La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre...

L’affaire du puits de Fons (Fons, Ardèche, été 1944 – 1959)

L’affaire dite du puits de Fons renvoie à une série d’exécutions commises durant l’été 1944 en Ardèche, au moment de l’insurrection menée par les maquis.

Plusieurs corps furent alors dissimulés dans un ancien puits de mine situé à Fons, près d’Aubenas. Entre juin et septembre 1944, les formations FFI du secteur « D » de l’Armée secrète, rejointes en partie par les FTPF, affrontèrent des colonnes allemandes en mouvement et procédèrent à des arrestations.

Dans ce contexte, une cour martiale d’exception siégea successivement à Rochemure puis à Joannas, prononçant des condamnations pour faits de collaboration ou de pillage.

Après la Libération, la rumeur d’un charnier à Fons alimenta une campagne de presse à partir de décembre 1950. Elle entraîna la réouverture d’une enquête judiciaire en 1951, avec plus de soixante-dix auditions, mais l’instruction se conclut par un non-lieu prononcé le 18 juin 1955 par le tribunal militaire de Lyon.

À la demande du Service d’entretien des sépultures allemandes en France, le puits fut finalement ouvert du 28 septembre au 6 octobre 1959. Trente-quatre corps, appartenant à la fois à des Français et à des Allemands selon les objets retrouvés, furent exhumés puis inhumés en fosse commune au cimetière de Fons le 7 octobre 1959.

Le contexte militaire du printemps et de l’été 1944 en Ardèche était marqué par la montée en puissance des maquis, multipliant les combats et les embuscades dans la vallée du Rhône et les reliefs voisins.

La Résistance locale mit en place des cours martiales pour juger rapidement les cas de collaboration.

Si des exécutions ont bien eu lieu, les chiffres colportés par la presse au début des années 1950 furent largement exagérés : 215 victimes furent annoncées pour Fons, alors que l’ouverture du puits n’en révéla que 34.

De même, les « 800 exécutions » attribuées à l’Ardèche furent rectifiées par le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, qui en dénombra 255 (hors combats), touchant principalement des miliciens et collaborateurs, ainsi que 22 FFI et 3 civils condamnés pour pillages ou exactions.

Héros et figures marquantes

  • Michel BANCILHON, dit « commandant Bernard », chef du secteur D de l’AS, préside la cour martiale de juin-juillet 1944 et affirme après-guerre que les exécutions l’ont été à la suite de jugements réguliers.
  • André BOURDIN, dit « commandant Richard », ancien officier de marine, est mentionné comme responsable d’interrogatoires et de sentences. J
  • Jean ARNAUD, dit « lieutenant Dick » (FTPF), est cité pour son rôle à Antraïgues à compter de juillet-août après l’unification FFI.
  • Auguste OLLIER, dit « Ravel » (FTPF), est l’adjoint du commandant départemental FFI après l’unification.
  • Joseph MONDON, dit « Alexandre » (FTPF), est signalé aux commandes au château de Logères en août.
  • Le témoin Maurice CHAVENT, ancien résistant, livre en 1951 un témoignage très accusateur, mais entaché d’erreurs relevées par l’analyse archivistique.

Ces attributions et fonctions sont documentées par l’enquête judiciaire de 1949-1951 et par les dossiers conservés aux Archives départementales de l’Ardèche.

Victimes

L’exhumation de 1959 a dégagé 34 corps fortement disloqués, rendant impossible toute identification individuelle. Des objets retrouvés laissent penser à un mélange de victimes françaises et allemandes.

La presse de 1951 a publié des listes partielles et hypothétiques, mais l’analyse archivistique ne permet pas de confirmer nominativement les identités des personnes précipitées dans le puits.

Une plainte de la veuve d’Honoré Laurent, exécuté le 10 juillet 1944 à Joannas, a contribué à la relance de l’instruction ; néanmoins, l’appartenance de son corps au puits n’a pas été établie par l’exhumation.

Survivants

Les sources judiciaires et mémorielles dépouillées pour l’affaire ne permettent pas d’identifier formellement des « survivants » directement rattachés au puits lui-même.

En revanche, plusieurs cadres résistants cités ont poursuivi des parcours publics et ont témoigné dans les années 1950-1960 pour contrer la « légende noire ».

Faute d’identifications nominatives des personnes exhumées, aucune biographie individuelle certaine ne peut être liée au site.

Conséquences

Sur le plan local, l’affaire du puits de Fons devient un enjeu mémoriel et politique dès décembre 1950, mobilisant presse de droite et d’extrême-droite, puis provoquant des réponses de la presse résistante.

Sur le plan judiciaire, la commission rogatoire de 1949 puis 1951 aboutit à un non-lieu le 18 juin 1955, les poursuites étant de surcroît impactées par les lois d’amnistie de 1951 et 1953.

L’ouverture du puits en 1959, financée par le service allemand des sépultures militaires, se conclut par une inhumation collective et une inscription funéraire neutre en 1961, destinée à apaiser les mémoires.

À l’échelle nationale, l’affaire est emblématique des tensions de la guerre froide autour de l’épuration et de l’image des maquis, et ses excès chiffrés ont été rectifiés par les travaux d’archives.

Mémoire et lieux commémoratifs

Une stèle a été érigée en 1958 à proximité immédiate du puits, sur un terrain acquis par une famille de disparu ; les restes exhumés ont été inhumés collectivement au cimetière de Fons le 7 octobre 1959.

En 1961, sur recommandation ministérielle et après avis préfectoral, la tombe collective reçoit une inscription neutre « Ici reposent des Français et des Allemands victimes de la guerre 39-45 ».

L’affaire fait l’objet d’expositions et de dossiers de recherche du Musée de la Résistance et de la Déportation en Ardèche et du Musée de la Résistance en ligne.

Références bibliographiques

  • « L’oubli ou la face douloureuse de la Résistance en Ardèche ». Sylvain Villard, auto-édition, 2007. Étude consacrée aux zones d’ombre de la période 1944-1945 en Ardèche, replaçant l’affaire du puits de Fons dans les tensions locales et nationales de l’épuration et dans les usages politiques ultérieurs de la mémoire. museedelaresistanceenligne.org+1
    « Les Françaises, les Français et l’épuration ». François Rouquet, Fabrice Virgili, Gallimard (Folio Histoire), 2018. Ouvrage de synthèse sur les temporalités, les acteurs et les pratiques de l’épuration, utile pour situer Fons dans le contexte des justices d’exception et des amnisties du début des années 1950.
  • “Le puits des fusillés”, une famille dans la tourmente ». Jacques Deydier, 2021. Récit familial centré sur une victime présumée, mobilisant la documentation locale et éclairant la réception de l’affaire par les familles et les communautés villageoises.
  • Les nouveaux saigneurs . Jacques Mauloy, La Balance, 1948. Pamphlet anticommuniste souvent cité dans la presse de 1950-1951 ; source à manier avec précaution, mais nécessaire pour comprendre la genèse de la « légende noire ».

Références internet

Avertissements et divergences
Les nombres de victimes et l’imputation exclusive à un courant de la Résistance ont fait l’objet de fortes divergences dès 1950-1951. Les chiffres spectaculaires de la presse (215 corps à Fons, « près de 800 » exécutions en Ardèche) sont contredits par l’exhumation de 1959 (34 corps) et par les travaux du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale (255 exécutions hors combats). Les identifications nominatives des corps du puits n’ont pas été établies ; les listes publiées en 1951 doivent être considérées comme hypothétiques. Il existe des risques d’homonymie dans les patronymes cités dans la presse d’époque ; seuls les noms explicitement sourcés par des documents judiciaires ou administratifs sont retenus ici. museedelaresistanceenligne.org+1

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