La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

Le site est officiellement désigné comme le Mémorial de la France combattante. Dans l’usage courant et historique, il est simplement nommé le Mont-Valérien. Durant l’Occupation, les autorités allemandes le désignaient comme le Kommandantur von Gross-Paris, servant de lieu d’exécution principal pour le territoire français occupé.

Le Mont-Valérien se situe sur le territoire de la commune de Suresnes, dans le département des Hauts-de-Seine, en banlieue ouest de Paris. Il culmine à 162 mètres d’altitude.

Il s’agit d’une forteresse militaire du XIXe siècle, intégrée au système de défense de la capitale. Son statut actuel est celui d’un Haut Lieu de la mémoire nationale, propriété de l’État et géré par l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG). Il n’existe aucune homonymie majeure pour ce site spécifique dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.

Le mémorial s’adosse au rempart sud de la forteresse. Il se présente sous la forme d’un mur monumental en grès rose des Vosges, long de 150 mètres. Au centre, une croix de Lorraine géante de 12 mètres de haut domine une esplanade où brûle la flamme de la Résistance. Seize bas-reliefs en bronze, disposés de part et d’autre de la croix, symbolisent les différentes formes de combat (terrestre, naval, aérien, résistance intérieure, déportation).

L’architecte Félix Brunau a conçu l’ensemble, tandis que les bas-reliefs sont l’œuvre de seize sculpteurs différents, dont Henri Lagriffoul et Raymond Corbin.

Le site comprend également la clairière des fusillés, située en contrebas à l’intérieur de l’enceinte, et la chapelle dont les murs conservent les graffitis des condamnés.

Le texte commémoratif principal, gravé sous la flamme, est l’Appel du 18 juin 1940.

Les environs immédiats sont constitués par le cimetière américain de Suresnes et le parc départemental du Mont-Valérien, offrant un contraste de silence et de recueillement.

Contexte historique local

Dès 1941, le Mont-Valérien devient le principal lieu d’exécution des condamnés à mort par les tribunaux militaires allemands et des otages en zone occupée. La répression s’exerce ici contre les premiers réseaux de résistance parisiens, les communistes, les gaullistes et les étrangers des FTP-MOI.

Le site est choisi par l’occupant pour son isolement relatif au sein d’une enceinte militaire, permettant de procéder aux exécutions loin des regards de la population civile, tout en restant à proximité immédiate des centres de détention parisiens comme les prisons de Fresnes, de la Santé et du Cherche-Midi.

Entre 1941 et 1944, plus de 1 000 hommes sont fusillés dans la clairière du Mont-Valérien.

Le processus est strictement codifié : les condamnés arrivent par camions, sont conduits dans la chapelle pour un ultime recueillement ou une lettre, puis menés à pied vers la clairière.

Parmi les personnalités marquantes internées puis exécutées figurent Honoré d’Estienne d’Orves, exécuté le 29 août 1941, Gabriel Péri, fusillé le 15 décembre 1941, ainsi que les membres du groupe Manouchian, fusillés le 21 février 1944.

Aucun prisonnier ne s’est évadé du site durant cette période, la forteresse étant sous contrôle total de la Wehrmacht. Le rôle stratégique du lieu résidait dans sa fonction de centre d’élimination administrative et politique visant à décapiter les réseaux de résistance de la région capitale.

Mémoire et commémoration

Le mémorial actuel a été inauguré le 18 juin 1960 par le Général de Gaulle.

La volonté présidentielle était de rassembler en un lieu unique les mémoires de la France combattante. La crypte abrite les corps de seize combattants (hommes et femmes, militaires et résistants, originaires de France et des colonies) représentant la diversité des sacrifices.

Un dix-septième caveau attend le dernier Compagnon de la Libération, Hubert Germain, dont l’inhumation en 2021 a marqué une étape mémorielle majeure.

Chaque 18 juin, une cérémonie nationale s’y déroule en présence du Président de la République. La mémoire a évolué d’une vision purement héroïque et militaire vers une reconnaissance plus large des victimes, incluant les otages fusillés et la mémoire de la Shoah.

Références bibliographiques

Le Mont-Valérien, résistance, répression et mémoire Sous la direction de l’ONACVG, Éditions Privat, 2009 Ouvrage de référence détaillant l’histoire du site, les processus de répression allemande et l’édification du mémorial gaulliste. Pages 45 à 112 sur les fusillés.

Les fusillés du Mont-Valérien Jean-Baptiste Romain, Éditions de l’ONAC, 1994 Étude biographique et statistique exhaustive sur les condamnés, précisant les appartenances politiques et les réseaux. L’intégralité de l’ouvrage concerne le sujet.

La France combattante Guy Perrier, Le Cherche Midi, 2010 Analyse du symbole du Mont-Valérien dans la construction du mythe résistant d’après-guerre. Pages 150-175.

Références internet Mont-Valérien – Haut lieu de la mémoire nationale Mont-valerien.fr Site officiel proposant des fiches biographiques, une visite virtuelle et l’accès aux bases de données des fusillés. https://www.mont-valerien.fr/

Le Mont-Valérien, lieu d’exécution Musée de la Résistance en ligne Plateforme pédagogique offrant des documents d’archives et des fac-similés de lettres de fusillés. http://www.museedelaresistanceenligne.org/

Sources consultées Bases de données des fusillés du Mont-Valérien (Ministère des Armées, “Mémoire des Hommes”). Fonds de l’Ordre de la Libération. Archives de l’ONACVG (Direction des Hauts Lieux de Mémoire). Consultation effectuée le 22 février 2026.

Analyse critique des sources L’analyse des sources révèle une divergence historique durable concernant le nombre exact de fusillés. Les premières estimations d’après-guerre faisaient état de 4 500 victimes, chiffre souvent repris dans les discours mémoriels jusque dans les années 1980. Toutefois, les travaux historiques récents, basés sur le croisement des registres de la morgue, des archives allemandes et du travail de l’historien Jean-Pierre Besse, ont ramené ce chiffre à environ 1 014 fusillés identifiés. Cet écart s’explique par une confusion initiale entre les condamnés exécutés sur place et les corps de résistants fusillés ailleurs mais transportés au Mont-Valérien. Il est essentiel de distinguer la mémoire gaullienne du site, centrée sur l’unité de la France combattante, de la réalité historique de la diversité des parcours (communistes, étrangers, otages) qui fut longtemps moins mise en avant.

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