentes recherches ; la distinction est donc signalée avec cette réserve.
Les recherches conduites n’ont pas permis de dresser avec certitude une liste institutionnelle plus complète de ses décorations.
Lieux de mémoire
La mémoire d’Henri Girousse est indissociable des principaux sites des maquis de l’Ain : Oyonnax, le plateau d’Hauteville, Ambérieu-en-Bugey, Neuville-sur-Ain, Meximieux et les différents camps du groupement Sud.
Le dépôt ferroviaire d’Ambérieu demeure particulièrement associé à l’opération qu’il commanda dans la nuit du 6 au 7 juin 1944.
Ceignes, où il s’établit après-guerre, exerce des fonctions municipales et meurt en 1998, constitue également un lieu important de son parcours personnel et mémoriel.
Références bibliographiques
- Héros clandestins – Le groupe Brücher et les cheminots résistants d’Ambérieu, par Pierre Vial, Éditions du Bugey, 2022. Cet ouvrage brosse une biographie détaillée des principaux acteurs (Brücher, Buttard, Magdelaine), leur action du 6‑7 juin 1944, leurs motivations, et les commémorations post‑guerre.
- Les Batailles d’Ambérieu et de l’Albarine, juin–juillet 1944, par Henri Girousse (Chabot), Association des anciens des maquis Ain et Haut‑Jura, 1984. Ce document de 44 pages constitue un témoignage personnel et stratégique sur les actions militaires dans le département.
- La Bataille du rail en Franche‑Comté : cheminots et résistants, par Jean Cuyet, La Taillanderie, Châtillon-sur-Chalaronne, 1997. Analyse fouillée du rôle des cheminots, incluant le sabotage d’Ambérieu comme exemple majeur. sebusiani.blogspot.com+6journals.openedition.org+6journals.openedition.org+6
- Histoire de la Résistance armée dans l’Ain, par Patrick Veyret, La Taillanderie, 1999. Retour sur les maquis, opérations et réseaux, avec des chapitres consacrés aux actions de sabotage ferroviaire.
Références Internet
- Maquis de l’Ain et du Haut-Jura – Gaston BRÜCHER Biographie succincte confirmant son rôle, son origine mosellane, sa profession de cheminot et la coordination des sabotages ferroviaires journals.openedition.org+1fr.wikipedia.org+1maquisdelain.org+6maquisdelain.org+6museedelaresistanceenligne.org+6
Adresse : https://www.maquisdelain.org/personnage-gaston-brucher-44.html - Musée de la Résistance en ligne – Gaston BRÜCHER Fiche d’état civil : ajusteur cheminot, alias « Charly », lien direct avec l’opération du 6‑7 juin 1944 provence1944.jimdofree.com+11museedelaresistanceenligne.org+11maquisdelain.org+11
Adresse : https://www.museedelaresistanceenligne.org/personnedetail_pdf.php?id=504 - Maquis de l’Ain et du Haut-Jura – Henri GIROUSSE Présentation de son alias, ses actions – notamment l’opération du dépôt – et son rôle dans les batailles suivantes museedelaresistanceenligne.org+3museedelaresistanceenligne.org+3museedelaresistanceenligne.org+3journals.openedition.org+4maquisdelain.org+4museedelaresistanceenligne.org+4
Adresse : https://www.maquisdelain.org/personnage-henri-girousse-4.html
Musée de la Résistance en ligne — Henri Girousse — fiche biographique institutionnelle confirmant le pseudonyme, la profession d’officier, l’appartenance aux FFI-Maquis et le commandement du groupement Sud.
Maquis de l’Ain et du Haut-Jura — Henri Girousse — ensemble documentaire consacré à « Chabot » et aux principales opérations auxquelles il participa.
Patrimoine(s) de l’Ain — Les maquis de l’Ain — présentation historique du Département de l’Ain sur la structuration des maquis et l’intégration de Girousse dans leur encadrement.
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense : GR 16 P 258857 — GIROUSSE Henri, né le 17 janvier 1913 à Volx, Basses-Alpes. L’index du fonds signale une homologation. Le dossier original n’a pas été dépouillé pièce par pièce au cours de cette recherche en ligne.
Cette correspondance de nom, prénom, date et lieu de naissance permet d’écarter une confusion avec les autres porteurs du patronyme Girousse figurant dans les index du SHD.
Observations
L’objet de recherche transmis désigne Henri Girousse, alias « Chabot », comme responsable du groupement Sud, fournisseur d’une équipe pour l’opération du Creusot et auteur après-guerre d’un témoignage critique sur son résultat matériel. Ces éléments sont confirmés par les sources historiques consultées.
Son témoignage sur le sabotage du Creusot est historiographiquement important parce qu’il oblige à distinguer la réussite opérationnelle de l’infiltration et de la pose des charges de leur efficacité matérielle finale. La documentation issue des Maquis de l’Ain rapporte son jugement selon lequel le résultat fut finalement négatif, tandis que l’Ordre de la Libération indique, dans la biographie d’Édouard Bourret, que les charges furent posées et explosèrent.
Indice de fiabilité de la notice
Niveau A. L’identité est recoupée par l’index du Service historique de la Défense et les données d’état civil ; le parcours résistant est documenté par le Musée de la Résistance en ligne, les ressources patrimoniales du Département de l’Ain et l’importante documentation des Maquis de l’Ain et du Haut-Jura.
Certaines dates précises de décorations reposent cependant sur une source exploitant les Archives départementales plutôt que sur les décrets originaux directement consultés ; cette réserve n’affecte pas l’identification ni le parcours résistant.
Chronologie
| Date | Événement |
| 17 janvier 1913 | Naissance à Volx |
| 1935-1937 | Élève à Saint-Cyr, promotion Maréchal-Lyautey |
| 1937 | Sort de Saint-Cyr comme officier |
| 1939-1940 | Sert comme officier dans les troupes alpines |
| 1940-1942 | Poursuit sa carrière militaire, notamment au Maroc |
| Été 1943 | Rejoint Romans-Petit et les maquis de l’Ain |
| 1943 | Devient chef du groupement Sud |
| 11 novembre 1943 | Participe à l’organisation et au défilé d’Oyonnax |
| 16 décembre 1943 | Le groupement Sud fournit une équipe pour l’opération du Creusot |
| Février 1944 | Opération Caporal |
| 6-7 juin 1944 | Commande le sabotage de 52 locomotives au dépôt d’Ambérieu-en-Bugey |
| Juin-juillet 1944 | Combats du Valromey, d’Hauteville et de Neuville-sur-Ain |
| 31 août-2 septembre 1944 | Des unités de son groupement participent aux combats de La Valbonne et Meximieux |
| Après-guerre | Président pendant vingt-sept ans de l’Association des anciens des Maquis de l’Ain et du Haut-Jura |
| 1979 | Promu commandeur de la Légion d’honneur selon le Musée de la Résistance en ligne |
| 1996 | Hommage du président Bill Clinton à Pérouges |
| 28 septembre 1998 | Décès à Ceignes |
Sources consultées
Service historique de la Défense, index nominatif GR 16 P, entrée GR 16 P 258857, Henri Girousse.
Musée de la Résistance en ligne, notices et documents relatifs à Henri Girousse et aux opérations du groupement Sud.
Département de l’Ain, Patrimoine(s) de l’Ain, dossier historique consacré aux maquis de l’Ain.
Maquis de l’Ain et du Haut-Jura, dossier Henri Girousse et documentation consacrée au sabotage du Creusot.
Données d’état civil relatives au décès d’Henri Girousse, 28 septembre 1998 à Ceignes.