Émile Marie Pierre Irénée COULAUDON, alias « Charlin », « Rocher », « Colt » et « colonel Gaspard », né le 29 décembre 1907 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), mort le 1er juin 1977 à Clermont-Ferrand, français.
Émile Coulaudon naît dans une famille clermontoise dont le père possède une agence de fabriques de matériel électrique. Bachelier, il effectue son service militaire de 1928 à 1930 dans une section d’infirmiers. Il travaille ensuite comme directeur commercial dans l’entreprise familiale, puis comme directeur régional de la société Philips à Clermont-Ferrand. Mobilisé en 1939 comme sergent-chef, il est fait prisonnier à Gérardmer le 22 juin 1940.
Engagement dans la Résistance
Coulaudon s’évade de Colmar le 8 juillet 1940 et revient à Clermont-Ferrand. Il entre dans le mouvement Combat créé par Henri Frenay et participe à la constitution de noyaux résistants en Auvergne. À partir de novembre 1942, il devient chef des groupes francs pour la région de Clermont-Ferrand, tout en assumant la responsabilité du 1er Corps franc d’Auvergne et du mouvement Combat dans le Puy-de-Dôme. Son passage à la clandestinité accompagne la montée en puissance des actions armées et de la structuration régionale de la Résistance.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Son parcours se déroule successivement ou simultanément au sein de Combat, des Mouvements unis de la Résistance, de l’Armée secrète et des Forces françaises de l’intérieur. Il devient chef départemental des MUR pour le Puy-de-Dôme dès leur création en février 1943, puis chef régional de l’Armée secrète en 1944 et enfin chef des FFI de la région R6, qui couvre l’Allier, le Cantal, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme. Son dossier administratif de résistant est conservé au Service historique de la Défense sous la cote GR 16 P 146234 et porte une homologation FFI.
Missions et actions
À la tête de groupes francs et de formations régionales, Coulaudon dirige ou fait exécuter des sabotages et des récupérations de matériel : actions contre les aciéries des Ancizes, le poste émetteur allemand de Royat, des installations industrielles et énergétiques, attaques contre les transports ennemis, récupération de carburant, de véhicules, d’habillement et d’armes. Au printemps 1944, la question de grands réduits maquisards devient centrale. Après la réunion du Comité régional de Libération du 29 avril, il obtient l’accord permettant la levée en masse des résistants de R6, mise en œuvre à partir du 15 mai.
Le rapport avec le plan Caïman doit être formulé avec prudence. Le 15 avril 1944, Coulaudon rencontre à Montluçon Maurice Southgate, agent du Special Operations Executive. Les récits historiographiques montrent qu’il défend l’idée de grands réduits en Auvergne, notamment au Mont Mouchet, dans la Truyère et au Lioran, et qu’il croit possible un soutien allié important. Ces conceptions ont été rapprochées de Caïman, mais Coulaudon ne semble pas avoir connu avec précision le nom officiel ni toutes les modalités des projets préparés à Alger et Londres. La phase finale de Caïman, confiée en juillet à Pierre Billotte, appartient donc à un niveau de décision différent de l’organisation locale des réduits auvergnats.
Au Mont Mouchet, environ 2 700 hommes sont regroupés au début de juin 1944. Après un premier affrontement le 2 juin, les forces allemandes lancent les 10 et 11 juin des attaques importantes. Coulaudon, avec son état-major et en accord avec Henry Ingrand, ordonne finalement le décrochage lorsque les munitions s’épuisent et que le risque d’encerclement devient trop important. Les unités reconstituées poursuivent le combat, notamment dans la Truyère, puis la guérilla sur les axes de communication. Les FFI d’Auvergne contribuent ensuite à la libération des principales villes de la région et au harcèlement des colonnes allemandes en retraite.
Arrestation / évasion / déportation
Prisonnier de guerre le 22 juin 1940 à Gérardmer, Coulaudon s’évade de Colmar le 8 juillet. Pendant la clandestinité, il échappe à plusieurs opérations de répression et de recherche. Les sources institutionnelles consultées ne font état ni d’une nouvelle arrestation durable, ni d’une déportation. Son parcours est toutefois marqué par la forte répression qui frappe ses groupes et les maquis auvergnats en 1943-1944.
Camarades de combat
Émile Coulaudon agit notamment avec Henry Ingrand, responsable régional des MUR puis commissaire de la République, avec son chef d’état-major Garcie et avec de nombreux responsables des maquis d’Auvergne. Son entretien avec Maurice Southgate en avril 1944 relie les projets de réduits à l’aide alliée. Les sources sur les combats du Mont Mouchet associent également son action à l’ensemble des cadres FFI de la région R6.
Retour à la vie civile
Après la libération de Clermont-Ferrand le 27 août 1944, Coulaudon devient l’adjoint du commandant de la 13e Région militaire. Jusqu’en 1947, il est adjoint au maire de Clermont-Ferrand, Gabriel Montpied. En 1946, il reprend parallèlement ses activités professionnelles à la direction régionale de Philips à Clermont-Ferrand. Il s’investit durablement dans la mémoire combattante et devient président fondateur de la Fédération des MUR et des Maquis. Son rôle dans les associations d’anciens résistants contribue à fixer la mémoire du Mont Mouchet et de la Résistance auvergnate.
Décorations
L’Ordre de la Libération confirme :
- Officier de la Légion d’honneur ;
- Compagnon de la Libération — décret du 19 octobre 1945 ;
- Croix de guerre 1939-1945 avec palmes, deux citations ;
- Médaille de la Résistance décret du 30 mai 1943
- Croix de guerre belge ;
- Virtuti Militari polonaise ;
- Croix de guerre espagnole.
Le dossier individuel d’homologation FFI GR 16 P 146234, présenté par le Musée de la Résistance en ligne, mentionne la Médaille de la Résistance en décembre 1943 et la Croix de guerre 1939-1945 remise par André Diethelm le 28 septembre 1944. Une source secondaire donne pour la Médaille de la Résistance le décret du 30 mai 1943 ; cette date de décret n’a pas été vérifiée ici sur la publication officielle et n’est donc pas retenue comme définitivement établie.
Lieux de mémoire
Émile Coulaudon est inhumé à Pontgibaud, dans le Puy-de-Dôme. Le Mont Mouchet constitue le principal lieu de mémoire associé à son action : musée de la Résistance, monuments et commémorations y rappellent les combats de juin 1944 et le commandement de « Gaspard ». Sa mémoire est également présente dans les archives départementales du Puy-de-Dôme et dans les collections du Musée de la Résistance en ligne, qui reproduit des pièces de son dossier d’homologation.
Références bibliographiques
Gilles Lévy et Francis Cordet, À nous Auvergne. La vérité sur la Résistance en Auvergne, 1940-1944, Paris, Presses de la Cité, 1981. Étude détaillée de la Résistance auvergnate, des maquis, des responsables régionaux et des combats du Mont Mouchet ; essentielle pour replacer Coulaudon dans la stratégie régionale.
Paul Dreyfus, Histoires extraordinaires de la Résistance, Paris, Fayard, 1977. Ouvrage de récits historiques comprenant des développements sur les maquis et responsables de la Résistance ; utile en complément des sources institutionnelles.
André Gueslin, De Vichy au Mont Mouchet : l’Auvergne dans la guerre, 1939-1945, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 1999. Synthèse universitaire sur l’Auvergne pendant la guerre, utile pour contextualiser l’organisation des maquis, les combats de 1944 et leur mémoire.
Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, Paris, Robert Laffont, plusieurs volumes. Grande synthèse historiographique ; les récits relatifs à Maurice Southgate, aux réduits et aux projets alliés sont particulièrement utiles pour distinguer les perceptions locales du plan Caïman de sa formulation stratégique.
Références internet
Ordre de la Libération. La notice « Émile COULAUDON » fournit l’état civil, les pseudonymes, la carrière avant-guerre, l’évasion de 1940, les responsabilités dans Combat, les MUR, l’Armée secrète et les FFI, les combats du Mont Mouchet, l’après-guerre et les décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/emile-coulaudon
Musée de la Résistance en ligne. La page « Émile Coulaudon et la médaille des MUR du 13 juillet 1944 » reproduit et analyse une pièce du dossier individuel d’homologation FFI GR 16 P 146234 et documente les distinctions portées dans ce dossier. https://museedelaresistanceenligne.org/media8930-Emile-Coulaudon-et-la-mdaille-des-MUR-du-13-juillet-1944
Service historique de la Défense / inventaire GR 16 P. L’inventaire des dossiers administratifs de résistantes et résistants confirme la cote GR 16 P 146234 au nom d’Émile Marie Pierre Irénée Coulaudon, né le 29 décembre 1907 à Clermont-Ferrand, avec homologation FFI.
Archives départementales du Puy-de-Dôme. Les ressources consacrées à Émile Coulaudon et à la Résistance auvergnate permettent de compléter la documentation locale et mémorielle sur « Gaspard ». https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/n/emile-coulaudon-dit-rocher-colt-colonel-gaspard/n:496
Ordre de la Libération — inventaire des dossiers de Compagnons. L’instrument de recherche de la lettre C signale pour Émile Coulaudon le dossier 1 A 243, comprenant notamment le mémoire de proposition, l’ampliation du décret du 19 octobre 1945, des fiches de renseignements et des copies de documents du SHD.
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense : GR 16 P 146234, COULAUDON, Émile Marie Pierre Irénée, né le 29 décembre 1907 à Clermont-Ferrand, homologué FFI. Une pièce de ce dossier, datée d’octobre 1950, est reproduite et analysée par le Musée de la Résistance en ligne. L’Ordre de la Libération conserve en outre le dossier 1 A 243 relatif à son statut de Compagnon de la Libération, avec notamment l’ampliation du décret du 19 octobre 1945 et des copies de documents du SHD.
Observations
La principale précaution historiographique concerne le lien entre Coulaudon et le plan Caïman. Les sources établissent son rôle central dans la constitution des réduits du Mont Mouchet, de la Truyère et du Lioran et ses démarches auprès de Maurice Southgate pour obtenir un soutien allié. Elles ne permettent pas d’affirmer qu’il connaissait le contenu exact, le nom officiel ou les différentes versions du plan préparé par les autorités françaises et alliées. Il convient donc de parler d’une convergence entre les projets locaux de réduits et la logique de Caïman, sans transformer Coulaudon en concepteur ou responsable direct de la force expéditionnaire C.
Indice de fiabilité de la notice
Niveau A — L’état civil, les pseudonymes, les responsabilités résistantes, le dossier GR 16 P 146234, les combats du Mont Mouchet, la carrière d’après-guerre et les principales décorations sont documentés par des sources institutionnelles et archivistiques concordantes. Le seul point nécessitant une prudence renforcée est l’articulation exacte entre les projets de réduits auvergnats et les différentes phases du plan Caïman.
Chronologie
| Date | Événement |
| 29 décembre 1907 | Naissance à Clermont-Ferrand. |
| 1928-1930 | Service militaire dans une section d’infirmiers. |
| 22 juin 1940 | Fait prisonnier à Gérardmer. |
| 8 juillet 1940 | Évasion de Colmar. |
| 1941-1942 | Engagement dans Combat en Auvergne. |
| Novembre 1942 | Chef des groupes francs pour la région de Clermont-Ferrand. |
| Février 1943 | Chef départemental des MUR pour le Puy-de-Dôme. |
| 15 avril 1944 | Entretien à Montluçon avec Maurice Southgate sur le soutien aux réduits auvergnats. |
| Printemps 1944 | Chef régional de l’Armée secrète puis chef FFI de la région R6. |
| 15 mai 1944 | Début de la levée en masse des résistants de R6. |
| 2-11 juin 1944 | Combats du Mont Mouchet et décrochage. |
| 27 août 1944 | Libération de Clermont-Ferrand. |
| 19 octobre 1945 | Décret de nomination comme Compagnon de la Libération. |
| 1946 | Reprise des activités professionnelles. |
| Jusqu’en 1947 | Adjoint au maire de Clermont-Ferrand. |
| 1er juin 1977 | Décès à Clermont-Ferrand. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément biographique | Source 1 | Source 2 | Décision retenue |
| Lien de Coulaudon avec Caïman | Récits historiographiques : Coulaudon défend des réduits et cherche un soutien allié, parfois rapprochés de Caïman. | Sources institutionnelles sur Caïman : la phase finale est confiée en juillet 1944 à Pierre Billotte et la force expéditionnaire C. | Retenir Coulaudon comme acteur des réduits auvergnats et interlocuteur allié, mais ne pas lui attribuer la conception ou le commandement du plan Caïman. |
| Médaille de la Résistance | Dossier GR 16 P 146234 : mention de la médaille en décembre 1943. | Source secondaire : décret du 30 mai 1943. | Confirmer l’existence de la décoration ; ne pas retenir définitivement la date de décret sans vérification de la publication officielle. |
Sources consultées
Ordre de la Libération. La notice « Émile COULAUDON » a fourni l’état civil, les pseudonymes, le parcours de Résistance, les combats, l’après-guerre, la sépulture et les distinctions. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/emile-coulaudon
Musée de la Résistance en ligne. La page consacrée à Émile Coulaudon et à la médaille des MUR a fourni la cote GR 16 P 146234 et des éléments issus du dossier d’homologation concernant ses récompenses. https://museedelaresistanceenligne.org/media8930-Emile-Coulaudon-et-la-mdaille-des-MUR-du-13-juillet-1944
Service historique de la Défense / inventaire GR 16 P. L’inventaire a confirmé l’identité complète d’Émile Coulaudon, sa date et son lieu de naissance, la cote GR 16 P 146234 et l’homologation FFI.
Ordre de la Libération — instrument de recherche. L’inventaire de la lettre C a fourni la cote 1 A 243 et la description du dossier de Compagnon de la Libération d’Émile Coulaudon.
Photographie retrouvée dans la base institutionnelle de l’Ordre de la Libération et dans les ressources d’archives consacrées à Émile Coulaudon.
