Opération « Buick » au col des Saisies (1er août 1944, Savoie) – parachutage “DZ Ébonite” et insertion de la mission interalliée Union II
Le mardi 1er août 1944, dans l’après-midi, le col des Saisies (commune de Hauteluce, Savoie) devient la « DZ Ébonite » d’une opération alliée d’ampleur, codée « Buick » au niveau interrégional.
Sous la conduite des Forces françaises de l’intérieur du secteur III de Savoie, le dispositif du capitaine Jean Bulle reçoit un parachutage massif d’armes, de munitions, d’équipements et de vivres destiné au maquis du Beaufortain et de la Tarentaise, ainsi que l’insertion par air de la mission interalliée « Union II ».
Les sources concordent pour situer l’arrivée des bombardiers lourds B-17 de l’USAAF dans l’intervalle 14 h-15 h, protégés par des chasseurs, tandis que les équipes FFI balisent et sécurisent le plateau, rassemblant plus de 400 hommes et une cinquantaine de charrettes pour la récupération des conteneurs.
Les chiffres précis du tonnage et du nombre d’appareils/containers divergent selon les institutions :
le Service historique de la Défense retient 76 B-17 et 899 conteneurs, quand des collections savoyardes et des notices locales mentionnent 78 B-17 et 864 conteneurs ; ces écarts sont signalés comme tels.
Outre le matériel, sept parachutistes de l’OSS composent la mission « Union II » (dont six Marines), commandée sur le terrain par le major Peter J. Ortiz ; l’un d’eux, Charles R. Perry, est tué à l’atterrissage après la non-ouverture de son parachute.
L’opération se déroule sans intervention ennemie sur la DZ et s’achève le jour même par la dispersion et l’acheminement rapides des armes vers les unités FFI, conformément au plan préparé par les responsables SAP et BCRA en lien avec le commandement allié.
Circonstances
Le parachutage du 1er août s’inscrit dans la séquence d’intensification des appuis alliés aux maquis français après le Débarquement de Normandie et à la veille de l’opération Dragoon en Provence.
En Savoie, le secteur du capitaine Jean Bulle vise à armer et structurer des effectifs croissants afin de verrouiller les axes de la Tarentaise et de menacer les communications allemandes vers Chambéry et Grenoble.
À l’échelle interalliée, « Buick » prolonge le succès de l’opération « Cadillac » du 14 juillet 1944 et associe moyens aériens lourds de la 8th Air Force, expertise des services spéciaux (SOE, BCRA, OSS) et réseaux locaux de réception.
Le choix des Saisies répond à des critères de grande surface plane, de contrôle FFI en altitude, et de relative vacuité allemande permettant un largage diurne et massif.
La mission « Union II » parachutée sur la DZ « Ébonite » a pour mandat d’encadrer l’armement reçu, de former et conseiller les unités FFI et d’assurer la liaison opérationnelle avec Londres/Alger.
Acteurs et figures marquantes
Jean Bulle, capitaine, chef militaire FFI du secteur III de Savoie (Albertville), conçoit et dirige la préparation locale du parachutage, avec l’appui des responsables SAP et des cadres FFI, et conduit la distribution accélérée des armes à ses compagnies.
Peter J. Ortiz, major USMC de l’OSS, commande la mission « Union II » parachutée aux Saisies et assure la coordination interalliée et l’instruction des unités ; il sera capturé le 16 août 1944 et libéré en 1945.
La documentation iconographique du SHD atteste la présence conjointe d’Ortiz, de Bulle et de l’agent « Lévy » (BCRA/mission Union) dans les jours suivant l’opération.
Plusieurs sous-officiers US Marines et un officier de l’US Army Air Forces composent l’équipe Union II ; un des parachutistes, Charles R. Perry, meurt lors du saut.
Du côté français, les cadres FFI savoyards, notamment Joseph Gaudin, participent au dispositif de sécurisation et de redistribution.
Victimes
Charles R. Perry, parachutiste OSS (US Marine Corps), est tué le 1er août 1944 au cours de l’insertion Union II, son parachute ne s’étant pas ouvert. Il reçoit les honneurs militaires sur la zone.
Aucun décès civil ou FFI local n’est relevé sur la DZ durant l’opération elle-même dans les sources consultées ; les pertes ultérieures relèvent des combats de la Libération en Savoie durant le mois d’août.
Survivants
Peter J. Ortiz poursuit la mission d’encadrement quelques jours après le 1er août avant d’être capturé le 16 août ; il sera libéré à la fin de la guerre et son parcours est abondamment documenté par les sources alliées et muséales.
Les cadres FFI savoyards, dotés des armes parachutées, s’engagent dans les opérations d’interdiction des axes et dans les combats de libération locaux des semaines suivantes, plusieurs d’entre eux étant ensuite reconnus et décorés à titre individuel.
Conséquences
Sur le plan militaire, le parachutage des Saisies, l’un des plus importants en France par le volume de matériels, transforme immédiatement la capacité offensive des FFI du Beaufortain-Tarentaise : armement moderne, munitions en quantité, transmissions et dotations sanitaires.
Il permet des actions coordonnées de coupures de routes, de ponts, de voies ferrées et téléphoniques, et favorise l’engagement des unités dans les combats de la Libération d’août.
À l’échelle stratégique, « Buick » s’inscrit dans une série d’appuis massifs destinés à fixer et désorganiser les forces d’occupation au moment où se prépare l’invasion de Provence.
Sur le plan mémoriel et symbolique, l’opération consacre la coopération interalliée (SOE-BCRA-OSS) et marque durablement la mémoire savoyarde comme « grand parachutage » des Saisies.
Mémoire et lieux commémoratifs
Le col des Saisies porte un monument commémoratif rappelant le parachutage du 1er août 1944 ;
la commune de Hauteluce, l’ONACVG et les associations locales organisent des cérémonies annuelles, expositions et reconstitutions.
L’association « Le Grand Parachutage » anime depuis plusieurs années un programme mémoriel et pédagogique consacré à l’opération, au bataillon Bulle et à la mission Union II.
Des événements commémoratifs réguliers, dont les 80e et 81e anniversaires, attestent la continuité de la transmission mémorielle.
Divergences et appellations
Les sources publiques convergent pour désigner l’ensemble interrégional du 1er août 1944 par le nom d’« opération Buick », incluant plusieurs terrains en France, et la DZ des Saisies par le code « Ébonite ».
Les chiffres de moyens engagés sur la DZ varient : 76 B-17 et 899 conteneurs (Service historique de la Défense) contre 78 B-17 et 864 conteneurs (collections savoyardes et notices locales). Les horaires publiés oscillent entre 14 h et 15 h.
Ces écarts sont explicitement signalés faute d’un chiffre unique documenté par une source primaire incontestable accessible en ligne.
Références bibliographiques
- Capitaine Jean Bulle (1913-1944), Jean d’Arbaumont, AERI/Fondation de la Résistance – extrait PDF (Numilog), s. d. Ouvrage consacré au parcours de Jean Bulle, avec mise au point sur son rôle de chef FFI du secteur d’Albertville et sur la préparation/réalisation du parachutage des Saisies.
- La Résistance française, Olivier Wieviorka, Belknap/Harvard University Press, 2016. Synthèse de référence situant les grandes opérations de parachutages alliés de l’été 1944 et le rôle des missions interalliées dans la montée en puissance des FFI.
- Hidden Ally: The French Resistance and the U.S. Army, 1944–1945, Arthur L. Funk, University Press of Kansas, 1992. Analyse détaillée des interactions OSS/US Army avec la Résistance, utile pour replacer Union II et l’appui aérien américain dans le dispositif d’août 1944.
- The American Spy Who Surrendered to the Nazis to Save Civilians Katie Sanders & Nick Reynolds, « », Smithsonian Magazine, 2023. Article biographique récent sur Peter J. Ortiz, éclairant son rôle en France en 1944 et son statut au sein de l’OSS.
Références internet
- Service historique de la Défense, « Juillet-août 1944 » (exposition en ligne) – contexte général de « Buick », chiffres publiés pour la DZ Ébonite (76 B-17, 899 conteneurs) et iconographie attestant la présence d’Ortiz, Bulle et « Lévy ». https://expositions-servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/expositions/exiles-resistance-resistance-exil/juillet-aout-1944 expositions-servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
- Le parachutage des Saisies le 1er août 1944 Musée savoisien (collections en ligne), «» – notice illustrée rappelant l’ampleur du largage, chiffres alternatifs (78 B-17, 864 conteneurs) et rôle pédagogique des parachutistes OSS. Lien — https://museesavoisien-collections.savoie.fr/document/le-parachutage-des-saisies-le-1er-aout-1944/6405c09a19bd7f7c1f244ca6 museesavoisien-collections.savoie.fr
- Office de tourisme des Saisies, « Monument commémorant le parachutage de 1944 » – présentation du site mémoriel et rappel du cadre historique local de l’opération. https://www.lessaisies.com/offres/monument-commemorant-le-parachutage-de-1944-les-saisies-fr-4070160/ Bienvenue ! Les Saisies
- Association « Le Grand Parachutage », page de présentation – mission de valorisation, rappel chiffré du 1er août 1944 (76 B-17, 899 conteneurs, 7 parachutistes de l’OSS dont 6 Marines). https://www.legrandparachutage.fr/fr/lassociation-le-grand-parachutage LE GRAND PARACHUTAGE
- US War Memorials, « Monument Details – Les Saisies » – notice anglophone avec récit synthétique du parachutage et du passage des B-17 ; utile pour croiser les chiffres d’aéronefs. https://www.uswarmemorials.org/html/monument_details.php?MemID=3386&SiteID=928 uswarmemorials.org
- Database Mémoire (Rhône/US), « PERRY Charles R. – US Marine Corps » – fiche mémorielle confirmant le décès lors d’« Buick » le 1er août 1944. https://www.database-memoire.eu/prive/fr/5943-perry-charles-r-us-marine-corps-us-fr Mémoire & Database
- Maitron (Dictionnaire biographique), « BULLE Jean-Marie » – biographie résistante, éléments de contexte savoyard été 1944. https://maitron.fr/bulle-jean-marie/ Maitron
- Ordre de la Libération, « Pierre Fourcaud » – repères biographiques sur l’un des responsables BCRA associés aux missions Union ; utile pour l’arrière-plan des liaisons interalliées. https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/pierre-fourcaud Musée de l’Ordre de la Libération
- Europe & Africa (U.S. Army), vidéos « Those Who Knew No Fear – 81st Anniversary of Union II » et « Union II B-Roll – Les Saisies » – rappels historiques (six Marines, un officier USAAF et un combattant français) et cérémonies 2025 ; https://www.europeafrica.army.mil/VideoPlayer/?videoid=972862 europeafrica.army.mil+1
- Musée de la Résistance en ligne (AERI), « La 1re compagnie du 1er bataillon de l’AS de Savoie » – effet opérationnel du parachutage du 1er août (coupures d’axes, communications). https://museedelaresistanceenligne.org/media4061-La-1re-compagnie-du-1er-bataillon-de-lArme-secrte-AS-de-Savoie museedelaresistanceenligne.org
Avertissements et homonymies Dans la documentation imprimée et en ligne, « Opération Buick » désigne l’ensemble des parachutages massifs du 1er août 1944 sur plusieurs terrains français, tandis que « Ébonite » est le code de la DZ des Saisies.
Plusieurs publications non spécialisées emploient « opération Ébonite » comme intitulé d’événement ; la présente fiche retient « Opération Buick (DZ Ébonite – Saisies) » conformément aux usages archivistiques repérés.
Les divergences chiffrées (76/78 B-17 ; 899/864 conteneurs ; 14 h/15 h) sont conservées telles qu’attestées par les sources muséales et archivistiques citées et ne doivent pas être harmonisées sans preuve primaire supplémentaire.