Les Faits d'Armes, Ecrits, Récits

Les Faits d'Armes, Ecrits, Récits

Maquis de VALENSOLE, Récit de Jean MATHIEU.
20-04-2013

On était environ 350 gars à ce maquis, cachés dans 1es bois du plateau.

L’emploi du temps se consacrait au maniement d’armes, apprendre le fonctionnement à ceux qui n’avaient jamais fait l'armée. La nuit, quelquefois, des parachutages avaient lieu. Les messages se passaient par radio à l’aide de codes tels que : " Le tonton viendra ce soir “ etc.

C’était souvent entre 11h et minuit.

L’endroit se signalait par trois feux allumés en ligne, espacés. Les feux repérés, l’avion plongeait et larguait sa cargaison : des containers emplis d’armes et de munitions, plastiques, dynamite etc... Chaque container, un parachute. Après réception, les parachutes étaient détruits, enterrés ainsi que les bidons, les traces effacées... Les armes récupérées étaient ramenées au camp.

Il fallait faire vite, car les Fritz surveillaient eux aussi !... Les représailles allemandes étaient terribles. Par exemple, pour un Fritz tué, ils prenaient 10 otages qui étaient soit fusillés sur place, soit conduits dans les camps de la mort en Allemagne.

En plus de tout ça, il y avait l’espionnage. Un beau jour au maquis, on voit se pointer un couple jeune paraissant gonflé à bloc, se disant envoyé de je ne sais quelle région, Bref, ils s’implantent chez nous. Quelques jours plus tard, nos chefs sont priés de se rendre à La Brillanne pour un certain contact. Je parle de Martin Bret, Docteur Daumas etc... Sans méfiance du guet-apens, ils s’y rendent. Mais la, ils sont pris comme des rats encerclés de toutes parts par un commando de Fritz.

Le guet-apens avait bien fonctionné. On ne devait plus les revoir. enchaînés, prisonniers, ils furent affreusement torturés, On connaît le principe nazi pour faire parler. Ils furent dirigés aussitôt en camion vers le charnier de Signes (Bouches-du-Rhône) et fusillés comme du bétail.

Pendant les heures qui suivirent, le maquis de Valensole fut encerclé et attaqué par une colonne blindée, chars, automitrailleuses etc... Il y eut un accrochage en début, mais voyant l’importance de l’attaque, on reçut l’ordre de débrayer en se repliant dans les bois. Comment lutter, mitraillettes contre blindés !... Aussi, on se dispersa, chacun s’en alla de son côté. On cacha, on enterra nos armes.,

Pour quant à moi, je décidais de rejoindre le Revest. Je savais trouver d’autres maquis. Je pris donc la route à travers bois, en ayant bien soin de n’emprunter ni route ni chemin. Il faisait à peine jour, quand j’arrivai au bord de la Durance, vers le lieudit Le Bar. La rivière était grosse et soufflait fort, et pourtant, il fallait traverser. Je cherchais un endroit propice. Le pantalon retroussé, un petit sac au dos, je me munis d’un gourdin et j’essayais. L’eau était froide, le courant très fort. Bien calé sur mon bâton, je progressais pourtant et peu à peu le parvins à la berge. Je m’époussetais un peu. J’étais trempé jusqu’aux hanches, mais bien content d’avoir pu enfin traverser l’obstacle. Mais je n’étais pas encore sauvé.

Je repars donc entre les roseaux de la berge. Quelques mètres plus loin, que vois-je ? Deux Fritz en vélo, mitraillette au guidon, venant droit sur moi.

Trop tard pour fuir ou pour réagir, car en me voyant, les Fritz s’arrêtent, mettent pied à terre et me détaillent des pieds à la tête. Dans une telle situation, les réflexes seuls dirigent les débats, sans qu’on y soit pour quelque chose ! Mes réflexes à moi me furent salutaires. À la vue de mes deux ennemis donc, je n’eus aucune réaction. Rien. Au contraire, je me mis aussitôt à siffloter sans savoir pourquoi et un petit sourire en coin. Je ne changeais pas mon allure. Je croisais donc les deux Fritz sûr de moi et sans me retourner, comme si de rien n’était. Je marchai sans accélérer. J’entendis tout d’abord un charabia en Allemand, et toujours sans tourner la tête en sifflotant, je m’éloignais. Je m’attendais à recevoir une rafale de mitraillette car je commençais à réaliser que ces deux-là étaient envoyés pour cerner le bord de la Durance et flinguer ceux qui traversaient !

En effet, il y en a qui furent tués. Je m’éloignais. Les secondes me parurent des siècles. Je ne sais pas combien de temps se passa. J’avais les jambes en coton, les tripes tordues. Toujours rien, Enfin, je reprenais un peu d’espoir... Quelques temps après, certain d’être assez loin, je me retournais,.. Plus rien !... Ouf !

Mors, je me suis mis à courir tant que je pus, combien de temps ? Enfin, essoufflé, je m’affalais dans un taillis et repris un peu des forces. Je l’avais échappé belle !

La peur, je la ressentis à ce moment là. Car je pensais que si je n’avais pas eu cette attitude décontractée, ou si j’avais été fouillé, avec le pistolet 7/65 qui se trouvait dans mon sac, eh bien, mon compte était réglé sur place !

Je repris donc mes esprits, fouillant dans mon sac, pris mon pétard, bien décidé à m’en servir à la première occasion, et repris mon chemin à travers la nature1 direction Villeneuve. En marchant, je réalisais que ce n’était pas mon heure ! Je remerciai la Bonne Mère !

Arrivé en face de Villeneuve, je fus interpelé par un maquis. Je me présentais au chef et expliquais mon histoire. On m’invita à casser la croûte. Je bus un bon coup, et bien qu’on me proposât de rester, je pris congé et repris la direction du Revest où je parvins en fin d’après-midi.

Tout le monde fut content de me voir. Albert et Germain étaient branchés au maquis de Ganagobie. Maxime s’occupait du maquis de Montlaux, avec un nommé Testanière. On m’y recruta. Le groupe fusionnait avec Ssint-Etienne les Orgues.

Me revoilà incorporé. Le camp n’était pas loin du Revest, ce qui nous permit quelquefois d’aller y coucher. C’était bien mieux que la belle étoile !

Les jours passaient. Les Anglais faisaient des raids en masse avec la RAF. Ils visaient les ponts, les grands axes, voies ferrées, concentration de troupes etc... mais quelquefois, des civils étaient touchés !...

 Le temps passa, bien ou mal, On entendait des murmures de débarquement des Alliés. L'Allemagne se cassait le nez en Russie, perdait des forces.

Et puis, un beau jour, le vrai débarquement eut lieu. Les Américains débarquèrent en Méditerranée. Après, hélas des pertes sévères, ils prirent pied et attaquèrent les fortifications bâties par les Fritz. Le combat fut rude, mais devant le nombre, les Fritz capitulèrent, Les Alliés progressèrent donc vers les axes routiers, l’arrière-pays préparé en partie par tous les maquis existants qui sans cesse harcelaient l’ennemi. Aussi, chez les Fritz, ce fut la débandade. Ils se replièrent en combattant. D’aucuns furent prisonniers, le reste détala en direction du centre. Dans les villes, Marseille, Aix, des soldats encerclés se défendaient avec acharnement.

Pendant ce temps à Monlaux, au camp, on était sur le pied de guerre. Sachant que les troupes Alliées se trouvaient aux portes d’Aix, on entendait gronder le canon.

Notre groupe fut chargé de mission : Il fallait pousser une reconnaissance jusqu’à Sault pour vérifier si les Fritz s’y trouvaient toujours. Le petit convoi fut vite organisé : un camion, une moto ; cette dernière chargée de rouler en éclaireur pour reconnaître la route. Ensuite, le camion suivait, chargé de volontaires armés. Maxime et moi, nous faisions partie de l’expédition.

On demanda un volontaire pour conduire la moto. Personne ! Ce n’était pas la meilleure place de passer devant à l’aventure... Bref, je me décidai donc ; il fallait bien. Quelqu’un du groupe monta à l’arrière, mitraillette au poing et nous voilà partis !

La moto pétaradait. Je n’étais pas fier du tout !... À mesure qu’on roulait vers Saint-Etienne, à chaque virage, je me demandais ce qu’il y aurait derrière... Enfin Saint-Etienne, Rocher d’Ongle, Banon, puis Revest du Bion... Rien !.. Heureusement. On prit donc la descente vers Sault. L’angoisse nous tenaillait. On aurait donné cher pour être quelque part ailleurs ! D’autant qu’il avait été annoncé qu’une colonne blindée se repliait de ces côtés-là !

Peu à peu, bien ou mal, on arriva au village de Sault. Plus personne. On fit le tour du pays. Deux hôtels semblaient avoir été mis à feu par les Fritz qui étaient partis depuis deux heures environ. Dans les rues, pas un chat. Les gens effrayés se calfeutraient chez eux !... Bon ! on se mit en route, sur le chemin du retour. Notre mission s’arrêtait là.

De retour à Banon, on fit halte pour respirer. Le maire du pays nous invita à manger. Ce fut volontiers ! Ensuite, on regagna notre campement. Au bord de la route, on récupéra une traction abandonnée par les Fritz. Il lui manquait la tête du delco. C’était classique. En les abandonnant, les Fritz les mettaient en panne. On se l’appropria donc provisoirement...

Arrivés au camp, on prit un peu de repos. Les pétarades de guerre s’approchaient de plus en plus... Et le lendemain matin, les premiers véhicules Alliés arrivèrent. C’était la Joie !... La Libération tant souhaitée arrivait enfin !

Les Alliés continuaient leur progression vers le centre de la France. Dans les camps de maquis, des bataillons se formaient et le tout aidant, les Allemands furent repoussés sans répit.

Chez nous, il fut question de construire un bataillon. Pour cela, on se rendit en caserne à Tarascon. Le Capitaine Maxime donna un sacré coup de main pour l’organisation, et de ce fait, grâce à mes connaissances en mécanique, je fus chargé de la partie garage.

Je m’entourais donc de deux jeunes mécanos. Notre matériel laissait à désirer. Il était tout de récupération, Il fallait faire avec. Il y avait un camion gazobois dont je m’occupais tout de suite, étant seul à connaître le fonctionnement. Il fut remis en route. Ensuite, ce fut le tour d’un side-car Allemand, un D.K.V. 750 cm° en très bon état, mais laissé en panne par les Fritz. Ils avaient arraché les fils électriques. Au bout de quelques jours, on en vint à bout. C’était un vrai bolide : 150 km/h pour l’époque. On doublait toutes les voitures. Il nous rendit de grands services. Je déplaçais souvent le Capitaine Mathieu avec. On s’en servit même pour monter au Revest. Tarascon-le Revest : 1 h 30. ta ronflait !

J’étais donc homologué Sergent Chef de garage, grâce à Maxime, Cela me permit un pécule de sous officier, très apprécié.

Tout allait donc assez bien, mais notre séjour tirait à sa fin.

En effet, on fut muté en Tunisie pour devenir le 2ème Zouave.

Me voilà bien barré !...

Maxime dut réintégrer son ancien régiment : Infanterie Coloniale, Quant à nous, on embarqua sur le Providence via Marseille-Alger : 1500 bonshommes. Après une traversée pas très confortable, on se trouva à Alger, où on prit le train pour Bizerte Cela dura deux jours et on s’installa en caserne. Il faisait très chaud !... Moi, je m’installai au garage avec cette fois-ci, du matériel : 28 camions G.M.C. américains, Il fallut désigner et trouver 28 chauffeurs, quelques mécanos, et chacun prit son poste.

Notre rôle était de faire chaque semaine, un circuit dans le bled : 150 km environ. Les routes n’étant pas goudronnées, une poussière se soulevait sur notre passage et le soir, on rentrait méconnaissables. La poussière pénétrait même dans le carter des véhicules.

Le soleil était torride, même en Juin. On assista à un passage de sauterelles, un nuage qui voila le soleil. On s’enferma vite dans la caserne. Les criquets étaient énormes et là où ça tombait, tout était raclé.

Plus tard, on fut déplacé à Tabarka, à 25 km environ. C’était très joli. Il y avait des plages à l’infini avec du sable. On y fit une cure de poissons !

Nous y étions arrivés au mois d’août et la chaleur était intenable... On était noirs comme des melons !... Et avec ça, des moustiques. Pour s’en préserver, on buvait du bon pinard. Ainsi, ils ne nous piquaient pas. Faut croire qu’ils n’aimaient pas l’alcool !

Jean MATHIEU



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