Lucien BERNIER, né le 30 août 1914 à Rennes (Ille-et-Vilaine), mort pour la France le 2 octobre 1944 dans la forêt de Chérimont, près de Champagney (Haute-Saône), Français, marin, quartier-maître mécanicien puis second maître et maître fusilier des Forces navales françaises libres, combattant du 1er Bataillon de fusiliers marins puis du 1er Régiment de fusiliers marins, Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 26 septembre 1945. La date du 30 août est retenue car elle est confirmée par l’état civil cité par le Mémorial national des marins et par le corps de la notice de l’Ordre ; le cartouche actuel de l’Ordre affiche toutefois le 29 août.
Jeunesse et formation
Fils d’un cheminot, Lucien Bernier naît à Rennes. Les sources consultées donnent peu de renseignements sur son enfance et sa scolarité. Il choisit la Marine nationale et s’y engage en 1934. Le Mémorial national des marins précise également qu’il épouse Raymonde Augustine Victoire Kerloch le 18 octobre 1939.
À la veille de l’effondrement militaire de 1940, il est quartier-maître de 2e classe mécanicien à la 4e Escadre de sous-marins de Brest. Cette spécialité de mécanicien constitue sa formation professionnelle militaire avant son passage ultérieur aux fusiliers marins.
Engagement dans la Résistance
En juin 1940, Lucien Bernier gagne l’Angleterre et rallie la France libre. Il rejoint les Forces navales françaises libres (FNFL) et est affecté, dès sa création en juillet 1940, au 1er Bataillon de fusiliers marins (1er BFM).
Son engagement relève donc de la Résistance extérieure et de la France libre. Les sources consultées ne font pas état d’une appartenance antérieure à un réseau clandestin métropolitain.
Appartenance à un réseau ou mouvement
L’unité fondamentale du parcours de Lucien Bernier est le 1er Bataillon de fusiliers marins, constitué en juillet 1940 et engagé successivement à Dakar, au Gabon, au Levant puis dans la guerre du désert.
En 1944, le 1er BFM est transformé en 1er Régiment de fusiliers marins (1er RFM). Bernier poursuit le combat dans cette unité au sein de la 1re Division française libre, notamment pendant la campagne d’Italie puis la campagne de France.
L’Ordre de la Libération retient explicitement comme unités d’appartenance de Lucien Bernier le 1er BFM et le 1er RFM.
Missions et actions
Lucien Bernier participe d’abord à l’opération de Dakar en septembre 1940, puis à la campagne de ralliement du Gabon en novembre 1940 et à la campagne de Syrie en juin 1941. À la fin de 1941, il est engagé en Libye au sein de la Brigade française libre du général Koenig.
Promu second maître en avril 1942, il devient chef de pièce de défense contre avions. À Bir Hakeim, du 27 mai au 11 juin 1942, l’Ordre de la Libération le présente comme l’un des meilleurs défenseurs antiaériens de la position. Il combat ensuite à El Alamein en octobre 1942, puis participe à la campagne de Tunisie en 1943.
En 1944, désormais au 1er RFM, il participe à la campagne d’Italie. Dans la vallée du Liri, il se distingue comme chef de patrouille lors de la poursuite des forces allemandes. À Pontecorvo, le 20 mai 1944, il est blessé ; avant son évacuation, il réussit à regrouper ses hommes et à organiser leur défense.
Après le débarquement de Provence, Bernier reprend le combat en France. Le 19 août 1944 à Pierrefeu, dans le Var, il mène sous un violent feu antichar et d’armes automatiques une importante opération de déminage de la route. Cette action lui vaut la Médaille militaire.
Promu maître fusilier le 1er septembre 1944, il reçoit une nouvelle citation pour sa participation à l’investissement d’Autun, environ une semaine plus tard. Il poursuit ensuite la campagne en direction des Vosges et de Belfort.
Le 2 octobre 1944, pendant les opérations devant Belfort, Lucien Bernier est mortellement atteint dans la forêt de Chérimont, près de Champagney. Le récit de l’officier des équipages Constant Colmay, son camarade de combat, confirme qu’il est touché au cours de l’action et meurt peu après.
Arrestation / évasion / déportation
Aucune arrestation, détention, évasion ou déportation n’est documentée dans les sources consultées.
Son parcours est celui d’un militaire ayant gagné l’Angleterre dès juin 1940 puis combattu sans interruption notable dans les formations de la France libre, en Afrique, au Moyen-Orient, en Italie et en France.
Camarades de combat
Lucien Bernier appartient à la communauté combattante des fusiliers marins de la France libre. Le 1er BFM est initialement placé sous le commandement du capitaine de corvette Robert Détroyat, avant de participer aux différentes campagnes de la France libre.
Pour les derniers combats de Bernier, la documentation est exceptionnellement précise. Le récit de Constant Colmay, officier en second du 2e escadron du 1er RFM, décrit directement la mort de Bernier le 2 octobre 1944. Le document cite également plusieurs hommes présents dans cet environnement combattant, notamment Dewever, Jestin, Charpentier, Tripodi, Le Terrier, Savary et René Morel.
Colmay évoque Bernier comme l’un des meilleurs marins de l’unité. Ce témoignage, contemporain du groupe combattant, apporte ici un complément humain particulièrement important à la notice institutionnelle.
Retour à la vie civile
Sans objet. Lucien Bernier est tué au combat le 2 octobre 1944, à trente ans. Il ne connaît donc pas le retour à la vie civile de l’après-guerre.
Il est nommé Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 26 septembre 1945.
Décorations
Compagnon de la Libération. Source : Ordre de la Libération. Attribution à titre posthume par décret du 26 septembre 1945.
Médaille militaire. Source : Ordre de la Libération. La décoration est expressément attestée et rattachée à son action de déminage accomplie sous le feu à Pierrefeu le 19 août 1944.
Croix de guerre 1939-1945 avec trois citations. Source : Ordre de la Libération. La décoration et le nombre de trois citations sont expressément attestés.
Médaille de la Résistance française. Source : Ordre de la Libération. La décoration figure explicitement parmi les distinctions de Lucien Bernier. La date et les modalités exactes d’attribution n’ont pas été établies avec une certitude suffisante dans les sources numériques directement vérifiées.
Lieux de mémoire
Rennes est son lieu de naissance. Son nom est également inscrit au Panthéon rennais, parmi les Rennais morts pour la France, selon les références mémorielles recensées.
Bir Hakeim constitue l’un des principaux lieux de sa mémoire combattante : chef de pièce de DCA, il y combat du 27 mai au 11 juin 1942. Pontecorvo, en Italie, est associé à sa blessure du 20 mai 1944 ; Pierrefeu-du-Var à son action de déminage du 19 août ; Autun à sa citation de septembre 1944.
La forêt de Chérimont, près de Champagney, est le lieu de sa mort au combat le 2 octobre 1944.
Lucien Bernier repose à la Nécropole nationale de Rougemont, dans le Doubs. L’Ordre de la Libération rappelle que cette nécropole rassemble notamment les tombes de cinq Compagnons : Diego Brosset, Xavier Langlois, Victor Mirkin, Lucien Bernier et Joseph Bakos.
Sa mémoire est également entretenue par la Marine nationale : une compagnie de fusiliers marins Lucien Bernier, implantée à Lanvéoc-Poulmic, porte son nom. Le renommage des unités de fusiliers marins en l’honneur de figures de la Libération est documenté par l’Ordre de la Libération.
Références bibliographiques
1061 Compagnons : histoire des Compagnons de la Libération, Jean-Christophe Notin, Paris, Perrin, 2000, 822 p. Ouvrage général de référence permettant de replacer Lucien Bernier parmi les Compagnons et dans l’histoire collective des Français libres.
Les Compagnons de l’Aube, Guillaume Piketty, Paris, Textuel, 2014, 442 p. Étude permettant de replacer son choix de gagner l’Angleterre en juin 1940 dans le phénomène des engagements précoces derrière le général de Gaulle.
Dictionnaire des Compagnons de la Libération, Vladimir Trouplin, Paris, Éditions Elytis, 2023. Référence biographique récente permettant de confronter le parcours de Bernier aux fonds conservés par l’Ordre de la Libération.
Références internet
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Lucien Bernier, source principale pour son parcours dans les FNFL, le 1er BFM, Bir Hakeim, le 1er RFM, l’Italie, la campagne de France, sa mort et ses décorations. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/lucien-bernier
Ordre de la Libération — Inventaire des archives des Compagnons — Instrument de recherche donnant notamment la cote SHD GR 16 P 52440 parmi les sources complémentaires relatives à Lucien Bernier. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_202312.pdf
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire nominatif de la sous-série GR 16 P permettant le contrôle des homonymes Bernier et de la cote GR 16 P 52440. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Mémorial national des marins morts pour la France — Fiche de Lucien Bernier, utile notamment pour l’état civil, le mariage, la qualité de maître fusilier, la mention « Mort pour la France » et la sépulture. https://memorial-national-des-marins.fr/marin/7873-bernier-lucien.html
1re DFL — Le Blog — Dossier sur les combats de septembre-octobre 1944 contenant notamment le récit de la mort de Lucien Bernier par Constant Colmay. https://www.1dfl-le-blog.fr/wp-content/uploads/2014/06/n%C2%B0-19-30-sept-3-octobre-1944-Ronchamp-Eboulet-1.pdf
Françaislibres.net — Fiche documentaire contenant notamment la transcription du récit de Constant Colmay relatif à la mort de Lucien Bernier. https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=99402
Wikipédia — Article développé consacré à Lucien Bernier, consulté conformément au protocole et confronté aux sources institutionnelles et archivistiques. https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Bernier_(militaire)
Dossier d’homologation consulté
Service historique de la Défense — GR 16 P 52440, BERNIER Lucien. L’attribution de cette cote est explicitement donnée par l’inventaire des archives des Compagnons de l’Ordre de la Libération. Le répertoire nominatif GR 16 P reproduit par le Musée de la Résistance en ligne porte également la mention d’une homologation FFI.
Une anomalie importante doit toutefois être signalée : le répertoire GR 16 P affiche pour cette entrée « 30.08.1904, Rennes », alors que l’ensemble des sources biographiques et l’état civil cité par le Mémorial national des marins établissent une naissance le 30 août 1914. L’inventaire propre à l’Ordre de la Libération attribue néanmoins expressément GR 16 P 52440 au Compagnon Lucien Bernier. Il s’agit donc très vraisemblablement d’une erreur de saisie de l’année dans le répertoire GR 16 P, mais le dossier original devrait être contrôlé pour la résoudre définitivement.
Le dossier physique GR 16 P 52440 n’a pas été matériellement consulté pour la présente notice. Sa cote et son attribution ont été vérifiées dans les instruments de recherche ; son contenu interne n’est donc pas présenté comme ayant été dépouillé.
Observations
Trois points documentaires appellent une vigilance particulière. Premièrement, le cartouche de la notice actuelle de l’Ordre de la Libération donne le 29 août 1914, alors que le texte biographique de la même page indique le 30 août 1914. Le Mémorial national des marins, qui donne comme référence un extrait des registres d’état civil de Rennes, retient également le 30 août. Cette dernière date est donc retenue ici.
Deuxièmement, le répertoire GR 16 P indique 30 août 1904 pour GR 16 P 52440. La cote est pourtant explicitement rattachée à Lucien Bernier par l’inventaire de l’Ordre de la Libération. L’année 1904 est incompatible avec toutes les autres données biographiques et avec l’âge de trente ans au décès ; elle est considérée comme une anomalie de l’instrument, sans correction prétendue du document original.
Troisièmement, l’homonymie a été contrôlée : GR 16 P 52439 concerne Lucien Alphonse Émilien Bernier, né en 1898 au Détroit (Calvados), tandis que GR 16 P 52440 est l’entrée Lucien Bernier de Rennes. Il ne faut pas fusionner ces deux résistants.
Indice de fiabilité de la notice Niveau A : La notice repose sur plusieurs sources concordantes, dont l’Ordre de la Libération, l’inventaire nominatif du Service historique de la Défense, le Mémorial national des marins morts pour la France et une documentation issue de l’histoire du 1er RFM. L’engagement dans les FNFL, les campagnes de Dakar, du Gabon, de Syrie, de Libye, de Tunisie et d’Italie, Bir Hakeim, la blessure de Pontecorvo, les actions de Pierrefeu et d’Autun ainsi que la mort du 2 octobre 1944 sont solidement établis. Le niveau A est maintenu malgré deux anomalies d’indexation — 29/30 août 1914 et 1904/1914 dans GR 16 P — car l’état civil cité par le Mémorial des marins et les sources institutionnelles permettent de les circonscrire précisément.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 30 août 1914 | Naissance à Rennes ; date retenue d’après l’état civil cité par le Mémorial national des marins. |
| 1934 | Engagement dans la Marine nationale. |
| 18 octobre 1939 | Mariage avec Raymonde Augustine Victoire Kerloch. |
| Juin 1940 | Gagne l’Angleterre et rallie la France libre. |
| Juillet 1940 | Affecté au 1er Bataillon de fusiliers marins. |
| Septembre 1940 | Participe à l’opération de Dakar. |
| Novembre 1940 | Campagne de ralliement du Gabon. |
| Juin 1941 | Campagne de Syrie. |
| Fin 1941 | Engagement en Libye avec la Brigade française libre. |
| Avril 1942 | Promu second maître. |
| 27 mai-11 juin 1942 | Combat comme chef de pièce DCA à Bir Hakeim. |
| Octobre 1942 | Bataille d’El Alamein. |
| 1943 | Campagne de Tunisie. |
| 1944 | Campagne d’Italie avec le 1er RFM et la 1re DFL. |
| 20 mai 1944 | Blessé à Pontecorvo. |
| Août 1944 | Débarquement et campagne de Provence. |
| 19 août 1944 | Mission de déminage sous le feu à Pierrefeu ; action liée à l’attribution de la Médaille militaire. |
| 1er septembre 1944 | Promu maître fusilier. |
| Septembre 1944 | Se distingue lors de l’investissement d’Autun. |
| 2 octobre 1944 | Tué au combat dans la forêt de Chérimont près de Champagney. |
| 26 septembre 1945 | Nommé Compagnon de la Libération à titre posthume. |
Tableau des divergences entre sources
| Élément | Source | Donnée | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Date de naissance | Cartouche de l’Ordre de la Libération | 29 août 1914 | Contradiction interne avec le texte de la même notice. |
| Date de naissance | Texte biographique de l’Ordre | 30 août 1914 | Concorde avec le Mémorial national des marins. |
| Date de naissance | Mémorial national des marins / état civil de Rennes | 30 août 1914 | Donnée retenue. |
| Année de naissance | Répertoire GR 16 P, cote 52440 | 1904 | Anomalie probable de saisie ; à contrôler sur le dossier original. |
| Année de naissance | Sources institutionnelles et état civil cité | 1914 | Donnée retenue. |
Sources consultées
Ordre de la Libération — Notice institutionnelle de Lucien Bernier. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/lucien-bernier
Ordre de la Libération — Inventaire des archives des Compagnons — Instrument utilisé notamment pour vérifier l’attribution de la cote SHD GR 16 P 52440. https://www.ordredelaliberation.fr/sites/default/files/media/fichers/IR_CL_lettre_B_202312.pdf
Musée de la Résistance en ligne / Service historique de la Défense — Répertoire GR 16 P utilisé pour le contrôle de la cote, de l’homonymie et de l’anomalie de date. https://www.museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource_source/SHDGR_16P_BA-BJ.pdf
Mémorial national des marins morts pour la France — Fiche biographique et données d’état civil de Lucien Bernier. https://memorial-national-des-marins.fr/marin/7873-bernier-lucien.html
1re DFL — Le Blog — Dossier consacré aux combats du front des Vosges et témoignage relatif à la mort de Lucien Bernier. https://www.1dfl-le-blog.fr/wp-content/uploads/2014/06/n%C2%B0-19-30-sept-3-octobre-1944-Ronchamp-Eboulet-1.pdf
Françaislibres.net — Documentation complémentaire et transcription du récit de Constant Colmay. https://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=99402
Wikipédia — Article développé consulté à titre de confrontation secondaire. https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Bernier_(militaire)