Au printemps 1943, les services de la Sipo-SD sous les ordres de Klaus BARBIE quittent l’Hôtel Terminus pour s’installer dans les vastes bâtiments de l’École de Santé Militaire situés au 14 avenue Berthelot.
Ce complexe devient le siège officiel de la Gestapo pour la région lyonnaise. Les sous-sols sont transformés en cellules de torture où des centaines de résistants sont interrogés de manière atroce.
Le site abrite les bureaux de toutes les sections de la police de sûreté allemande. Le 26 mai 1944, l’aviation alliée bombarde l’école pour tenter de détruire les archives de la Gestapo et paralyser ses activités, causant d’importants dégâts matériels et de nombreuses victimes civiles aux alentours, sans toutefois mettre fin aux activités de Klaus BARBIE qui se replie temporairement place Bellecour.
Circonstances
Le choix de l’École de Santé Militaire s’explique par l’ampleur prise par les services de Klaus BARBIE et la nécessité de disposer d’un lieu clos, facile à surveiller et permettant la détention sur place avant le transfert à la prison de Montluc.
Cette installation intervient au moment où la lutte contre les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) s’intensifie. Le contexte militaire de 1944, marqué par la préparation du débarquement en Normandie, pousse les Alliés à viser ce centre de commandement pour désorganiser la répression allemande à l’arrière du futur front.
Figures marquantes
Klaus BARBIE, SS-Hauptsturmführer, qui dirigeait personnellement les interrogatoires les plus violents.
Jean MOULIN, chef de la Résistance française, torturé dans ces locaux après son arrestation à Caluire le 21 juin 1943.
Raymond AUBRAC, dirigeant de l’Armée Secrète, interrogé à l’école avant d’être libéré lors de l’attaque du camion de la Gestapo par un commando dirigé par Lucie AUBRAC le 21 octobre 1943.
Marc BLOCH, historien et résistant, qui y subit des interrogatoires brutaux avant d’être fusillé.
Victimes
Jean MOULIN, décédé des suites de ses tortures. De nombreux membres des réseaux de résistance locaux et régionaux ont succombé lors des séances d’interrogatoire ou ont été marqués à vie par les sévices subis dans les sous-sols de l’avenue Berthelot. Le bombardement allié du 26 mai 1944 a également causé la mort de civils lyonnais vivant à proximité de l’objectif militaire.
Survivants
Raymond AUBRAC, évadé spectaculairement lors de son transfert. De nombreux résistants ont survécu à leurs interrogatoires dans ces locaux pour être ensuite déportés, comme ce fut le cas pour certains membres du réseau Témoignage Chrétien ou de l’Armée Secrète qui ont témoigné lors du procès de Klaus BARBIE en 1987.
Conséquences
Le siège de l’avenue Berthelot est devenu le symbole de la barbarie nazie à Lyon. Les informations extorquées par la torture dans ces murs ont conduit au démantèlement de pans entiers de la Résistance intérieure. Cependant, l’acharnement de la Gestapo a aussi renforcé la détermination des mouvements clandestins. Le bombardement de 1944, bien qu’imprécis, a démontré la vulnérabilité des centres de commandement allemands au cœur des villes françaises.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le bâtiment de l’ancienne École de Santé Militaire abrite aujourd’hui le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), inauguré en 1992. Une plaque commémorative rend hommage aux victimes de la Gestapo et mentionne spécifiquement le passage de Jean MOULIN.
Le musée lui-même, installé dans les anciens locaux de la Gestapo, constitue le principal lieu de mémoire et d’étude de cette période à Lyon.
Références bibliographiques
Lyon 1940-1944 par Gérard CHAUVY, éditions Perrin, 2004. Cet ouvrage offre une étude détaillée de l’organisation de la Sipo-SD à Lyon et décrit précisément l’aménagement de l’École de Santé Militaire en centre d’interrogatoire. Il s’appuie sur de nombreux documents de la justice militaire et des témoignages de survivants.
Ils partiront dans l’ivresse par Lucie AUBRAC, éditions du Seuil, 1984. Ce récit autobiographique décrit l’action de la Résistance lyonnaise et les efforts pour libérer les prisonniers détenus par la Gestapo, offrant un témoignage indirect mais puissant sur la terreur qui régnait autour du siège de l’avenue Berthelot.
Klaus Barbie par Ladislas de HOYOS, éditions Robert Laffont, 1984. L’auteur documente les activités quotidiennes de Barbie à l’école de santé, ses méthodes de torture et son rôle dans la déportation des enfants d’Izieu et des Juifs de Lyon, fournissant une chronologie précise de l’occupation du site.
La Gestapo par Jacques DELARUE, éditions Fayard, 1962. Ce classique de l’histoire de l’Occupation consacre des pages importantes à la “Boucherie de Lyon” et au rôle central de l’école de santé militaire dans le dispositif répressif allemand en zone sud.
Jean Moulin : l’inconnu du Panthéon par Daniel CORDIER, éditions Jean-Claude Lattès, 1989. L’ancien secrétaire de Jean Moulin retrace le parcours du chef de la Résistance, incluant les circonstances tragiques de son passage et de son martyre dans les locaux de la Gestapo à Lyon.
Références internet
Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation Site officiel du musée situé dans l’ancienne école de santé. Il présente l’histoire du bâtiment, de sa construction à sa transformation en centre de la Gestapo, puis en lieu de mémoire. https://www.chrd.lyon.fr/
Musée de la Résistance en ligne Propose des dossiers complets sur la répression à Lyon, les activités de Klaus Barbie et les raids aériens alliés sur les objectifs allemands en 1944. https://museedelaresistanceenligne.org/
Mémoire des Hommes Portail du Ministère des Armées permettant de retrouver les dossiers individuels des résistants arrêtés et interrogés par la Gestapo à Lyon. https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Fondation de la Résistance Offre des ressources pédagogiques et historiques sur les grands centres de répression en France occupée, avec des focus sur la zone sud. https://www.fondationresistance.org/
Archives de la Ville de Lyon Proposent des documents numérisés sur le bombardement du 26 mai 1944 et les dommages subis par le quartier de l’avenue Berthelot. https://www.archives-lyon.fr/
Sources consultées Maitron Résistance, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne, Mémoire des Hommes, CHRD Lyon, Service Historique de la Défense, Archives de Lyon, Wikipédia (recoupée).