Les Faits d'Armes, Ecrits, Récits

Les Faits d'Armes, Ecrits, Récits

Libération de Roger TARDIVEL Résident à Marseille
13-01-2016

par Renée LOPEZ-THERY

 

Roger TARDIVEL, né le 21.12.1921,  arrêté le 20 août 1940 pour fait de résistance il voit sa condamnation à mort commuée à dix ans de travaux forcés. Emprisonné dans la forteresse de Ludwigburg , il est déplacé à Dachau puis à Zwickau en février 1945 d’où il s’évade.

Les Allemands avaient besoin de main d’œuvre à l’est et déplacèrent des prisonniers.  « Le 29 décembre 1944, je suis sélectionné avec une centaine d’anciens condamnés à mort pour un départ vers l’est, c'est-à-dire en direction des camps d’extermination dont nous connaissions l’existence par ouï dire. A la gare de Stuttgart, nous sommes entassés dans des wagons à bestiaux pour un voyage de plusieurs jours. Nous débarquons à DACHAU : l’horreur ! Mis en quarantaine à l’extérieur, nous côtoyons les ‘rayés gris et bleus’.

Après 15 jours à trois semaines, nouvel embarquement avec des déportés de Dachau, direction Leipzig pour atterrir en février 1945dans une forteresse à ZWICKAU(Haute Saxe, à la frontière de la Tchéquie).On doit travailler de nuit sur un étau pour la finition des hélices de sous marins. Il fait très froid et on meurt de faim .Un jour lors du quart d’heure de promenade je repère l’entrée d’une cave où on livre des pommes de terre. On est surveillé par un Allemand âgé. Un prisonnier allemand a fabriqué une clé et avec un ami de Toulon nous avons ouvert la porte. Un ingénieur tchèque a réussi à faire bouillir de l’eau et nous avons mangé à notre faim ! Mais le vol a été découvert, ce qui nous a valu trois jours de cellule et un changement d’activité : il  a fallu déblayer des gravats pour dégager des machines enfouies à la suite des bombardements. Puis on m’a remis sur une machine que j’ai enrayée dès que l’occasion s’est présentée. J’ai reçu une raclée et on m’a mis au ramassage des copeaux de l’usine. Toute la journée, je me baladais avec ma brouette que j’allais vider dehors, ce qui m’a permis de sortir et de repérer un mur d’enceinte pas très haut ».

 

L’évasion

« On annonce un nouveau transport. Depuis ma captivité, je connais l’allemand et je fais office d’interprète. Sur le registre, mon nom est souligné en rouge ! Je décide de m’évader le lendemain. J’avais repéré le placard d’un civil allemand qui avait à peu prés ma taille et qui laissait ses vêtements pour revêtir sa tenue d’usine. J’ai défoncé la porte et placé les habits dans la brouette sous les copeaux. En sortant, je me suis habillé et, malgré mon état de faiblesse, j’ai trouvé la force incroyable de franchir le mur».

C’était le 10 avril 1945.Enfin la chance ne quitte plus le prisonnier évadé. Un travailleur français lui indique la route et la direction à prendre pour aller à la rencontre des Américains. Puis, c’est un «Malgré nous » qui le récupère dans un état d’épuisement total et le conduit à TREUEN où se trouvent des prisonniers français qui le cachent pendant huit jours dans le grenier d’une Allemande qui lui a donné un peu de nourriture. Il réussit à avoir des papiers officiels, ce qui lui permet d’avoir une gamelle de nourriture tous les jours. Mais les bombardements déferlent sur la petite ville. Avec un  compagnon qui parle anglais, il franchit les lignes ennemies pour rencontrer les Américains : « arrêtez de canarder la ville, il n’y a plus que des Belges, des Italiens, des Français ! » Enfin c’est le retour à TREUEN sur la première jeep américaine, récompense de toutes les horreurs subies !

 

Le retour

« Ce ne fut pas facile. Les Américains cédèrent la zone aux Soviétiques et il fallut attendre trois semaines pour être envoyés à Eisenach. On était environ 30 000.  On a été logés dans une ancienne caserne de SS ».  Regroupés dans un centre de rapatriement  près de Munich, les rescapés rentrent en France dans des wagons à bestiaux et arrivent à la gare de l’Est pour être transférés par camions militaires à l’hôtel LUTETIA .Mais l’accueil déçoit le jeune homme « On a eu une visite médicale, un colis de la Croix Rouge, un ‘costume Pétain’ (un costume de mauvaise qualité qui a rétréci à la première averse), et un peu d’argent. Cela faisait tellement longtemps que je n’en avais plus eu que je me suis endormi en tenant les billets. Le lendemain, on m’a déposé sur le trottoir de la gare du Nord et puis au revoir et bonsoir J’avais envoyé un télégramme à ma famille mais il n’y avait personne à Paris. Je suis allé voir une cousine qui habitait dans le coin. Elle m’a accompagné au train. Ma sœur m’attendait à la gare de Beaumont. Je suis rentré chez moi. Voilà… mais j’ai quand même eu de la chance car je n’aurais pas pu résister cinq ans à Dachau »

C’était la fin du mois de mai 1945, Roger TARDIVEL n’avait pas encore 24 ans. Tout était à reconstruire. Ce ne fut pas facile et il fallut beaucoup de temps, de compréhension et de patience pour ceux qui ont su l’entourer.                 

Extrait du bulletin n° 19 (Renée LOPEZ-THERY) 

Roger Tardivel



Accéder aux archives