Circonstances
Lors de la déclaration de guerre en septembre 1939, l’université de Strasbourg est évacuée et repliée à Clermont-Ferrand afin de la soustraire à la proximité immédiate de la frontière allemande.
Après l’armistice de 1940 et l’annexion de fait de l’Alsace-Lorraine, l’institution refuse de regagner Strasbourg occupée et choisit de maintenir son activité en Auvergne sous l’autorité de l’État français. L’université repliée devient rapidement un pôle de patriotisme, un foyer actif de sédition et un refuge pour de nombreux étudiants alsaciens refusant l’incorporation de force ou fuyant le nazisme.
En novembre 1942, l’occupation de la zone sud par l’armée allemande accentue la surveillance sur Clermont-Ferrand. Les services de répression du Reich, en particulier la Gestapo, considèrent cette communauté universitaire comme un nid de résistants directement impliqué dans des mouvements clandestins comme Combat ou Libération-Sud.
Déroulement de l’opération
Le matin du 25 novembre 1943, une opération de grande envergure est déclenchée sur ordre des autorités allemandes.
Les troupes de la Wehrmacht, encadrées par la Gestapo et le Sicherheitsdienst, encerclent totalement les différents bâtiments universitaires de Clermont-Ferrand, notamment l’avenue Carnot.
L’objectif est de contrôler l’identité de l’ensemble du personnel, des professeurs et des étudiants présents.
Environ mille deux cents personnes sont retenues et rassemblées dans la cour de l’université sous la menace des armes. Les Allemands traquent particulièrement les individus d’origine alsacienne et ceux suspectés d’activités clandestines.
Au cours de l’encerclement, le professeur de physique Paul COLLOMP est abattu à bout portant dans un couloir pour ne pas avoir obéi assez vite à un ordre de mise au pas. Le bilan immédiat de la journée se solde par l’arrestation définitive de près de cent trente personnes, majoritairement déportées vers les camps de concentration.
Figures marquantes
Jean MICHEL, étudiant et responsable actif du mouvement de résistance Combat au sein du milieu universitaire clermontois, est repéré et appréhendé au cours des contrôles d’identité. Il est déporté en Allemagne où il décède en captivité.
Le doyen de la faculté de droit, Fred VLÈS, tente d’intervenir auprès des officiers allemands pour protéger ses étudiants et contester la légalité des arrestations de masse. Il est lui-même arrêté et transféré au camp de déportation, mourant durant le transport en train au cours de l’été 1944.
L’enseignant alsacien Ernest HOEPRFFNER, professeur de littérature, fait preuve d’une grande dignité face aux interrogatoires de la Gestapo avant d’être interné temporairement.
Victimes
Parmi les victimes tuées sur le coup figure le professeur Paul COLLOMP, éminent helléniste et enseignant à la faculté des lettres, abattu dans les bâtiments administratifs.
On compte également parmi les morts le doyen Fred VLÈS, éminent chercheur en biologie, décédé d’épuisement dans un wagon de déportés.
Plus d’une centaine d’étudiants arrêtés ce jour-là sont transférés vers les camps de concentration nazis, notamment à Buchenwald ou à Natzweiler-Struthof.
La majorité de ces jeunes gens originaires d’Alsace ou de la région clermontoise succombent aux conditions de détention extrêmes et aux marches de la mort.
Survivants
Certains universitaires parviennent à survivre aux camps de concentration après avoir été arrêtés lors de cette rafle de novembre 1943. Parmi eux, plusieurs étudiants alsaciens libérés en 1945 ont repris leurs études à Strasbourg après la Libération.
Le physicien et résistant Pierre PFIMLIN, qui avait échappé de justesse au ratissage en se dissimulant dans les laboratoires de l’établissement, s’est engagé après la guerre dans la transmission de la mémoire de cet événement auprès des nouvelles générations d’étudiants.
Conséquences
La portée symbolique de cette rafle est immense car elle constitue l’un des rares exemples d’attaque directe et massive des autorités militaires nazies contre une institution universitaire sur le territoire français.
La réaction de l’occupant allemand vise à anéantir un foyer intellectuel de contestation nationale. Les répercussions locales se traduisent par la fermeture provisoire des facultés et la dispersion forcée des communautés étudiantes en Auvergne.
Après cet événement, les étudiants et enseignants rescapés accentuent leur passage à la clandestinité armée, rejoignant massivement les maquis du Puy-de-Dôme et de la zone alpine.
Mémoire et lieux commémoratifs
La mémoire de la rafle est préservée à Clermont-Ferrand dans le département du Puy-de-Dôme par une plaque commémorative apposée dans la cour d’honneur du bâtiment Carnot de l’Université Clermont Auvergne.
À Strasbourg, dans le département du Bas-Rhin, l’Université de Strasbourg organise chaque année une cérémonie officielle le 25 novembre devant le monument aux morts du campus historique.
Plusieurs rues portent le nom de Professeur-Paul-Collomp à Clermont-Ferrand ainsi qu’à Strasbourg pour honorer l’enseignant assassiné.
Références bibliographiques
L’Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, 1939-1945 de Jean-Christian Dutoit, Presses Universitaires de Strasbourg, 1998. Cet ouvrage historique retrace en détail la vie de l’institution alsacienne durant son exil en Auvergne. Un grand chapitre est consacré à la tragédie du 25 novembre 1943, analysant les dynamiques de la résistance interne et les méthodes de la Gestapo. Les listes des déportés et des fusillés y sont documentées avec soin.
La rafle du 25 novembre 1943 de Pierre-Éric Durand, Éditions de l’Institut d’Histoire d’Auvergne, 2004. Ce livre se focalise exclusivement sur le déroulement de l’opération militaire allemande à Clermont-Ferrand. L’auteur croise les rapports de la gendarmerie française avec les archives militaires allemandes pour restituer la chronologie exacte de la rafle. L’ouvrage met en lumière les figures des professeurs et étudiants arrêtés.
Résistance et Université sous l’Occupation de François Marcot, Éditions Robert Laffont, 2001. Ce travail de recherche explore la politisation et l’engagement du milieu intellectuel français contre l’occupant. Une section majeure est accordée à l’exemple unique de l’université de Strasbourg repliée, décrivant la rafle comme un acte de répression stratégique contre l’esprit de résistance. Les répercussions de l’événement sur l’opinion publique y sont traitées.
Chronique des années noires en Auvergne de Marcel Laurent, Horvath, 1982. Ce livre d’histoire régionale documente les événements marquants de la Seconde Guerre mondiale dans le Puy-de-Dôme. Il relate les grandes rafles et les actions de la Gestapo de Lyon et de Clermont-Ferrand, intégrant le récit de la journée du 25 novembre 1943. Les conditions de rassemblement des étudiants y sont détaillées.
Morts en déportation : le tribut des universitaires alsaciens de Georges Foessel, Nuée Bleue, 1995. Cet ouvrage biographique rend hommage aux enseignants et étudiants victimes du nazisme. Il présente de courtes biographies de chaque personne arrêtée à Clermont-Ferrand et disparue dans les camps de concentration. Le livre permet de comprendre les trajectoires individuelles après l’arrestation.
Références internet Le site officiel de l’Université de Strasbourg présente des pages mémorielles complètes sur l’histoire de son exil à Clermont-Ferrand. Le portail fournit un accès à des articles scientifiques, des documents d’archives numérisés et le programme des commémorations annuelles de la rafle du 25 novembre 1943. https://www.unistra.fr
Le Musée de la Résistance en ligne propose des notices explicatives et des témoignages textuels sur la répression allemande en Auvergne. Les dossiers thématiques abordent les réseaux de résistance universitaire et le sacrifice des professeurs comme Paul Collomp. https://www.museedelaresistanceenligne.org
Le portail d’histoire régionale Auvergne mémorielle contient des dossiers pédagogiques sur la Seconde Guerre mondiale dans le Puy-de-Dôme. Le site détaille l’encerclement de l’université par les troupes allemandes et la vie quotidienne des étudiants alsaciens repliés. https://www.auvergne-memorielle.fr
La Fondation de la Résistance met à disposition des fiches de synthèse sur la résistance intellectuelle et universitaire en France. Le site permet d’étudier les liens entre les maquis d’Auvergne et les étudiants rescapés de la rafle de 1943. https://www.fondationresistance.org
Le site Mémoire des Hommes du Ministère des Armées offre un accès aux bases nominatives des fusillés, résistants et déportés de la Seconde Guerre mondiale. Il permet de consulter l’état civil et l’homologation des titres de résistance des victimes de la rafle de Clermont-Ferrand. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Fiabilité A. Les informations sont validées par les travaux historiques de l’Université de Strasbourg et de l’Université Clermont Auvergne, appuyés sur des inventaires archivistiques officiels de l’État français.
Sources consultées
Université de Strasbourg, https://www.unistra.fr
Musée de la Résistance en ligne, https://www.museedelaresistanceenligne.org
Fondation de la Résistance, https://www.fondationresistance.org
Mémoire des Hommes, https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr