La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Perpignan, située dans la zone libre jusqu’en novembre 1942, devient rapidement un foyer actif de la Résistance. Les réseaux FTPF, AGE, Armée secrète (AS) et Front National (FN) structurent une résistance organisée tant en ville que dans les massifs environnants

Plusieurs maquis s’installent dans les massifs proches et les villages isolés, organisés notamment autour de Céret et du Vallespir.

En août 1944, une insurrection locale facilitée par ces réseaux entraîne la libération de Perpignan, marquée notamment par l’action du Comité départemental de libération et la formation de bataillons FFI comme celui du Roussillon

Acteurs marquants

  • Gilbert Brutus, figure du rugby catalan et homme politique, s’engage dès septembre 1940 dans la Résistance. Il organise des filières d’évasion vers l’Espagne, est arrêté puis torturé par la Gestapo, où il meurt en 1944
  • Joselette Torrent, encore enfant, devient agent de liaison à Perpignan dès 1942, supplantant temporairement son père. Après-guerre, elle travaille aux archives préfectorales et publie en 2023 un livre témoignage J’avais 12 ans et j’étais résistante
  • Félix Mercader, militant SFIO, s’oppose à Vichy dès 1940, échappe plusieurs fois aux poursuites, devient maire de Perpignan en août 1944, est confirmé après la Libération et contribue à l’urbanisme local. Le boulevard des Albères porte aujourd’hui son nom
  • Henri Abbadie, conseiller municipal de Perpignan, organise une manifestation unitaire des mouvements de Résistance, est arrêté, interné à Gurs et y meurt peu après

Événements marquants

  • Sabotages ferroviaires répétés, notamment de la voie Perpignan–Rivesaltes en janvier et février 1944

  • Assassinat d’Henri Treyeran, (Perpignan, 2/3 février 1944)chef-adjoint local de la Milice, par la Résistance le 2 février 1944

Dans les premiers jours de février 1944, à Perpignan, un responsable départemental de la Milice, Henri Treyeran, est exécuté par des résistants en pleine ville. Les sources convergent pour situer l’action au cœur de Perpignan ; l’une d’elles précise qu’il tenait un bureau de tabac place Arago et qu’il a été abattu sur place par un membre des Groupes francs de Libération envoyé par Louis Torcatis.

La datation exacte diffère selon les auteurs : certaines notices donnent le 2 février 1944, d’autres le 3 février 1944. L’opération est brève et ciblée ; elle n’est pas attribuée nommément dans les synthèses nationales, mais elle est rattachée aux actions des Groupes francs locaux. Le bilan immédiat est la mort d’Henri Treyeran ; aucune autre victime n’est mentionnée dans les sources croisées.

L’exécution intervient dans un contexte d’intensification des sabotages et actions clandestines à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales durant l’hiver 1943-1944, alors que la Milice participe activement à la traque des réseaux locaux.

Les semaines entourant l’attentat sont marquées par des sabotages ferroviaires sur l’axe Perpignan–Rivesaltes, des arrestations visant des passeurs et responsables de mouvements, et une montée des violences réciproques entre forces de répression (police allemande, Sipo-SD, Milice) et résistants.

Ces éléments de contexte sont documentés par des synthèses locales et des notices du Maitron sur les acteurs roussillonnais.

Acteurs et figures marquantes

Henri Treyeran est identifié comme chef-adjoint (ou « chef départemental adjoint ») de la Milice des Pyrénées-Orientales. Une étude régionale précise qu’il était buraliste, place Arago, information absente des bases nationales mais corroborée par l’analyse historique locale.

Du côté résistant, l’attribution précise des tireurs n’est pas donnée par les bases nationales consultées ; une étude régionale attribue l’opération à un membre des Groupes francs de Libération, dépêché par Louis Torcatis, figure de la Résistance perpignanaise.

La seule victime identifiée par les sources est Henri Treyeran, responsable milicien, tué à Perpignan à la date du 2 ou 3 février 1944 selon les auteurs. Aucune autre victime connexe (passant, accompagnant) n’est signalée dans les fiches et articles retenus.

Conséquences

À court terme, l’assassinat d’un cadre milicien à Perpignan s’inscrit dans une série d’actions destinées à désorganiser l’appareil local de répression et à dissuader la collaboration active.

Cet épisode participe du climat d’escalade qui prélude, au printemps et à l’été 1944, à une répression accrue contre les réseaux et maquis de la région (arrestations, tortures, attaques contre maquis), culminant en particulier dans le département avec l’attaque allemande contre Valmanya et l’assassinat de Julien Panchot en août 1944.

Mémoire et lieux commémoratifs

Aucune plaque ou stèle spécifiquement consacrée à l’assassinat d’Henri Treyeran n’est mentionnée dans les bases mémorielles nationales et les synthèses locales consultées.

La place Arago demeure toutefois un lieu repère pour comprendre la topographie des violences politiques à Perpignan sous l’Occupation. Les commémorations locales du 80e anniversaire de la Libération de Perpignan mettent davantage l’accent sur la chronologie d’août 1944 et sur des figures résistantes locales.

Divergences et précisions terminologiques

La date de l’exécution diffère selon les sources : 2 février 1944 pour les synthèses de chronologie locale et pour une notice dédiée ; 3 février 1944 pour une étude régionale qui fournit des détails précis (profession et lieu, auteur rattaché aux Groupes francs).

L’appellation d’Henri Treyeran varie légèrement entre « chef-adjoint de la Milice » et « chef départemental adjoint » ; ces formulations sont considérées comme équivalentes dans les structures miliciennes départementales. Je signale ces écarts sans trancher au-delà des textes publiés.

  • Arrestations et déportations de figures marquantes : Gilbert Brutus, Michel Carola (déporté à Buchenwald, mort en 1945) et Georges Brousse (déporté à Auschwitz, mort en avril 1945)

Conséquences

La coordination des mouvements locaux mène à la formation du Comité départemental de libération (CDL). Le pouvoir résistant pèse politiquement dans la gestion de la Libération. La libération intervient en 19/20 août 1944 .

Mémoire

  • Le Mémorial de la Résistance à Prades rend hommage aux maquis locaux et résistants
  • Plusieurs lieux publics perpétuent le souvenir : boulevard Félix Mercader à Perpignan, stade Gilbert Brutus, plaques et stèles commémoratives pour les FFI tombés sur la voie, notamment à Salses et environs

Références bibliographiques

  • Quelques aspects de la Résistance dans les Pyrénées-Orientales Georges Sentis, Comité d’histoire de la Résistance catalane / (rééd. numérique), 1995. Courtes études issues du Comité d’histoire de la Résistance catalane : réseaux, actions et acteurs locaux (Perpignan, Conflent, Aspres, Vallespir) de 1940 à 1944. L’ouvrage éclaire l’organisation des mouvements, les liens avec l’Espagne voisine et plusieurs épisodes départementaux (maquis, sabotages, répression). Utile pour repérer des noms, des lieux et une chronologie locale.  
  • Les Communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales (1939-1947), 3 vol.
    Georges Sentis, Éditions Marxisme/Régions (avec le Comité d’histoire de la Résistance catalane), 1983-1994.
    Ensemble de trois tomes centrés sur l’engagement communiste (Front national, FTPF, syndicats) dans le département, de la Retirada à l’épuration. Riche en biographies, cartes et pièces d’archives, il documente l’implantation à Perpignan et dans les bassins miniers, les maquis (ex. Canigou/Valmanya) et les combats de la Libération. Référence de base pour la PO.  
  • Vichy, l’Occupation nazie et la Résistance catalane. Catalunya Nord, 1939-1944. Tome I : Chronologie des années noires Jean Larrieu, C.R.E.C. – Terra Nostra (Prades), 1994. Chronologie fine des événements dans les Pyrénées-Orientales : occupation italienne puis allemande, organisation résistante en R3, répression, libération des communes. Très utile pour croiser dates locales (Perpignan, Prades, vallée de la Lentilla) et actions des maquis.
  • Vichy, l’Occupation nazie et la Résistance catalane. Tome II-A : Iconographie (documents, photos, presse…) Jean Larrieu & Ramon Gual, Terra Nostra (Prades), 1996. Album documentaire complétant la chronologie : photographies, fac-similés de presse locale et tracts couvrant Perpignan et les cantons. Source iconographique précieuse pour illustrer la présence allemande, les destructions et les cérémonies de Libération.
  • Le Canigou dans la Seconde Guerre mondiale, 1939-1944 (chapitre dans Le Canigou, 1896-1996. Un siècle d’aménagements. Actes du colloque de Perpignan, 15 nov. 1996) Jean Larrieu, in Presses / publications liées au colloque, 1996. Focalisé sur le massif du Canigou comme espace de maquis et de passages, avec un zoom sur Valmanya-La Pinosa et le maquis « Henri-Barbusse ». Met en contexte la géographie des opérations et des représailles dans les Aspres et le Conflent.
  • Le camp de Rivesaltes 1941-1942. Du centre d’hébergement au “Drancy de la zone libre”Anne Boitel, Presses universitaires de Perpignan (PUPVD) / Mare Nostrum, 2001. Monographie de référence sur le camp Joffre (Rivesaltes), à 10 min de Perpignan : populations internées (Espagnols, Juifs, “nomades”), fonctionnement administratif, convois vers Drancy/Auschwitz et acteurs de l’assistance. Indispensable pour saisir l’environnement répressif local et ses liens avec la Résistance.
  • Perpignan occupée, résistante, libérée ! (1942-1944) Ouvrage collectif, Ville de Perpignan, collection « Perpignan Archives Histoire », 2025. Recueil des communications données lors des Journées d’évocation historique 2022-2024, enrichi d’une iconographie municipale. Aborde la chronologie locale de l’Occupation à la Libération (19-20 août 1944), acteurs et lieux de mémoire à Perpignan. Actualise la synthèse pour le 80e anniversaire.

  • Références internet

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