La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Le 22 juin 1940, c’est l’armistice déshonorant, la France abattue, écrasée par le poids de la défaite ; mais déjà le 16 juin, Georges Mandel, ancien directeur de cabinet de Clémenceau déclare à Bordeaux : « Il y a ceux qui veulent se battre, et ceux qui ne le veulent pas ».

Mais en fait on peut affirmer que la Résistance est née pratiquement le 16 juin à Bordeaux, lorsque le Maréchal Pétain, chef du gouvernement prononce la phrase fatidique « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat ».

C’est aussi le général Cochet commandant les forces aériennes de la V° Armée, qui quelques heures après avoir entendu le message du vieux maréchal, exhorte ses hommes à la résistance.

C’est René Cassin, qui réussit à s’embarquer pour l’Angleterre, ceux sont les lieutenants Pierre Mesmer et Jean Simon qui après s’être emparés du cargo Capo Olmo rejoignent Gibraltar.

C’est l’amiral Muselier qui bien qu’à la retraite rejoint lui aussi la Grande Bretagne.

Enfin le 18 juin, c’est l’appel du général de Gaulle à la BBC, appel d’ailleurs que peu de gens entendront, mais que quelques journaux comme le Petit Provençal et le Petit Marseillais feront écho.

La Résistance est faite au tout début d’improvisations, d’une multitude d’intervenants allant de militants communistes agissant hors du parti comme Charles Tillon à des groupes de refus de la capitulation comme ceux du musée de l’homme ou de seuls individus comme Edmond Michelet et cela est valable à la fois pour ce que l’on peut appeler la Résistance intérieure et la Résistance extérieure représentée par les français libres.

En août 1940, la France était pratiquement acquise au gouvernement de Vichy ou plutôt au Maréchal Pétain, quant à la France Libre ses effectifs avoisinaient à peine un effectif de 4500 hommes et femmes tant en Grande Bretagne qu’au Proche Orient ou en Afrique.

L’esprit de résistance va monter en puissance grâce, il faut le dire à l’évolution de l’opinion publique et à ceux qui refusent Vichy et le font savoir.

Ce sont les différentes mesures d’exclusion mises en application à partir de l’automne 40 par le gouvernement de Vichy qui vont faire évoluer en partie, mais très lentement l’opinion publique.

  • La révision des naturalisations et l’interdiction faite aux étrangers de travailler dans la fonction publique.
  • Les lois visant la Franc-Maçonnerie.
  • Les lois anticommunistes, aggravant les décrets-lois Daladier de septembre 1939.
  • Les mesures contre les juifs.
  • Les mesures contre les dissidents. (FFL)
  • La création d’une cour de justice pour juger les responsables de la défaite.

Toutes ces mesures étant prises sans pression de l’occupant nazi.

En 1941,  il y a ce que l’on peut appeler la radicalisation du régime.

L’Etat Français- notamment par la création des sections spéciales et d’un tribunal d’Etat, dirigé principalement contre les communistes – SPA- Service de police anticommuniste- et d’une brigade spéciale.

Puis c’est la promulgation d’un deuxième statut des juifs, des Francs-Maçons encore et à partir de 1942, c’est la persécution qui se met en place.

Il y a aussi la radicalisation de l’occupant, c’est à dire des nazis ; ceux-ci après avoir coupé la France en deux parties, ont institué des zones côtières interdites sur l’Atlantique, la Manche et la Mer du Nord; créé des zones rattachées à la Belgique et au Ill° Reich comme l’Alsace et une partie de la Lorraine.

De même est mise en œuvre la prise d’otages comme en 1914-18 ; Les forces allemandes demandent à ce que leur soient livrés les ressortissants allemands réfugiés dans notre pays pour échapper avant-guerre au nazisme. Ils déportent dans un premier temps grâce à la complaisance du gouvernement français les juifs étrangers réfugiés en France, fuyant eux aussi le régime Hitlérien, puis c’est l’intensification de la lutte contre les communistes et les résistants par l’exécution de nombreux patriotes.

Le 11 novembre 1942 c’est l’invasion de la zone Sud par la Wehrmacht et le 28 novembre le sabordage de la flotte à Toulon.

Dès 1943 c’est l’institution du Service du Travail Obligatoire le début des rafles, la montée en puissance de la Milice de Darnand, le rythme des déportations de juifs, tout cela faisant petit à petit et grâce à l’action de la Résistance et ses publications évoluer l’opinion publique, de même que les premiers revers de la Wehrmacht tant en Afrique du Nord qu’en Russie.

En fait la Résistance se transforme et ce dès la fin de 1942 en contre-pouvoir de Vichy et la création des MUR (Mouvements Unis de la Résistance) issus de la fusion de Combat-Libération et Franc-Tireur va donner à cette dernière beaucoup plus de cohésion.

 De même la présence de Jean MOULIN envoyé du général de Gaulle en France va changer complètement la physionomie des mouvements de la Résistance.

1943 ,verra la création de maquis importants dus au fait du STO, la création tout d’abord d’un comité de coordination en zone nord des mouvements de résistance, puis la naissance du CNR( Conseil National de la Résistance), du service des atterrissages et parachutages, mais cette année sera aussi celle des revers dus au noyautage et à la trahison- avec des arrestations d’importantes personnalités comme le général Delestraint, puis de Jean MOULIN à Caluire, de nombreux réseaux étant également décapités par la Gestapo.

Certes la montée en puissance de la Résistance intérieure est très importante, mais il s’en faut d’un cheveu que tout l’édifice ne capote.

Pourtant l’organisation bat son plein et l’on voit se créer un comité général d’études-(Comité général des experts-CGE), tout spécialement chargé de réfléchir aux mesures législatives et administratives qui devront être prises à la libération du territoire national et ainsi se tient à Paris le 27 mai 1943 la première réunion du CNR.

L’année 1943 fut donc une année décisive pour la Résistance, car le 29 décembre, voit la naissance des Forces Françaises de l’Intérieur, les FTPF maintenant leur indépendance.

Début 1944, année cruciale pour la libération de notre pays, Joseph Darnand est nommé au poste de secrétaire général au maintien de l’ordre, le gouvernement de Vichy étant de plus en plus inféodé aux nazis.

Le 15 mars a eu lieu la publication du programme du CNR, tandis qu’en février se déroule le procès à Paris du groupe Manouchian- L’affiche rouge‑

Le 16 mars anéantissement du maquis du plateau des Glières.

Le 6 juin c’est le débarquement en Normandie et la Résistance applique à une grande échelle le plan vert, sabotage des voies ferrées et la guérilla généralisée.

Du 17 juillet au 23 juillet ce sont les combats du Vercors.

Le 15 août, débarquement en Provence, suivi le 19 août de l’insurrection à Paris, la 2° DB du général Leclerc pénétrant dans la capitale les 25 et 26 août.

Le 13 septembre a lieu la dissolution des forces Françaises de l’Intérieur et leur intégration dans l’Armée régulière- 2° DB- Armée B qui va devenir la 1° Armée française.

Le 28 octobre c’est le désarmement des milices patriotiques. 7 et 8 mai 1945 capitulation sans condition du 111° Reich à Reims et à Berlin.

Comme l’a écrit le général Maurice Chevance-Bertin, (Combat) dans son livre admirable – Vingt mille heures d’angoisse- en guise de conclusion, il y a eu quatre Résistances :

« Dès l’été 1940 commence le travail d’une poignée de patriotes qui mènent le combat seuls, sans le soutien de quiconque, dans un pays affaissé, c’est ce que j’appelle la Résistance historique patriotique.

En janvier 1942, après dix-huit mois de solitude, l’arrivée de Jean Moulin donne à cette première Résistance des moyens qui lui manquaient jusque-là. En même temps nous sommes rattachés à Londres, c’est la Résistance gaulliste.

L’année suivante, en mars 1943, la création du CNR, où figurent officiellement les partis politiques d’avant-guerre inaugure la troisième Résistance, la Résistance politique.

Dernier mouvement dans les tous derniers mois avant le débarquement, c’est le parti communiste qui réussit à placer ses hommes aux commandes »

Mais peut-être, Londres et Alger, et pas plus que les Alliés aussi, n’ont-ils pas su comprendre comment utiliser sur le plan strictement militaire l’importante force que représentait alors cette Résistance, grossie des groupes francs, des maquis, des nombreuses équipes de sabotage et qui ne servit que d’appoint même si le général Eisenhower a déclaré par la suite que l’action de la Résistance a correspondu à celle de quinze divisions.

Personnellement je pense comme le général Chevance-Bertin, que si elle avait été mieux encadrée à partir de 1943 et mieux armée, elle aurait apporté davantage à la libération de notre pays et peut-être coûté moins cher en vies humaines lors des combats menées aux Glières, au Vercors ou au mont Mouchet, sans parler des actions menées clandestinement et qui ont été particulièrement payantes lorsqu’elles étaient bien organisées.

Par Francis AGOSTINI.

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