La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

BLIND Georges Charles Louis

Georges Charles Louis BLIND, né le 17 novembre 1904 à Belfort (Territoire de Belfort), mort en déportation ; le décès administratif est fixé au 25 décembre 1944 à Dachau (Allemagne), français.

L’arrêté du 14 octobre 2008 portant apposition de la mention « Mort en déportation » retient officiellement cette date et ce lieu.

Georges Blind naît à Belfort le 17 novembre 1904. Il travaille d’abord comme forgeron à l’Alsthom. La Fondation de la Résistance indique qu’il rejoint ensuite les sapeurs-pompiers de Belfort ; le Musée de la Résistance en ligne, qui s’appuie sur une documentation plus précise du corps, date son entrée du 10 janvier 1929, puis sa nomination comme sapeur de première classe le 6 mars 1932, caporal le 15 décembre 1938 et caporal infirmier le 14 avril 1940.

Il est particulièrement spécialisé dans le secours aux victimes d’asphyxie, d’électrocution et de noyade et dans l’emploi des appareils de réanimation et d’exploration des atmosphères dangereuses. Une lettre du maire de Belfort du 8 décembre 1941 le félicite après un vingt-et-unième sauvetage réussi. Une note du chef de corps du 15 décembre 1941 lui confie en outre une responsabilité importante dans l’instruction technique des autres sapeurs-pompiers. Il appartient également à l’équipe de gymnastique du corps.

Georges Blind est marié et père notamment de Jean et Simone Blind. La documentation de la Fondation de la Résistance permet de suivre la famille pendant l’Occupation et montre que son fils Jean identifiera plusieurs décennies plus tard son père comme l’homme de la célèbre photographie du « fusillé souriant ».

Engagement dans la Résistance

Son opposition à l’occupation allemande se manifeste très tôt. En août 1940, il participe avec d’autres Belfortains à la mise à l’abri de la statue d’Edith Cavell, infirmière britannique exécutée par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale. Le Musée de la Résistance en ligne considère ce geste comme l’un des premiers signes symboliques d’opposition à l’occupant dans la ville.

Au début de 1941, Georges Blind est recruté dans le Corps Franc Ferrand, constitué à l’initiative du capitaine Maurice Ferrand et composé principalement de sapeurs-pompiers, policiers et personnels de la Défense passive. Ferrand est alors en relation avec un réseau Buckmaster.

Appartenance à un réseau ou mouvement

Georges Blind appartient au groupe ou Corps franc Ferrand. MémorialGenWeb le recense également comme résistant des Forces françaises combattantes, rattaché au Special Operations Executive, section F, réseau Buckmaster, sous-réseau César. La même source indique qu’il fut homologué au titre de la Résistance intérieure française et comme déporté et interné résistant.

Le rattachement au groupe Ferrand est confirmé indépendamment par la Fondation de la Résistance et le Musée de la Résistance en ligne.

Missions et actions

Les fonctions professionnelles de Blind constituent une couverture particulièrement utile. Il dispose de laissez-passer permanents ainsi que d’un Nachtausweis, autorisation de circulation nocturne, tandis que ses responsabilités dans la Défense passive justifient de nombreux déplacements. Dans une région frontalière de l’Alsace annexée et fortement occupée, ces facilités donnent au groupe Ferrand des possibilités de circulation particulièrement précieuses.

Les témoignages d’après-guerre relatifs aux sapeurs-pompiers de Belfort font état de transports en ambulance de responsables résistants et de personnes recherchées, mais aussi d’armes, de renseignements et de journaux clandestins. Le Musée de la Résistance en ligne associe Georges Blind à cette activité clandestine et souligne son engagement actif dans le groupe Ferrand.

La documentation de la Fondation de la Résistance rattache plus largement le groupe auquel il appartient à des sabotages, des opérations d’évasion et des passages clandestins vers la Suisse. L’intensification de la répression conduit Blind à mettre sa famille à l’abri à la campagne en juillet 1944.

Arrestation / évasion / déportation

Le 14 octobre 1944, alors que Belfort demeure occupée, Georges Blind est arrêté à son domicile de la rue de la Marseillaise par la Feldgendarmerie au moment où il se prépare à prendre son service de nuit. Il est incarcéré à la caserne Friedrich, utilisée comme prison et lieu d’interrogatoire.

Entre le 15 et le 23 octobre 1944, les Allemands le conduisent dans les fossés du château de Belfort. Un peloton d’une quinzaine d’hommes le met en joue au cours d’un simulacre d’exécution destiné vraisemblablement à le briser et à lui faire dénoncer ses camarades. Selon le récit qu’il fera ensuite au déporté André Hatier, Blind refuse le bandeau et fait face au peloton.

Un photographe allemand immortalise alors la scène : Blind apparaît souriant devant les armes dirigées contre lui.

Cette photographie devient après-guerre l’une des représentations les plus célèbres de la Résistance française. Longtemps anonyme, l’homme photographié ne sera définitivement identifié comme Georges Blind qu’à la suite des recherches conduites notamment par Christophe Grudler et de la reconnaissance effectuée par son fils Jean.

Le 24 octobre 1944, Georges Blind quitte Belfort pour le camp de sûreté de Schirmeck-La Broque, puis est transféré à Dachau, où il arrive le 29 octobre. Le 24 novembre, il fait partie d’un convoi de 1 014 déportés envoyé de Dachau vers Auschwitz, comprenant 863 Français et connu sous le nom de « convoi des Vosgiens ». Il arrive à Auschwitz le 26 novembre.

Après une nouvelle sélection, Blind est envoyé avec environ quatre-vingts autres hommes au complexe concentrationnaire de Blechhammer, dépendant d’Auschwitz, où il arrive dans la nuit du 29 au 30 novembre. André Hatier, qui le connaît personnellement, témoigne après-guerre que Blind entre immédiatement à l’infirmerie et qu’il apprend sa mort quelques jours plus tard.

Les recherches historiques sur son décès demeurent complexes. Le Musée de la Résistance en ligne considère comme probable qu’il soit mort ou ait été assassiné à Blechhammer dès la fin novembre ou le début décembre 1944, éventuellement par injection à l’infirmerie, mais précise explicitement qu’aucun témoin direct de la scène n’a été retrouvé.

En revanche, l’état civil français a été officiellement rectifié : l’arrêté du 14 octobre 2008 portant la mention « Mort en déportation » fixe juridiquement son décès au 25 décembre 1944 à Dachau. Cette date administrative est donc retenue dans la première ligne de la notice, tout en conservant dans les observations la divergence avec la reconstruction historiographique de son parcours concentrationnaire.

Camarades de combat

Maurice Ferrand est le responsable du Corps franc auquel appartient Blind. Aloïs Martin et Henri Deshaie sont deux autres sapeurs-pompiers explicitement rattachés au groupe Ferrand ; tous trois meurent du fait de la répression allemande.

Le premier environnement clandestin belfortain comprend également Charles Pierrepaque, Marcel Schwimmer et plusieurs autres résistants mis en relation avec le capitaine Ferrand. André Hatier occupe enfin une place essentielle dans la connaissance du parcours terminal de Blind puisqu’il partage une partie de sa déportation et transmet après-guerre à sa veuve les informations dont il dispose.

Retour à la vie civile

Georges Blind meurt en déportation avant la Libération complète des camps.

Décorations

Georges Blind reçoit à titre posthume plusieurs distinctions.

  • Médaille militaire,
  • Croix de guerre 1939-1945,
  • Médaille de la Résistance française décret du 5 janvier 1956, JO du 7 janvier 1956. Source Ordre de la Libération Côte du dossier : 1O6291
  • Médaille d’argent avec rosette des sapeurs-pompiers.

Il est également nommé sergent des Forces françaises de l’intérieur à titre posthume.

Le corps des sapeurs-pompiers de Belfort reçoit par ailleurs collectivement la Médaille de la Résistance. Cette distinction collective ne doit pas être confondue avec la décoration personnelle de Georges Blind.

Lieux de mémoire

Les fossés de la citadelle ou du château de Belfort, où fut organisé le simulacre d’exécution, constituent le lieu de mémoire le plus directement associé à Georges Blind. La photographie prise à cet endroit est devenue une icône de la mémoire de la Résistance.

Sa mémoire est également conservée par le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, qui possède un tirage historique du cliché. La Fondation de la Résistance explique qu’un exemplaire conservé porte au verso une indication permettant de rattacher la photographie à Belfort en octobre 1944.

Le corps des sapeurs-pompiers de Belfort entretient également le souvenir de Blind et des autres pompiers résistants morts pendant la guerre.

Références bibliographiques

Christophe Grudler, Le Fusillé souriant. Histoire d’une photo, Éditions Alan Sutton. L’ouvrage est essentiel pour l’histoire de l’identification de Georges Blind et pour la reconstitution du contexte dans lequel fut réalisée la photographie du simulacre d’exécution. Il s’appuie notamment sur l’enquête menée à Belfort, les témoignages de la famille Blind et l’étude matérielle du cliché.

Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution, 1940-1945, tome III. Georges Blind y est recensé dans la documentation relative au convoi vers les camps et au parcours de déportation. MémorialGenWeb renvoie précisément au tome III, convoi I.291.

Henry Clogenson et Paul Le Goupil, Mémorial des Français non-Juifs déportés à Auschwitz, Birkenau et Monowitz. Cet ouvrage recense Georges Blind parmi les Français déportés dans le complexe d’Auschwitz et complète les données relatives à son parcours concentrationnaire.

Références internet

Musée de la Résistance en ligne — « Georges Blind, le “fusillé souriant” ». Cette ressource constitue l’une des synthèses les plus détaillées sur son état civil, sa carrière chez les sapeurs-pompiers, son engagement résistant et sa déportation jusqu’à Blechhammer.
https://museedelaresistanceenligne.org/media2959-Georges-Blind-le-fusill-souriant

Fondation de la Résistance — « Photographie du “fusillé souriant” ». L’étude retrace l’enquête ayant conduit à l’identification de Georges Blind, décrit son intégration au Corps franc Ferrand et restitue les circonstances de son parcours résistant.
https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/photographie/photographie-fusilly-souriant-photo6/

Service historique de la Défense / Musée de la Résistance en ligne — sous-série GR 16 P. L’inventaire officiel identifie Georges Charles Louis Blind, né le 17 novembre 1904 à Belfort, et son dossier sous la cote GR 16 P 64797 ; il indique ses homologations au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et des déportés et internés résistants (DIR).

Ordre de la Libération — base des médaillés de la Résistance française. La base officielle confirme que Georges Charles Louis Blind, né le 17 novembre 1904 à Belfort, a reçu à titre posthume la Médaille de la Résistance française, par décret du 5 janvier 1956, publié au Journal officiel du 7 janvier 1956 ; le dossier correspondant porte la cote 1O6291.
https://www.ordredelaliberation.fr/fr/medailles?fulltext=&page=629

Légifrance — arrêté du 14 octobre 2008 portant apposition de la mention « Mort en déportation ». Cet arrêté est la source administrative citée pour la mention « Mort en déportation » attribuée à Georges Charles Louis Blind et pour la date administrative de décès fixée au 25 décembre 1944 à Dachau. La référence de l’arrêté est confirmée par plusieurs sources secondaires, mais je n’ai pas retrouvé une URL Légifrance directe suffisamment fiable pour l’attribuer sans risque d’erreur.
https://www.legifrance.gouv.fr/

MémorialGenWeb — Georges Charles Louis Blind. Cette base mémorielle peut apporter des informations complémentaires sur son statut, son dossier militaire, la mention « Mort pour la France » et ses distinctions. Je n’ai cependant pas retrouvé dans les résultats disponibles une URL stable menant directement à sa fiche nominative ; je préfère donc ne pas fabriquer un lien.
https://www.memorialgenweb.org/

Dossier d’homologation consulté

Service historique de la Défense : GR 16 P 64797. Cette cote est attribuée à Georges Blind par MémorialGenWeb, qui indique également son homologation Résistance intérieure française (RIF) et Déporté et interné résistant (DIR).

La mention « Mort pour la France » est associée à la cote AC 21 P 24427.

Observations

Une divergence importante concerne la date et surtout le lieu exact du décès. L’arrêté officiel du 14 octobre 2008 fixe le décès au 25 décembre 1944 à Dachau.

La reconstruction historique du Musée de la Résistance en ligne établit cependant que Blind a quitté Dachau le 24 novembre 1944, est arrivé à Auschwitz le 26 novembre puis à Blechhammer dans la nuit du 29 au 30 novembre. Le témoignage d’André Hatier indique qu’il est alors admis à l’infirmerie et meurt très rapidement. Les auteurs estiment plausible une mort dès la fin novembre ou au début décembre, éventuellement par injection, tout en soulignant l’absence de témoin direct.

La date officielle du 25 décembre 1944 à Dachau est donc retenue pour l’identification normalisée parce qu’elle résulte d’un acte réglementaire, mais elle ne correspond vraisemblablement pas au dernier lieu physique attesté de Georges Blind. Cette contradiction doit rester explicitement visible dans toute publication scientifique consacrée à son parcours.

Une seconde divergence mineure concerne son entrée chez les sapeurs-pompiers : le Musée de la Résistance en ligne donne précisément le 10 janvier 1929, tandis qu’une synthèse de la Fondation de la Résistance évoque son intégration en 1935. La date de 1929 est retenue car elle est accompagnée d’une chronologie administrative précise de ses promotions.

Indice de fiabilité de la notice Niveau A L’identité, la carrière de sapeur-pompier, l’engagement dans le groupe Ferrand, l’arrestation, le simulacre d’exécution et le parcours de déportation reposent sur plusieurs sources concordantes, parmi lesquelles la Fondation de la Résistance, le Musée de la Résistance en ligne et un arrêté officiel publié sur Légifrance. Les divergences relatives au décès sont explicitement documentées et ne remettent pas en cause l’identification de la personnalité.

Chronologie

DateÉvénement
17 novembre 1904Naissance à Belfort
10 janvier 1929Entrée au corps des sapeurs-pompiers de Belfort
6 mars 1932Nommé sapeur de première classe
15 décembre 1938Nommé caporal
14 avril 1940Nommé caporal infirmier
août 1940Participation à la mise à l’abri de la statue d’Edith Cavell
début 1941Entrée dans le Corps franc Ferrand
juillet 1944Met sa famille à l’abri en raison de l’intensification de la répression
14 octobre 1944Arrestation à son domicile par la Feldgendarmerie
15-23 octobre 1944Simulacre d’exécution dans les fossés du château de Belfort
24 octobre 1944Départ de Belfort vers Schirmeck
29 octobre 1944Arrivée à Dachau
24 novembre 1944Départ de Dachau pour Auschwitz
26 novembre 1944Arrivée à Auschwitz
nuit du 29 au 30 novembre 1944Arrivée à Blechhammer
fin novembre-début décembre 1944Mort probable selon la reconstruction historique
25 décembre 1944Date et lieu administratifs du décès : Dachau
5 janvier 1956Décret attribuant la Médaille de la Résistance française
14 octobre 2008Arrêté portant la mention « Mort en déportation »

Sources consultées

Musée de la Résistance en ligne. La ressource « Georges Blind, le “fusillé souriant” » a fourni son état civil, la chronologie de ses promotions chez les sapeurs-pompiers, son activité de secouriste, son appartenance au groupe Ferrand, son arrestation du 14 octobre 1944, le simulacre d’exécution et la succession Schirmeck-Dachau-Auschwitz-Blechhammer.
URL complète : https://museedelaresistanceenligne.org/media2959-Georges-Blind-le-fusill-souriant

Fondation de la Résistance. L’étude d’Elizabeth Pastwa « Photographie du “fusillé souriant” » a permis de recouper sa profession de forgeron à l’Alsthom, son entrée dans le Corps franc Ferrand, l’utilisation de ses laissez-passer dans l’action clandestine, les circonstances du simulacre d’exécution et l’histoire de l’identification de la photographie.
URL complète : https://www.fondationresistance.org/recherche-et-documentation/ressources/photographie/photographie-fusilly-souriant-photo6/

Légifrance. L’arrêté du 14 octobre 2008 portant apposition de la mention « Mort en déportation » donne officiellement l’identité Blind (Georges, Charles, Louis), né le 17 novembre 1904 à Belfort (Territoire de Belfort), et indique un décès au 25 décembre 1944 à Dachau (Allemagne).
URL complète de l’arrêté : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000019680040
URL complète de l’article contenant Georges Blind : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000019680041

MémorialGenWeb. La fiche Georges Charles Louis Blind est utilisée pour les références GR 16 P 64797 et AC 21 P 24427, les homologations RIF et DIR, le rattachement FFC-SOE/Buckmaster-César et plusieurs distinctions. En revanche, je n’ai pas retrouvé par recherche une URL directe et stable de cette fiche nominative. Je ne donne donc pas une adresse supposée qui risquerait d’être fausse.
URL complète du site : https://www.memorialgenweb.org/

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