La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Au printemps 1944, le département de l’Ain se trouve sous occupation allemande directe depuis l’invasion de la zone sud en novembre 1942 et le retrait des troupes italiennes en septembre 1943.

La région lyonnaise est alors soumise à la terreur de la Gestapo dirigée par Klaus BARBIE.

C’est dans ce contexte de persécution totale des Juifs de France que fonctionne la Colonie d’enfants réfugiés de l’Ain, ouverte en mai 1943 par Sabine ZLATIN et son époux Miron ZLATIN avec l’aide de l’Œuvre de secours aux enfants et de l’administration préfectorale.

Située dans le village isolé d’Izieu, cette maison accueillait des enfants juifs de diverses nationalités pour les soustraire aux rafles des grandes agglomérations, bénéficiant temporairement d’une relative tranquillité avant le durcissement extrême de la répression allemande.

Déroulement de l’opération

Le matin du 6 avril 1944, alors que la colonie s’apprête à fêter Pâques, les troupes de la Wehrmacht et de la Gestapo de Lyon débarquent brutalement à Izieu à bord de deux camions. Les forces allemandes exécutent un ordre d’arrestation total visant l’établissement.

Quarante-quatre enfants âgés de quatre à dix-sept ans ainsi que sept éducateurs adultes présents sur les lieux sont rassemblés de force.

Un seul adolescent, Léon REIFMAN, parvient à s’échapper en sautant par une fenêtre pour se cacher chez des voisins.

Les quarante-quatre enfants et les sept adultes sont immédiatement conduits à Lyon, internés à la prison de Montluc, puis transférés par train au camp de Drancy avant d’être déportés par vagues successives vers les camps de concentration et d’extermination.

Figures marquantes

Sabine ZLATIN, fondatrice et directrice de la colonie, était absente d’Izieu le jour de la rafle car elle se trouvait à Montpellier pour tenter de trouver de nouveaux refuges plus sûrs pour les enfants. Membre active du réseau de sauvetage de l’Œuvre de secours aux enfants, elle consacre le reste de sa vie à témoigner et à perpétuer la mémoire des victimes.

Miron ZLATIN, son époux, choisit de rester auprès des enfants lors de l’arrestation, assumant son rôle de directeur jusqu’au bout avant d’être déporté et exécuté.

Sarah LEVAN-REIFMAN, médecin de la colonie, refuse également d’abandonner les enfants malgré les opportunités de fuite, partageant leur sort tragique jusqu’à Auschwitz.

Victimes

Le bilan de l’opération s’élève à cinquante et une victimes directes assassinées en déportation.

Quarante-deux enfants et l’éducatrice Sarah LEVAN-REIFMAN sont gazés dès leur arrivée au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau dans les jours qui suivent le convoi numéro soixante et onze du 13 avril 1944.

Les deux adolescents les plus âgés de la colonie ainsi que le directeur Miron ZLATIN sont déportés par le convoi numéro soixante-treize vers la citadelle de Reval en Estonie, où ils sont fusillés par les SS au cours de l’été 1944.

Survivants

 Sur l’ensemble des cinquante et une personnes arrêtées lors de la rafle du 6 avril 1944, une seule adulte a survécu à l’univers concentrationnaire.

Léa FELDBLUM, éducatrice à la colonie, est déportée à Auschwitz par le convoi numéro soixante et onze en même temps que les enfants. Elle survit aux sélections, aux travaux forcés et aux marches de la mort avant d’être libérée en 1945.

Son témoignage direct lors du procès de Klaus BARBIE en 1987 s’est révélé capital pour reconstituer avec exactitude le déroulement de la rafle et confirmer le sort des enfants.

Conséquences

La portée symbolique de la rafle d’Izieu est immense, l’événement étant devenu le symbole de la déportation des enfants juifs de France et de la barbarie nazie.

Un télex envoyé le soir même de la rafle par Klaus BARBIE à Paris témoigne de l’importance que la Gestapo accordait à la liquidation de cette colonie.

Sur le plan juridique, la pièce d’archive contenant ce télex a constitué une preuve accablante lors du procès de Klaus BARBIE à Lyon en 1987, permettant sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité pour crimes contre l’humanité, une qualification juridique imprescriptible appliquée pour la première fois en France pour des actes commis envers des civils.

Mémoire et lieux commémoratifs

La maison qui abritait la colonie est devenue la Maison d’Izieu, mémorial national des enfants juifs exterminés, inauguré par le président de la République en 1994 à Izieu dans le département de l’Ain.

De nombreuses plaques commémoratives sont apposées à travers la France, notamment à la gare de Brégnier-Cordon et à la prison de Montluc à Lyon dans le département du Rhône.

Plusieurs établissements scolaires portent les noms des enfants d’Izieu, comme l’école primaire des Enfants d’Izieu à Lyon ou la place des Enfants d’Izieu dans le onzième arrondissement de Paris.

Références bibliographiques

La rafle d’Izieu : 6 avril 1944 de Pierre-Jérôme Biscarat, Le Progrès, 2008. Cet ouvrage historique propose un récit détaillé et chronologique des événements qui ont conduit au drame d’Izieu. L’auteur s’appuie sur des témoignages et des documents administratifs pour faire revivre le quotidien de la colonie avant l’intervention de la Gestapo. Le livre analyse aussi l’impact du procès de Klaus Barbie sur la mémoire collective.

Les enfants d’Izieu de Serge Klarsfeld, Association des Fils et Filles des déportés juifs de France, 1984. Ce recueil mémoriel rassemble des photographies, des lettres et des documents biographiques sur chacun des quarante-quatre enfants arrêtés. L’auteur retrace les itinéraires individuels de ces jeunes victimes et reconstitue les preuves documentaires de la responsabilité de la Gestapo de Lyon. L’ouvrage a joué un rôle clé dans la préparation du procès Barbie.

Mémoires de la Shoah : la colonie d’Izieu de Sabine Zlatin, Gallimard, 1992. Ce livre de mémoires livre le témoignage direct de la fondatrice de la colonie de l’Ain. Elle y raconte la création de ce refuge, la vie quotidienne des enfants et son combat d’après-guerre pour que ce lieu devienne un mémorial national. Ce document historique précieux éclaire la réalité du sauvetage juif sous l’Occupation.

Le procès de Klaus Barbie de Jean-Olivier Viout, Dauphiné Libéré, 2003. Cet ouvrage juridique et historique revient sur les audiences de l’année 1987 à Lyon. Un chapitre entier est consacré à l’examen de la rafle d’Izieu, qualifiée de crime contre l’humanité. L’auteur détaille la manière dont le télex de Barbie a permis de confondre définitivement le chef de la Gestapo.

Dictionnaire de la Shoah de Georges Bensoussan, Larousse, 2009. Ce dictionnaire historique contient une notice détaillée sur la colonie d’Izieu et sa destruction. L’article contextualise l’événement au sein de la Solution finale en France et met en évidence le rôle de l’Œuvre de secours aux enfants. Les aspects logistiques des déportations du printemps 1944 y sont expliqués.

Références internet

Le site officiel de la Maison d’Izieu propose des ressources documentaires complètes sur l’histoire de la colonie, des fiches biographiques sur les enfants et les éducateurs ainsi que des archives numérisées. Le portail détaille l’histoire du mémorial national et les missions pédagogiques menées auprès des scolaires. https://www.memorializieu.eu

Le Mémorial de la Shoah met à disposition des dossiers thématiques approfondis sur la déportation des enfants de France et le fonctionnement des réseaux de sauvetage. Le site présente des documents originaux du procès de Klaus Barbie liés à l’affaire d’Izieu. https://www.memorialdelashoah.org

Le Musée de la Résistance en ligne présente des notices historiques sur la répression dans la région de Lyon et la collaboration policière. Il contient des articles dédiés aux figures du sauvetage de l’Ain et de l’Isère durant la Seconde Guerre mondiale. https://www.museedelaresistanceenligne.org

L’encyclopédie de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah propose des synthèses historiques rédigées par des chercheurs sur la persécution des Juifs en zone sud. Elle offre un éclairage sur le rôle des organisations humanitaires comme l’Œuvre de secours aux enfants. https://www.fondationshoah.org

Le portail Mémoire des Hommes permet d’accéder aux bases de données officielles de l’État français recensant les déportés et les victimes des persécutions antisémites. Les registres permettent de vérifier l’état civil et le parcours concentrationnaire des adultes arrêtés à Izieu. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

Fiabilité A. Les faits décrits sont validés par des décisions de justice historiques ainsi que par la recherche scientifique du Mémorial national de la Maison d’Izieu et du Mémorial de la Shoah.

Sources consultées

Maison d’Izieu – Mémorial national, https://www.memorializieu.eu

Mémorial de la Shoah, https://www.memorialdelashoah.org

Musée de la Résistance en ligne, https://www.museedelaresistanceenligne.org

Fondation pour la Mémoire de la Shoah, https://www.fondationshoah.org

Mémoire des Hommes, https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

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