Jacques DECOUR, né Daniel Decourdemanche, né le 21 février 1910 à Paris, France, mort le 30 mai 1942 à Suresnes, Hauts-de-Seine, France.
Daniel Decourdemanche naît dans une famille de la bourgeoisie parisienne. Brillant étudiant, il suit des études de lettres et de droit. Il est reçu à l’agrégation d’allemand en 1932, devenant à vingt-deux ans le plus jeune agrégé de France. Il enseigne successivement à Reims, Tours, puis au lycée Rollin à Paris. Écrivain et traducteur reconnu, il publie son premier roman, Le Sage et le Caporal, en 1930.
Son engagement est immédiat après la défaite de 1940. Mobilisé comme chauffeur, il regagne Paris après l’armistice et refuse de reprendre une vie civile normale sous l’Occupation. Il met ses compétences de germaniste et son réseau intellectuel au service de la lutte clandestine, devenant l’un des premiers théoriciens de la résistance intellectuelle.
Appartenance à un réseau ou mouvement
Il est une figure centrale de la Résistance communiste et intellectuelle. Il co-fonde le Comité national des écrivains (CNE) et participe activement aux instances de direction du Front national de lutte pour l’indépendance de la France.
Missions et actions
Il est le fondateur et le rédacteur en chef de deux publications clandestines majeures : L’Université libre, lancée en novembre 1940 avec Georges Politzer et Jacques Solomon, et Les Lettres françaises, dont il prépare le premier numéro avant son arrestation.
Son action vise à mobiliser les intellectuels contre l’idéologie nazie et à maintenir une pensée française libre. Il utilise sa parfaite connaissance de la culture allemande pour démonter les ressorts de la propagande occupante.
Arrestation / évasion / déportation
Il est arrêté le 17 février 1942 par la police française (Brigades spéciales) lors d’une vague de répression visant les intellectuels communistes. Livré aux autorités allemandes, il est incarcéré à la prison de la Santé où il est mis au secret.
Malgré les tortures, il ne livre aucune information sur ses réseaux. Il est condamné à mort et fusillé par les Allemands au fort du Mont-Valérien le 30 mai 1942.
Sa lettre d’adieu à ses parents et à sa fille est devenue l’un des textes les plus célèbres de la Résistance.
Samedi 30 mai 1942, 6 h 45 du matin.
Mes chers parents,
Vous attendez depuis longtemps une lettre de moi. Vous ne pensiez pas recevoir celle-ci. Moi aussi, j’espérais bien ne pas vous faire ce chagrin. Dites-vous bien que je suis resté jusqu’au bout digne de vous et de notre pays que j’aime.
Vous savez que je n’ai rien à me reprocher ; j’ai fait mon devoir de Français. Je n’ai pas d’autre haine que pour le système qui est la cause de ma mort, mais j’ai une grande confiance dans l’avenir de la France.
Je suis très calme. J’ai passé une excellente nuit. Je me suis réveillé à 5 heures et j’ai vu le jour se lever par la fenêtre de ma cellule. J’ai pensé à vous tous, à ma petite Brigitte que j’aime tant, à vous deux qui avez été si bons pour moi.
Je ne regrette rien de ce que j’ai fait, je n’en ai que les conséquences. Si c’était à recommencer, je ferais le même chemin. Je meurs avec le sourire, comme ceux qui m’ont précédé.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Dites à Brigitte que son papa a été courageux.
Adieu, je vous aime.
Daniel
Camarades de combat
Il a œuvré étroitement avec le philosophe Georges Politzer et le physicien Jacques Solomon, tous deux fusillés avec lui ou peu avant lui. Il était également en contact régulier avec Jean Paulhan et les premiers noyaux des Éditions de Minuit.
Sa mémoire a été immédiatement honorée : dès 1944, le lycée Rollin où il enseignait a été rebaptisé lycée Jacques-Decour en son hommage. Son œuvre littéraire, notamment ses notes clandestines, a été publiée après-guerre par ses camarades de combat.
Décorations
- Médaille de la Résistance française Décret du 31 mars 1947 JO du 13 juillet 1947
- Citation à l’ordre de la Nation Décret du 3 juin 1949 (Source Wikipédia, décrets non retrouvés)
- Mention « Mort pour la France » attribuée le 24 septembre 1945
Lieux de mémoire
Le lycée Jacques-Decour à Paris, France, porte son nom. Une plaque commémorative honore sa mémoire au fort du Mont-Valérien, Suresnes, France. Son nom est gravé au Panthéon, Paris, France, sur la liste des écrivains morts pour la France.
Références bibliographiques
Comme je vous en donne l’exemple. Recueil de textes et lettres de Jacques Decour publié après sa mort par Louis Aragon, constituant un témoignage essentiel sur son éthique résistante.
Jacques Decour. L’oublié des Lettres françaises. Biographie de Pierre Favre publiée en 2002 qui retrace minutieusement le parcours intellectuel et militant de Daniel Decourdemanche.
Pages choisies de Jacques Decour. Préfacé par Jean Paulhan et publié clandestinement en 1944, cet ouvrage rassemble ses écrits de combat les plus marquants.
Références internet
Le Maitron. Notice biographique complète rédigée par l’historienne Nicole Racine, détaillant ses activités syndicales et politiques. https://maitron.fr
Chemins de mémoire. Site institutionnel du ministère des Armées proposant une biographie axée sur son exécution au Mont-Valérien. https://www.cheminsdememoire.gouv.fr
Musée de la Résistance en ligne. Présentation de documents d’archives et de photographies de Daniel Decourdemanche. https://museedelaresistanceenligne.org
Dossier d’homologation consulté
Cote SHD GR 16 P 166708 (sous le nom de Daniel Decourdemanche).
Observations
Bien que mondialement connu sous le nom de Jacques Decour, les actes officiels et les dossiers militaires sont enregistrés sous son identité civile de Daniel Decourdemanche. Son exécution est l’une de celles qui ont le plus frappé les milieux intellectuels parisiens sous l’Occupation.
Sources consultées le 26 mars 2026
- Base de données Mémoire des Hommes : Fiche des fusillés du Mont-Valérien et dossier RIF.
- Le Maitron : Notice “Jacques Decour”.
- Journal Officiel de la République française : Consultation des décrets de 1947 et 1949.
- Site officiel du lycée Jacques-Decour : Historique de l’établissement.